Je donne

Haïti

CARE a commencé à travailler en Haïti en 1954, en apportant une assistance aux personnes affectées par le cyclone Hazel. Le travail de CARE s’est orienté vers les programmes de développement en 1959 avec des activités concentrées sur la nutrition maternelle et infantile à travers la distribution de nourriture. En 1966, CARE a lancé ses programmes de développement dans le Nord-Ouest, une des régions les plus démunies d’Haïti. Au cours des années 70, CARE a élargi le cadre de ses programmes en y intégrant des interventions dans le secteur santé en faveur des enfants d’âge préscolaire, la fourniture d’eau potable et des activités génératrices de revenus. Au cours des années 80, CARE a commencé à diversifier ses programmes pour y intégrer des projets en agriculture et ressources naturelles, éducation préscolaire, eau et assainissement, soins de santé primaire et petites entreprises. Après le coup d’état perpétré en 1991 et l’embargo qui s’en est suivi, CARE s’est concentrée sur des projets d’ordre humanitaire en alimentation et réhabilitation.
 
Aujourd’hui, le travail de CARE en Haïti reflète une approche intégrée pour ses programmes avec des projets en santé reproductive, santé maternelle et infantile, développement local, sécurité alimentaire, VIH/SIDA, eau et assainissement. CARE Haïti mène des activités dans les régions les plus vulnérables incluant les Départements de la Grand’Anse, de l’Ouest, de l’Artibonite et du Nord-Ouest. CARE Haïti travaille en étroite collaboration avec des ONG locales, le Gouvernement haïtien, et des organisations communautaires pour renforcer la capacité locale et atteindre le développement durable.  
 
Les nouvelles directions stratégiques de CARE Haïti, adoptées en juin 2007, mettent l’accent sur  les causes profondes de la pauvreté en Haïti : faible gouvernance, exclusion sociale, manque d’opportunités économiques et faible accès et qualité de l’éducation.
 
Les actions mises en œuvre se proposent donc de renforcer la capacité des partenaires locaux à fournir des services sociaux de qualité et des ressources aux Haïtiens les plus pauvres et marginalisés, particulièrement les femmes et les jeunes, de faciliter une relation de collaboration entre partenaires et de connecter les partenaires locaux aux ressources. CARE Haïti compte aussi tester des approches et modèles de développement qui peuvent être disséminés à travers le territoire national en faisant le plaidoyer pour la création des conditions propices au progrès social. La concrétisation de cet objectif passera par la promotion de la bonne gouvernance et l’inclusion sociale, le plaidoyer et l’exécution des actions qui doivent créer un impact durable sur la vie des femmes, des jeunes haïtiens et des couches les plus vulnérables.
 
CARE Haïti
92 rue Grégoire
BP 15546, Pétion-Ville
Haïti
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Témoignages du terrain

La génèse d'un projet

Témoignage de Loetitia Raymond - Gonaïves, septembre 2008
 
Hier j'accompagnais notre spécialiste eau et assainissement pour une évaluation des besoins sur le terrain. J'aime ces moments privilégiés, partir à la rencontre de ceux et celles avec qui nous allons travailler main dans la main pour développer des projets. Dessiner une réponse à un problème c'est avant tout discuter avec les populations, comprendre comment les gens vivent, décrypter leur quotidien et surtout, être à l'écoute de leurs problèmes, entendre leurs demandes. Ne pas arriver avec des idées toutes faites, des schémas préconçus.
Dans les réunions de coordination entre les différentes ONG, les représentants des pouvoirs publics haïtiens et quelques autres organismes onusiens, il ressort un certain nombre de priorités que nous allons valider sur le terrain. Dans une des zones les plus touchées par les inondations, des maisons flottent comme des bateaux-mouches sur un lac. Tristes épaves suspendues par les eaux.
 
Au bord de la route un petit commerce qui vend quelques boissons et de maigres vivres. Nous nous arrêtons pour discuter avec ces petits commerçants qui nous parlent essentiellement de problèmes d'hygiène. Ils n'ont plus de maison et vivent dans un abri provisoire. Cette échoppe n'est pas la leur, ils se sont installés là parce que la propriétaire est partie. Une des femmes soulève la question de l'absence de latrine, la difficulté d'aller aux toilettes, tous se plaignent de l'impossibilité d'accéder à une eau propre, pour se laver, mais pour boire surtout. Dans cette ville envahie par la boue, où tous les puits sont contaminés, impossible de trouver de l'eau propre si ce n'est en rejoignant ces quelques bornes fontaines installées ça et là à travers la ville. Il faut souvent marcher pour les atteindre, et surtout, faire de longues et pénibles queues pour obtenir le précieux liquide. Alors beaucoup abandonnent, parce qu'ici les hommes et les femmes sont épuisés par l'épreuve qu'ils viennent de traverser. Ils n'ont de cesse de nettoyer, déblayer la boue, les déchets, les décombres à longueur de journée. Ils doivent aussi assumer la charge supplémentaire de tous ces enfants qui auraient dû reprendre le chemin des écoles, aujourd'hui fermées car totalement dévastées. Et quand il faut chercher à survivre, reprendre une activité, aller chercher de l'eau est une contrainte supplémentaire. Dans les rues de Gonaïves les enfants se baignent dans des flaques d'eau saumâtres, petits et grands boivent une eau insalubre qui donne à tous des diarrhées ravageuses. Presque toutes les femmes à qui nous parlons avouent avoir une infection vaginale. Dans ce kiosque au bord de la route j'entends s'égrener toutes les pathologies qui accablent les sinistrés : troubles gastriques, gynécologiques, typhoïde, et j'en passe. Autre problème majeur, la malaria. Ces eaux stagnantes sont un terrain de développement tout indiqué pour les moustiques qui se multiplient. Il faudrait des moustiquaires, par milliers…
 
Nous rentrons au bureau et Andréa et l'équipe mettent en place un plan stratégique pour prioriser, établir nos champs d'action. Nous ne pouvons être sur tous les fronts, il faut faire des choix, d'autant que nous intervenons en complémentarité avec d'autres structures. Les grandes lignes se dessinent, le dragage de la rivière pour éviter qu'elle ne déborde et ne reproduise une autre catastrophe aux prochaines pluies, la distribution de kits d'hygiène, d'aquatab, ces petites pastilles qui purifient l'eau, renforcer nos programmes réguliers de sensibilisation à la malaria et une grande campagne nationale de sensibilisation à l'hygiène qui toucherait l'ensemble du pays pour expliquer à la population des gestes élémentaires de prévention.
 
Une des jeunes femmes avec qui nous discutons est enceinte de 8 mois. Je m'interroge sur l'arrivée au monde de cet enfant. Dans quelles conditions va- t'elle accoucher ? Comment prendre soin d'un tout petit dans un environnement aussi contraignant, insalubre ? Trouvera- t'elle une place dans le seul hôpital encore ouvert ? Et si non, parviendra-t-elle à  établir les conditions d'hygiène minimales pour ne pas mettre en danger sa vie et celle de l'enfant ?
Ces questions ne semblent pas les effleurer, chacun s'affère à retrouver le chemin d'une vie à peu près normale malgré le chaos qui règne dans la ville. Nettoyer, se nourrir, survivre, trouver des solutions, avancer.
La vie semble fragile dans les rues de Gonaïves, tenue à un fil d'eau. La vie pulse dans les rues de Gonaïves, tenue à bras le corps par ses habitants qui se redressent malgré les circonstances.
 
Notre experte a évalué des besoins en assainissement et j'ai évalué ce qui ne paraîtra dans aucun rapport officiel, aucune évaluation technique : il faut de l'eau propre, mais il ya du courage à Gonaïves.
 

 
Une femme de poigne
Témoignage de Loetitia Raymond - Gonaïves, septembre 2008
 
D’un geste énergique, elle va chercher les boîtes d’huile qu’elle passe ensuite aux femmes qui repartent chez elles avec la nourriture qui leur a été distribuée. Sylvie Clermont ruissèle, il fait 40°C et aujourd’hui la distribution a lieu en plein air, impossible de trouver un abri à l’ombre. Ce n’est pas la chaleur qui va l’arrêter, elle maintient la cadence, infatigable. Les consignes sont claires : il faut faire au plus vite pour ne pas laisser les femmes qui attendent dans la queue rester trop longtemps sous une chaleur dantesque. Chaleur ou pas, cette jeune femme de 37 ans a de l’énergie à revendre, c’est une femme forte, de celles à qui rien ni personne ne fait peur, une boule de vitalité incarnée.
 
Pourtant les distributions sont particulièrement éprouvantes physiquement. Tout d’abord il faut être là dès 6h du matin pour décharger les camions qui contiennent les denrées. Les hommes se passent les sacs de riz, pas moins de 50 kg à soulever à bras le corps, à déplacer puis entasser en monticules ordonnés. Idem avec les sacs de haricots qui seront éventrés puis vidés sur une bâche à même le sol. Finalement ce sont les cartons de bidons d’huile qu’il faut ouvrir et disposer en piles. Autour, d’autres « moniteurs », ces hommes qui font les distributions, organisent la queue des femmes qui vont entrer 10 par 10 dans l’enceinte de l’école où la nourriture est remise. Les faire entrer ainsi en petits groupes évite d’éventuelles tensions et permet à la distribution de se passer de façon plus fluide. Les femmes remettent alors leur carton d’identification et s’en vont chercher leur dû.
 
Les préposés sont des hommes, parce qu’il faut soulever des kilos et des kilos pendant des heures. Seulement deux femmes ont été embauchées pour cette tâche, et Sylvie est l’une d’entre elles. Pas étonnant sous ses allures de gavroche qu’elle se soit fondue dans la masse des hommes qui l’entoure. Et puis ça lui plait ! Quand je lui demande si ce n’est pas trop dur, elle réplique aussitôt d’un « mais pas du tout ! » nuancé par la suite… « Enfin… si, un peu tout de même… mais j’aime ça ! » Et de continuer en expliquant « j’aime quand ça bouge, j’aime ce qui est physique. J’ai besoin de me dépenser, de sentir que j’agis, que je sers à quelque chose ». Un caractère bien trempé, une démarche alerte, un franc–parler sans détour, elle est de ceux qui ont besoin d’être dans l’action pour se sentir exister. C’est aussi une rigoureuse qui a su trouver dans l’organisation et les méthodes de travail CARE un écho à sa personnalité : «  Ce qui me plaît chez CARE c’est la manière dont on travaille, l’ambiance amicale mais aussi le fait de devoir respecter des procédures, des règles, travailler de manière organisée ».
 
Une façon aussi de trouver un cadre structurant dans cette période de troubles où chaque jour est fait d’incertitudes et de craintes : Sylvie a aussi été touchée par la catastrophe et à ce jour elle n’a toujours pas pu revenir chez elle. Elle a tout perdu, comme tant d’autres. « Je n’ai plus d’habits, ceux que je porte m’ont été donnés par les voisins, même mes sous-vêtements !  C’était un jour vraiment triste. J’étais chez ma mère avec ma sœur, son bébé et mon plus jeune frère de 20 ans qui dormait dans une pièce à côté. Quand on a compris que l’eau montait vite on a tous commencé à courir pour nous abriter. C’est là que nous avons réalisé que mon frère n’était pas là. On a couru vers la maison mais l’eau était déjà trop haute, on ne pouvait plus ouvrir la porte. On a réussi à l’enfoncer à plusieurs pour le sortir de là », relate la jeune femme. Sylvie raconte les trois jours pendant lesquels ils sont restés coincés sur le toit sans pouvoir descendre, à se nourrir de bonbons et de pâtes mouillées.
On pourrait croire qu’elle va ensuite changer de quartier, aller habiter ailleurs que dans cette zone inondable, mais il n’en est pas question : «  je n’ai pas d’argent pour ça, j’ai emménagé en mai, je n’ai pas les moyens pour payer les frais, aller ailleurs… ».
 
En attendant, elle est contente d’avoir au moins un travail, d’avoir cette place chez CARE, une chance que beaucoup n’ont pas. Il est déjà difficile de faire face à la perte de tous ses biens, encore plus quand on n’a aucun revenu pour survivre.
 
Après les distributions du matin, Sylvie va partir sur sa petite moto pour distribuer les cartons aux femmes identifiées pour la distribution. « Il n’y en pas de pareille pour sillonner la ville à deux roues », commente un des responsables de distribution. « Tous les hommes la respectent, c’est la meilleure !!! ».
 
Sylvie continue sur son tempo effréné, le front ruisselant, de passer une à une les boîtes d’huile avec lesquelles les femmes vont rentrer pour préparer un repas chaud aux enfants, une bonne raison de ne pas perdre de temps !
 

 
Le courage de s’en sortir et de venir en aide
Témoignage de Loetitia Raymond - Gonaïves, septembre 2008
 
Un joli tailleur à carreaux, les cheveux tirés avec soin, Islande Bonne Joseph s’assied face à moi en m’offrant un sourire qui lui dévore le visage et fait chaud au cœur. On pourrait la croire timide, gentiment posée dans ses habits du dimanche, pourtant, la jeune femme ne manque pas d’audace ni de courage. Quand Ike a frappé les Gonaïves, Islande s’est montrée téméraire en menant ses voisins trouver refuge sur le haut de sa maison tandis que les eaux montaient dangereusement. Elle aurait pu choisir de se protéger, sauver ses biens, pourtant Islande est venue en aide à ceux qui ne savaient plus où aller alors que les flots obligeaient tout le monde à fuir vers des lieux sûrs improbables. Plutôt que de se mettre à l’abri sur le toit de sa maison, la jeune femme interpelle, rameute tous ceux qui se trouvent aux alentours, les femmes, les enfants coincés par la crue, pour leur tendre une échelle et les faire monter en vitesse sur le toit. Ce ne sont pas moins de 50 personne qu’elle sauvera ainsi, les aidant à se hisser sur l’échelle salvatrice qui les mettra à l’abri des coulées d’eau et de terre qui déferlent alors sur la ville.
 
Courageuse la demoiselle ! A l’image de l’audace dont elle fait preuve lorsque qu’elle décide d’entrer dans le Mouvement Paysan Kongrès Papaye, une association qui accompagne les paysans défavorisés, notamment les femmes, pour leur proposer, entre autres, des activités génératrices de revenus. Parce qu’Islande veut être autonome et qu’elle ne veut plus subir les humiliations de celles qui dépendent de leurs maris. « Je ne voulais plus être rabaissée, battue parce que je ne travaillais pas, parce qu’il fallait dépendre d’un autre" raconte la jeune femme. Elle veut se défaire du joug d’un mari plus âgé qu’elle et qui vit de sa retraite. « Au moins je fais ce que je veux ! ». Elle apprend donc à gagner sa vie avec cette structure qui offre la possibilité aux femmes de confectionner des habits, recycler des papiers, des cartons ramassés dans les rues, transformer des fruits en confiture ou encore faire du beurre de cacahouète ou du coco râpé.
 
Avec le temps, un peu d’assurance et le goût d’une forme de liberté, elle crée sa propre association, l’ODHB (Organisation pour le développement Haut Byenak) qui aide les femmes « à réfléchir » explique Islande. Dans le cadre de cette activité, elle prend connaissance des projets CARE, notamment d’un programme de sensibilisation à l’équité des genres qu’elle décide de suivre. Cette expérience la transporte, elle veut partager et transmettre à d’autres femmes ce qui lui a ouvert les yeux sur d’autres possibles, vers plus d’autonomie. Islande formera à son tour plus de 300 femmes ! «  J’aime ça partager, cela me fait plaisir, et puis tout cela a changé ma vie, je veux le donner à d’autres » précise Islande. Il faut dire qu’il faut une sacrée poigne pour assumer les 9 enfants « d’adoption », ces neveux et nièces qui vivent à sa charge, elle l’ainée d’une famille nombreuse. Si Islande est portée par son souhait de participer à l’amélioration de la condition féminine en Haïti, elle voudrait aussi faire du commerce, acheter et revendre ici des produits achetés ailleurs, mais ça sera pour plus tard. En attendant, elle aimerait suivre d’autres formations de CARE pour apprendre, continuer à faire son chemin vers cette autonomie revendiquée, et partager.
 
Pour l’instant elle fait face à l’urgence, ces familles qu’elle a accueillies et nourries pendant plus de 10 jours sur son toit ! Téméraire, généreuse et citoyenne, il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’elle réussira le pari de ses ambitions, son cœur et sa détermination en ont toute l’envergure.

 

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