Juillet 2009, Bouaké
Témoignage de Coulibaly Inza

Coulibaly Inza vient de Dabakala, une ville périphérique de Bouaké, au centre de la Côte d’Ivoire. Ses parents sont cultivateurs dans le village de Ouenéné. Inza a été scolarisé jusqu’en 3ème. Il décide de reprendre ses études mais lorsqu’éclate la guerre en 2002, les cours sont suspendus et après avoir attendu 3 mois, Inza finit par retourner chez ses parents cultiver la terre pendant un an.
Il repart ensuite chez sa soeur à Bouaké où il s’occupe de la gestion d’une cabine téléphonique pour une tierce personne mais gagne relativement peu d’argent.
Un jour alors qu’il passe devant une église, il voit des personnes faisant la queue, se renseigne et apprend que CARE recrute des bénéficiaires du projet
Assainissement en Côte d'Ivoire (projet d’assainissement de la ville de Bouaké – 400 000 habitants).
Il témoigne :
« Ce projet m’a apporté un rélle prise en charge, m’a permis d’agrandir mon cercle d’amis grâce aux différentes rencontres que j’ai faites et surtout de bénéficier d’une réelle formation de gestion des revenus et de sensibilisation aux IST » (NDLR : Infections sexuellement transmissibles). Plus que tout, CARE m’a donné courage et perspective d’avenir : j’envisage de démarrer un commerce de chaussures ».
Le champs de la cohésion
Témoignage d’Hélène
Longtemps réputée pour sa stabilité politique et sa prospérité économique, la Côte d’Ivoire a été depuis 1999 le théâtre de conflits politico-ethniques qui ont entraîné le déplacement de milliers de personnes. Malgré cette situation difficile, de nombreux Ivoiriennes et Ivoiriens s’investissent et travaillent sans relâche à mettre sur pied des initiatives qui contribuent au retour à la paix et au développement de leurs communautés. C’est le cas d’Hélène, dont nous racontons ici l’histoire.
Au début de 2003, des attaquants entrent en force dans le village d’Hélène, situé dans l’ouest du pays. Ils agressent les habitants, incendient les maisons et détruisent les infrastructures telles que les écoles et les pompes à eau.
Hélène et sa famille quittent précipitamment le village en laissant derrière eux presque tout ce qu’ils possèdent. Ils marchent pendant quatre jours pour atteindre une ville voisine et s’y installent bien qu’ils n’y connaissent personne.
Afin de pourvoir aux besoins immédiats de leur famille, Hélène et son mari coupent du bois dans la forêt et le revendent par la suite comme le font de nombreuses familles déplacées. Ils vivent dans des conditions rigoureuses mais réussissent tout de même à épargner au fil des mois la somme nécessaire pour louer un lot de terre qu’ils sèment et cultivent pendant un an. Comble de malchance, rien ne pousse.
Hélène décide alors de fonder un comité de femmes pour créer et soutenir des activités économiques. Le comité est composé à cette époque uniquement de femmes autochtones, originaires de son village.
Le temps passe et Hélène désire de plus en plus rentrer chez elle. Mais du fait de l’insécurité ambiante qui persiste, elle n’est pas disposée à regagner son village natal.
A la fin de 2006, Hélène apprend à la radio que la guerre est terminée et que les populations sont invitées à revenir dans leurs villages. Le 28 septembre 2007, Hélène fait partie du tout premier groupe de personnes à rentrer chez elles avec l’appui du Projet de restauration de la cohésion sociale des communautés affectées par la crise en Côte d’Ivoire (PRECOS) de CARE.
Financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), le projet vise à aider les personnes déplacées à refaire leur vie en reconstruisant des maisons, des écoles, des centres de santé et des pompes à eau. Plus important encore, le projet cherche à renforcer la cohésion sociale entre les différentes ethnies (on en dénombre plus de 60 en Côte d’Ivoire) pour qu’elles puissent vivre ensemble de façon pacifique.
C’est ainsi qu’avec le soutien de CARE, Hélène intègre des femmes de toutes les communautés de son village (Baoulé, Lobi, Senoufo et Mossi) dans le comité de femmes. Aujourd’hui, ce sont plus de 120 femmes qui collaborent autour de projets communs.
Hélène dirige le comité de femmes de façon participative et fait en sorte que chacune se sente intégrée et respectée. Son leadership et la volonté des femmes à travailler ensemble attirent l’attention de la division des affaires civiles de l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire qui décide de financer la création d’un important jardin communautaire. Cultivé et géré par les femmes, celui-ci leur permettra d’accroître leurs revenus avec la vente des récoltes.
Mais bien plus qu’un projet, bien plus qu’une source de revenus, ce jardin est le symbole de quelque chose de beaucoup plus important : l’unité. Les villageois appellent d’ailleurs le jardin le « champ de la cohésion ». On ne pourrait mieux dire.
L’initiative d’Hélène a eu un grand impact dans son village. Son engagement et son leadership sont remarquables et, combinés aux efforts de milliers d’autres personnes, contribueront à atteindre une paix durable en Côte d’Ivoire.