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Vietnam

Présent depuis 1989 au Vietnam, CARE travaille en étroite collaboration avec le gouvernement vietnamien et les organisations locales dans le cadre de programmes axés sur le développement agricole, la prévention du VIH/SIDA et les soins, la santé, l’infrastructure et le renforcement des capacités. Les populations sont également sensibilisées aux bonnes pratiques du travail basées sur la transparence, la responsabilité et l'égalité au sein des secteurs privé et public.

L’économie du Vietnam a doublé au cours des dix dernières années et d'ici 2010, son statut pourrait passer de « pays pauvre » à celui de « pays à revenu moyen ». Toutefois, le Vietnam est affaibli par les catastrophes naturelles fréquentes, la corruption et porte encore le poids de la grippe aviaire de 2004.
 
CARE Vietnam
66 Xuan Dieu Street
Tay Ho District
Hanoi
Vietnam
 

Témoignages du terrain



Aujourd’hui au Vietnam, nous sommes victimes du changement climatique
Par Nguyen Viet Nghi, responsable de projet CARE Vietnam : nvnghi@care.org.vn

Le niveau de marée est plus haut qu’il y a 20 ans. Si l’on en croit les résidents de la commune de Daloc, il a augmenté de 70 à 80 centimètres au niveau de la plage. De fait, le changement de niveau de marée rend la plantation de mangroves difficile. Ainsi, en octobre dernier nous avions prévu de planter des mangroves quatre fois par mois. Chacune des périodes de plantation devait durer quatre à cinq jours, quand le niveau de marée est au plus bas. Ce programme de plantation a été établi en fonction de la connaissance traditionnelle des habitants et du calendrier des marées. Seulement, ce processus ne fonctionne plus de nos jours et nous n’avons jamais pu effectuer quatre plantations par mois. Désormais, les périodes de marée ont changé et le niveau de marée est plus haut.
Elévation du niveau de la mer
Au Vietnam, le changement climatique a un impact considérable sur le mode de vie des populations locales. Les mangroves en sont un exemple criant. En tant que responsable de projet CARE pour les mangroves sur la commune de Daloc, j’en constate les conséquences tous les jours. J’aimerais vous citer quelques exemples :

Tempêtes et inondations
Les tempêtes et les inondations sont en augmentation constante, et sont également plus fortes, y compris pendant la période hivernale, habituellement plus calme. Ces phénomènes sont différents de ce que nous avons connu il y a 10 à 15 ans. A l’époque, les tempêtes et les pluies diluviennes survenaient seulement pendant la saison automnale. Les tendances climatiques n’étant désormais plus les mêmes, les difficultés pour CARE de piloter activement des projets vont en augmentant. Avant, chaque année en avril, nous récupérions des graines des vieux palétuviers que nous utilisions pour la plantation. Mais aujourd’hui, les tempêtes surviennent plus tôt et toutes les graines sont emportées.
La saison des pluies a aussi évolué. Elle dure plus longtemps, survient plus tard, et génère moins d’eau que par le passé. La pluie fait partie d’une autre saison maintenant. Avant, l’hiver était porteur de pluies légères, et maintenant il largue tempêtes et pluies diluviennes sur nos têtes. Le développement de l’agriculture et de l’aquaculture s’en trouve bouleversé, et ceci est particulièrement vrai pour les rizières, l’élevage et l’alimentation des porcs, des vaches et des canards, et aussi pour l’élevage des crevettes, des huîtres, entre autres.

Réchauffement global
Le climat vietnamien dans sa globalité est plus chaud qu’il y a dix ans. Si l’on prend l’exemple de l’hiver nord-vietnamien habituellement froid par le passé, il est aujourd’hui aussi doux que dans le sud du Vietnam. La saison sèche elle, dure plus longtemps et est plus marquée qu’il y a dix ans également. Et l’été, il y a souvent pénurie d’eau pour les populations, l’agriculture et l’aquaculture. J’exprime donc le souhait que les dirigeants présents à la conférence sur le changement climatique au Danemark prennent en compte et soutiennent entre autres causes :
• L’augmentation des investissements dans les zones forestières de plantation de mangroves, afin que ceci ne profite pas seulement à l’environnement mais également à la réduction du risque de catastrophe naturelle ainsi qu’à compenser le changement climatique, sachant que les mangroves stockent le carbone.
• La mise en place de financements de la part des pays développés dans le but de protéger l’environnement et de contribuer à la reforestation ainsi qu’à l’amélioration des modes de vie dans les pays pauvres.

 

Habitant de la commune de Daloc plantant des mangroves. ©Hoang Gia Hai Hoang/CARE

 

 

 

 

 

 


 

©2005 CARE/Jonathan Drake
 
L’histoire de Hiep  

Une larme coule le long du visage de Hiep. Une douleur profonde l’envahie. Quand on lui demande ce qu’elle espère de l’avenir, cette larme est sa seule réponse. « Je pense uniquement à mon fils » dit-elle;

Son premier enfant, Quang, a maintenant quatre ans. Il est séropositif. Ses deux autres enfants, deux fillettes, respectivement à l’âge d’un et trois mois, sont mortes d’une pneumonie. Comme Quang, elles avaient contracté le virus par leur mère.
 
A tout juste 21 ans, Hiep fait de nouveau face à un  immense chagrin : son mari Vinh, 25 ans, est mort il y a quatre mois du SIDA. Hiep parle sincèrement, elle utilise ses mains de manière très expressive, tout en écartant les questions concernant sa propre santé, mais en soulignant l’amour qu’elle porte à son jeune fils.
 
Depuis 2001, CARE travaille avec les organismes communautaires pour faire face à l'épidémie du Sida qui se répand rapidement au Vietnam. On compte jusqu'à 50 nouveaux cas par jour. Actuellement, les deux principaux modes de transmission sont l’injection de drogue et les rapports non protégés. Ces derniers sont amenés à représenter le principal facteur de transmission de la maladie dans les années à venir.
 
Hiep a contracté le virus par son mari, devenu séropositif en s’injectant de l'héroïne. «J’avais très peur, j’ai voulu me tuer » dit Hiep. La jeune femme a dû se heurter à la discrimination de la communauté et de sa famille, augmentant ainsi sa détresse.
 
Les voisins de Hiep ont refusé de lui servir à boire, de peur qu’elle puisse leur transmettre le virus. Ses beaux parents avaient également peur de contracter le virus, et même après avoir été informés de la manière dont se transmet le virus, ils restaient très mal à l’aise à l’idée de lui rendre visite. Depuis que son mari est mort, aucun membre de sa belle famille n’est venu la voir.
 
Le projet de CARE vise à réduire ce type de discrimination et de stigmatisation, par le biais de formation sur la transmission du virus et de prévention auprès des familles et des proches des personnes séropositives, mais aussi auprès des communautés, des écoles et des crèches.
 
« Au début, le personnel de la crèche de Quang avaient peur de le porter » dit Hiep, expliquant que son fils est souvent malade, le virus provoquant des contusions sur sa peau. « J’ai été bien soulagée quand CARE les a convaincus qu’il n'y avait aucun risque pour les autres enfants. Même si, aujourd’hui encore, Quang reste à la maison lorsqu’il a des contusions sur la peau » ajoute-t-elle.
 
Le projet vise aussi à empêcher la propagation de virus. « Nous voyons de plus en plus des jeunes atteints du SIDA, souffrant d'isolement causé par la discrimination et le manque d’information sur le virus » dit M. Nguyen Ngoc Thang, responsable du projet de CARE. « Cela accélère la transmission de la maladie car les gens, craignant l’isolement, hésitent trop longtemps avant de faire le test du SIDA ».
 
Le projet compte quatre groupes de soutien à Ho Chi Minh, Hanoi et dans la province de Quang Ninh. Ces groupes apportent l’aide nécessaire aux personnes séropositives afin qu’elles apprennent à s’entraider et qu’elles comprennent leur maladie.
Le groupe de Xuan Vinh à Ho Chi Minh se réunit plusieurs fois par mois dans l’église de Tan Dinh, chaque réunion abordant un thème particulier : les traitements antirétroviraux, la prévention de la transmission de la mère à l’enfant… Hiep est l’une des 80 personnes qui assistent à la session d'aujourd'hui, incluant une conférence sur la prise de parole en public afin de partager l’expérience de la séropositivité.
 
Les thèmes abordés chaque mois sont choisis dans l’objectif d’aider les personnes atteintes du SIDA à se sentir mieux. En reprenant confiance en eux, ils peuvent alors contribuer positivement à la vie communautaire. Hiep partage se sentiment avec les autres participants, à savoir que l’amitié créée avec d’autres personnes séropositives a une valeur inestimable.
 
L'amitié et le soutien font souvent la différence entre l'espoir et le désespoir. « Bien que mes voisins me parlent dorénavant, nous ne mangeons jamais ensemble. Mais cela ne m’affecte plus, car je suis soutenu par tant d’autres personnes », dit Hiep.
 
Hiep explique combien elle apprécie l’aide apportée par CARE. Pour preuve, elle a marché pendant plus d'une heure de sa maison jusqu’à Binh Chanh pour nous rejoindre au centre CARE aujourd'hui. « Alors que nous n'avions plus de travail, CARE nous a aidé financièrement et psychologiquement. Quand mon mari est allé à l'hôpital, le centre a payé ses soins ».
 
Hiep explique que depuis qu’elle a repris le travail, les 200 000 dong (14 €) qu'elle gagne par mois ne suffisent pas à payer le lait de son fils, la nourriture ou les honoraires d'école. « CARE finance les repas et les soins dont il a besoin chaque semaine afin qu’il soit assuré de rester en bonne santé aussi longtemps que possible », dit-elle avec reconnaissance. « Pendant 3 ans, CARE m'a conseillé sur la manière de vivre au mieux et m’a aidé à m’occuper de mon fils. Mais je m'inquiète pour son avenir. J’ai peur qu’il ne meure », ajoute Hiep.
 
Ce type de problèmes psychologiques – inquiétude pour l’avenir, peur de l’inconnu - est récurrent chez les personnes atteintes du SIDA. La consultation psychologique pour les personnes et les familles est un élément essentiel du projet. Le groupe de Xuan Vinh fournit traitements pour les symptômes du virus, donne des conseils pour rester en bonne santé, conseils alimentaires, et apporte aussi une formation professionnelle.
 
Le projet de CARE a déjà permis de venir en aide à plus de 2000 personnes directement et bien plus indirectement. « C’est une vraie récompense de voir combien les gens apprécient notre aide », dit M. Nguyen, responsable du projet. « La plupart de ces personnes ressent désormais une sensation de soulagement par rapport au choc initial que représente l’annonce de la maladie. Elles ont une meilleure vie sociale grâce à leur intégration dans des groupes de soutien, qui incluent un soutien tant physique que psychologique. Vingt personnes ont trouvé un travail après avoir été conseillé sur l'emploi ».
 
“Notre objectif est que les personnes, séropositives ou non, apprennent à vivre ensemble, et que les familles des personnes atteintes du SIDA soient soutenues et comprises par leur famille et les communautés », dit M. Nguyen. « Il est important que la communauté prenne conscience le virus ne peut être une cause de discrimination. Cela nous affecte tous, et quand la communauté acceptera que c’est quelque chose que nous devons combattre ensemble, alors nous serons plus forts pour freiner voire stopper sa propagation ».

 

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