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Niger

CARE est présent au Niger depuis 1974. Au Niger, CARE a acquis une solide expérience en résolution des conflits et en sensibilisation des communautés pour la gestion de l’eau, la sécurité alimentaire et la gestion des ressources naturelles. Aujourd’hui CARE intervient sur l’ensemble des axes d’intervention de CARE et a mis en place des programmes de microcrédit à travers tout le pays.
 
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CARE Niger
Avenue Maurice Delens
Niamey
Niger
 
 

 

Témoignages du terrain

La vie pastorale menacée au Niger
Chloé Dessemond, 28 juillet 2010

A 170 km au nord ouest de Diffa, entouré de dunes de sable, se dresse le village de N’Guelbely. Des maisons en paille éparpillées ça et là, il ne reste plus que l’ossature. La paille a été mangée par les quelques vaches qui ont survécu à la crise pastorale et alimentaire qui sévit aujourd’hui au Niger, suite à une mauvaise saison des pluies en 2009.

Habituellement fixés autour du village, les éleveurs de N’Guelbely ont dû, cette saison, transhumer vers le nord afin de trouver des pâturages pour nourrir leur bétail. Depuis octobre ils sont partis, de plus en plus loin, jusqu’à atteindre une zone appelée par tous ici « angle de la mort ». Cette zone tampon entre deux ethnies ne détient ni point de ravitaillement ni autorités locales. Piégés là-bas, en manque de pâturage, les éleveurs ont tenté de redescendre vers le sud à partir de février. Mais beaucoup d’animaux, trop faibles pour se déplacer, sont morts sur le chemin ou ont été abandonnés sur place. Omarou Moumouni a perdu un tiers de son cheptel dans le nord et sur le chemin du retour. Mais l’arrivée au village, quitté quelques mois plus tôt, n’a pas été une délivrance. Sans pâturage disponible, encore un tiers de son troupeau initial est mort ici, à N’Guelbely. Dans la région de Diffa, 80% du cheptel aurait été décimé. Il y a quelques semaines, Omarou a reçu des aliments pour bétail distribués par CARE dans toute la zone. Ces 150 kg vont lui permettre de tenir un peu plus longtemps, jusqu’à l’arrivée prochaine de la pluie.

Certains ont eu moins de chance, encore bloqués dans le nord, n’ayant pu se ravitailler, leur survie est en jeu. CARE, seule ONG opérant dans cette zone éloignée, coincée entre ciel et désert, aujourd’hui jonchée de cadavres d’animaux et où même les chameaux ont du mal à se mettre debout, a fait une première distribution de vivres, et a débloqué, en urgence, 60 tonnes de céréales supplémentaires, qui seront acheminées tout au long de la route de transhumance jusqu’au nord sur deux axes, et distribuées au fur et à mesure aux éleveurs en difficulté.

Plus au sud, à Goujou, la pluie est tombée il y a quelques jours. Excepté les dunes de sable, qui avancent inexorablement sur les terres pastorales et de culture, le paysage est verdoyant. De petits campements de fortune, ou plutôt de petits tas d’objets, et de bâches, révèlent l’arrivée de toute part de centaines d’éleveurs qui ont amené leur bétail. La verdure est en effet parsemée de troupeaux de chèvres et de vaches. Mais l’image est trompeuse. L’herbe, toute jeune, reste insuffisante face à la grande concentration d’éleveurs sur le site. Par ailleurs, elle se mêle au sable et devient ainsi une cause supplémentaire de mortalité pour les animaux qui l’absorbent. Idi Abdou avait 42 têtes de bétail avant la crise. Il ne lui en reste que 17 pour l’instant. Il vient de Bonsoro, à une centaine de kilomètres de là, et, accompagné de son fils, il a voyagé jusqu’au Nigéria, pour trouver du pâturage, avant de venir à Goujou. A cause du mauvais état du bétail, les prix des animaux ont chuté. Et pour s’acheter de quoi manger, Idi Abdou a dû vendre tous ses petits ruminants et plus de vaches qu’habituellement. Il y a quelques jours, CARE a lancé une opération de déstockage d’animaux. En achetant des animaux faibles à un meilleur prix que sur le marché, cette opération permet de maintenir le pouvoir d’achat de ces ménages. Par ailleurs, la viande leur est distribuée gratuitement. CARE a ainsi acheté un animal à Idi Abdou qui aura reçu en échange 8 fois plus d’argent qu’en le vendant sur le marché.

« S’il n’y avait pas CARE, il n’y aurait pas grand monde pour nous aider » estime le chef du village de N’Guelbély, « nous avions connu de grandes crises, comme en 1973, et avions reçu beaucoup moins d’aide à l’époque. Mais cette année c’est vraiment la situation la plus terrible que nous ayons connu ». Cette crise qui touche si durement les éleveurs du Niger soulève de nombreuses questions quant à leur avenir. Dans le village de N’Guelbély, les discussions vont bon train à ce sujet. « L’élevage n’est plus comme avant », déclare un des villageois, « il faut trouver d’autres issues, diversifier les activités.» Les suggestions d’alternatives à l’élevage fusent dans la petite assemblée. Hadamou Moumouni, a perdu 79 animaux cette saison. Il ne lui en reste plus qu’un. « Pour moi, l’élevage c’est fini. Mes enfants, eux, devront se débrouiller tous seuls. Ils peuvent tout faire, sauf de l’élevage. Ils vont sûrement partir en ville et ouvrir un petit commerce.» Boucar Souley, rencontré à Goujou, n’a plus que 10 têtes de bétail sur 70. Les vaches reproductrices et allaitantes ont été décimées, ce qui menace le renouvellement du troupeau et la vie des éleveurs, dont l’aliment de base est le lait. Boucar voyage avec 7 des 20 membres de sa famille, et compte encore bouger ces prochains jours dans sa quête perpétuelle de pâturage. Mais pour la suite, « je ne sais vraiment pas ce que je vais faire » nous avoue Boucar.

Pour eux, la crise ne fait, peut-être, que commencer…

Photo : Niger © Kathryn Richards - CARE


Le programme de microcrédits de CARE contribue à lutter contre la faim au Niger

Par Rabiatou BELLO, CARE Niger
 
Le mercredi, jour de marché à Ganki, les villageois arrivent de toutes les directions. Certains viennent à pied, d’autres en charrette ou en moto-taxi. Les enfants jouent dans les rues balayées par le vent tandis que les adultes cherchent un emplacement pour vendre leurs produits au marché. Cependant, certaines personnes travaillent depuis chez elles. C’est le cas de Barkiré Siddo, qui m’accueille pour parler de son expérience avec CARE.

Dès que je suis arrivé devant sa maison en briques de terre crue, à l’est de la principale mosquée du village, cet homme de 60 ans m’a gentiment proposé de m’assoir sous son hangar en tige de millet. Marié et père de trois enfants, Barkiré travaille comme tailleur et dirige le quartier de Bazey. Son intelligence et son charisme ont fait de lui une personne influente, qui assume de nombreuses responsabilités : président du comité de gestion du centre de soins, membre de l’association de parents d’élèves, il représente en outre le chef du village lors des réunions, des ateliers ou des formations organisées par les partenaires extérieurs comme CARE.

« Le partenariat avec CARE a été le plus bénéfique, grâce au groupe d’épargne-crédit qui a beaucoup amélioré la vie de la population », déclare Barkiré.

Soulignant ses dires de grands gestes amplifiés par son boubou, il se lance dans une description détaillée des changements survenus grâce à ce groupe d’épargne-crédit mis en place par CARE.

« Grâce au crédit, mon épouse, qui dirige l’association de femmes du village « Sourou » (« Patience » est le nom du réseau d’associations de femmes), a pu nourrir notre famille lorsque les greniers étaient vides. Il n’y avait presque plus de céréales à Ganki, ni dans les villages alentours, sauf dans les réserves créées par les femmes », explique Barkiré, en souriant fièrement.

« Les réserves de céréales mises en place par le réseau de femmes ont sauvé l’honneur du village, permettant aux 3 000 habitants de Ganki et des environs d’avoir de quoi manger. Sans cette initiative, les hommes auraient été forcés d’aller à l’étranger chercher du travail. Je suis sûr que sans ces stocks, les habitants du village auraient fini par se disperser ». Les yeux rougis par ces souvenirs, Barkiré soupire et poursuit son récit : «Je remercie Dieu et ma femme. Je n’ose imaginer ce qu’il serait survenu sans son aide. »

Après une pause rhétorique, Barkiré continue : « Le groupe d’épargne-crédit a même changé les hommes du village ! Désormais, nos femmes sont impliquées dans la prise de décision, car elles ont fait preuve de créativité et nous ont montré qu’elles avaient une place essentielle dans la vie économique de la communauté. À travers des activités collectives qui profitent à tous, comme la création de réserves de céréales ou l’élevage, elles ont acquis un important pouvoir économique et social qui ne crée aucune dissension. »

 

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