22 mai 2013

La banalisation des viols en RDC : rencontre avec Clementina et Thérèse, 15 et 16 ans.

Dans la région du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo (RDC), le viol constitue un fléau endémique, pas seulement lors des périodes de conflits mais également dans la vie de tous les jours.

Plus de 5 000 femmes violées dans la province du Nord-Kivu en 2012

CARE / 2013 / Adel Sarkozi

Clementina et Thérèse sont deux jeunes adolescentes de 15 et 16 ans vivant dans la périphérie de Goma (capitale de la région du Nord-Kivu). Toutes les deux ont déjà un enfant (de deux mois et de presque deux ans). Mais elles n'ont pas choisi d'être mamans, Clementina et Thérèse ont toutes les deux été violées par de jeunes hommes de leur entourage.

« De tels hommes brisent les vies de jeunes filles... J'ai entendu à la radio que ces hommes devaient être punis, qu'ils devaient aller en prison. Mais je n'ai jamais entendu parler de quelqu'un ici qui aurait été emprisonné pour ce qu'il a fait », affirme Clementina. Thérèse acquiesce.

Toutes deux connaissent de nombreuses autres jeunes filles de leur âge qui ont été violées et qui sont aujourd'hui mères.  

 « Je connais environ 20 autres filles qui ont subi le même sort », déclare Thérèse.

Des victimes stigmatisées rejetées par leur famille

Clementina et Thérèse ont toutes deux bénéficié d'un toit durant leur grossesse mais elles ont du se débrouiller seules pour trouver de l'aide. Leurs familles ne les ont pas soutenues quand elles ont appris qu'elles avaient été violées et attendaient un enfant.

« Il est fréquent que les familles, y compris les mères, reportent la faute sur les filles elles-mêmes, les accusant de s'être exposées. Les familles considèrent ces jeunes filles comme des fardeaux qui ne réussiront pas à se marier. Et même dans le cas où elles trouvent un époux, tous savent que l'enfant ne sera pas accepté. Certaines familles - après de nombreuses explications - finissent par accepter la jeune fille et son bébé. Mais c'est rare, et cela ne se fait pas automatiquement », explique Pauline, infirmière en chef au centre de santé Virunga (périphérie de Goma).

Lorsque l'enfant de Clementina est né et qu'aucun membre de la famille n'a accepté de payer les soins médicaux, c'est CARE qui a pris en charge les coûts de son séjour. Thérèse quant à elle a pu payer les frais médicaux grâce aux maigres économies qu'elle avait réussi à mettre de côté en vendant dans la rue des crédits pour téléphones portables.

« Certaines filles que je connais sont toujours à l'hôpital suite à l'accouchement. Elles ne peuvent pas partir car elles n'ont pas d'argent pour payer l'hôpital, pour rembourser les frais médicaux », témoigne Thérèse

Comment se reconstruire ?

CARE / 2013 / Jake Jyel

Thérèse et Clementina ne savent pas pourquoi ces violences affectent leur communauté mais elles savent que leur viol est la pire expérience de leur vie. Elles ont du abandonner l'école en raison de leur grossesse et leur quotidien a basculé depuis la naissance de leurs enfants.

Aujourd'hui, le quotidien de Thérèse ressemble à tout sauf à celui d'une adolescente normale. Elle se réveille tôt et parcourt 5 km pour collecter de l'eau. Elle s'occupe du linge (le sien et celui de la famille de son oncle, soit 10 personnes) et nettoie la maison. Elle confie son bébé à sa grande sœur pour pouvoir suivre sa formation en apprentissage dans le domaine de la soudure. Elle rentre tard à la maison, s'occupe de son bébé et se couche épuisée.

Une fois qu'elle aura terminé sa formation organisée par CARE et ses partenaires, Thérèse espère trouver un emploi afin de pouvoir élever son bébé et l'envoyer à l'école.

Les attentes de Clementina sont très proches : « Je veux une vie normale pour mon bébé. Je veux qu'il puisse au moins aller à l'école. »

Pour le moment, elle passe ses journées avec son bébé. Elle reste enfermée. Elle ne sort pas car elle n'a pas envie de voir des gens, de leur parler et qu'ils remarquent ses chaussures abîmées.

* Les noms de ces jeunes filles ont été modifiés

L'action de CARE auprès des victimes de violences

CARE soutient les centres de santé et les cliniques grâce à des médicaments, des kits de prophylaxie post expostion (PEP) et des antibiotiques pour limiter la transmission du VIH ou d'autres maladies sexuellement transmissibles. CARE forme également des professionnels sur le traitement clinique des cas de violences sexuelles, le planning familial et le VIH.

CARE vient en aide à des femmes et des filles victimes de violences sexuelles et liées au genre afin de leur apporter un soutien médical et économique pour qu'elles puissent se réintégrer au sein de leur communauté et vaincre la stigmatisation et le rejet.

Pour cela, CARE travaille notamment avec des volontaires communautaires qui sensibilisent les communautés et encouragent les femmes victimes de viols à demander de l'aide. Dans des cas comme celui de Dorcelle, CARE intervient également pour prendre en charge les frais médicaux et les coûts d'hospitalisation.

Disposer d'une source de revenus est une condition indispensable pour les femmes et les filles qui tentent de reconstruire leur vie après avoir subi des violences. CARE fournit une assistance financière et aide les femmes à mettre en place des activités génératrices de revenus ou des associations villageoises d'épargne et de crédit (AVEC). En collaboration avec ses partenaires locaux, CARE propose des formations en apprentissage (couture, soudure, mécanique) à des jeunes filles et des jeunes garçons victimes de violences, orphelins ou vulnérables.

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