19 mai 2014

Soudan du Sud : le fléau grandissant des violences sexuelles contre les femmes et les filles

Aujourd'hui, il n'y a plus de lieu sûr pour les femmes au Soudan du Sud. Voici la conclusion d'un nouveau rapport du réseau humanitaire CARE. A la veille de la Conférence des Donateurs pour le Soudan du Sud, CARE met en garde contre l'augmentation des violences sexuelles contre les femmes alors que la situation humanitaire se détériore rapidement.

Le Soudan du Sud constituait déjà un environnement extrêmement difficile pour les filles. Le conflit qui a frappé le pays à la mi-décembre 2013 n'a fait qu'empirer la situation. 88% des filles et femmes interrogées par CARE ont été victimes au moins une fois de violences.

« Les femmes et les filles sont l'objet d'attaques abjectes, jusque dans les hôpitaux et les églises où elles ont trouvé refuge avec leurs familles. Elles sont ligotées, violées et tuées », déclare Aimee Ansari, directrice de CARE au Soudan du sud.

Le rapport « La fille n'a aucun droit : Violences basées sur le genre au Soudan du Sud » s'appuie sur une enquête réalisée fin 2013 et des observations réalisées au cours des cinq derniers mois. Ce document souligne l'accès extrêmement limité des filles à l'éducation et le peu de considération dont elles sont victimes. Leur valeur est estimée en nombre de vaches.

« Les filles sont comme de la marchandise. Les hommes peuvent réserver une fille à l'avance. Ils apportent de l'argent ou des vaches. Si la fille refuse d'être mariée, elle peut être battue ou mise en prison », témoignent le personnel de santé interrogé par CARE

Du fait de l'aggravation de la situation humanitaire, de plus en plus de femmes et de jeunes filles sont contraintes de s'adonner au commerce du sexe pour subvenir aux besoins alimentaires de leurs familles. Les parents poussent leurs filles à se marier très jeune pour bénéficier de la dot, réduire le nombre de bouches à nourrir ou pour leur offrir un statut censé les protéger des violences.

Le viol et les violences sexuelles sont devenus une arme de guerre ordinaire. Et la grande majorité des femmes ayant survécu à un viol renoncent à des soins médicaux et à une aide juridique. 43% expliquent qu'elles préfèrent garder le silence par peur d'ostracisme ou de représailles et 57% car elles pensent que cela ne servira à rien. Parmi celles qui ont le courage de signaler leur agression auprès de la police ou d'un hôpital, seulement 37% ont reçu un soutien psychologique.

Si la fin des violences et les financements pour limiter la crise alimentaire sont prioritaires, CARE exhorte les bailleurs à s'emparer urgemment de la question des violences sexuelles. Il faut investir dans les services de prévention des violences et de soutien aux victimes. Former des professionnels de la santé, des assistants sociaux, des éducateurs, ainsi que sensibiliser les communautés est essentiel pour apporter soins médicaux et soutien psychologique aux victimes de violences sexuelles.

« En l'absence d'un sursaut de la communauté internationale, les femmes et les filles continueront de souffrir en silence des horreurs de ce conflit. Les violences sexuelles laisseront des cicatrices bien au-delà de la fin du conflit. Il faut y mettre un terme maintenant », alerte Kjell Stokvik, directeur de CARE Norvège qui représentera CARE lors de la conférence.

Contact medias

Les équipes de CARE au Soudan du Sud sont disponibles pour tout commentaire.

Contactez Laury-Anne Bellessa, + 33 1 53 19 89 92, bellessa@carefrance.org