19 décembre 2016

Équateur. La culture comme vecteur de respect des droits des minorités

En Équateur, les populations indigènes et d’ascendance africaine souffrent d’exclusion sociale et économique. Depuis deux ans, CARE mène un programme qui associe protection de leur culture et intégration de ces communautés dans le développement économique local. Sofia Dagna, qui coordonne ce projet pour CARE France, revient d‘une mission sur le terrain. Elle décrit les originalités de cette approche.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les minorités ethniques en Équateur ?

L'Équateur est un pays qui présente une grande diversité sociale et culturelle. Cependant, le taux de pauvreté des minorités est particulièrement élevé. Ces communautés se heurtent à de nombreuses discriminations. À titre d’exemple, le taux d’analphabétisme moyen est de 9,3 % dans le pays. Il s’élève à 12,63 % pour les populations d’ascendance africaine et à 20,4 % dans les communautés autochtones.

Cette exclusion sociale et économique se double d’un dénigrement de leurs cultures. Les langues et les traditions de ces communautés disparaissent progressivement. Les savoirs ancestraux, concernant l’agriculture par exemple, ne se transmettent plus aux jeunes générations.

En Équateur, CARE mène un programme qui associe protection de la culture des populations indigènes et d'ascendance africaine et intégration de ces communautés dans le développement économique local.

En quoi le projet culturel de CARE participe-t-il à défendre les droits des minorités ?

Ce projet, mené dans le nord du pays, vise à assurer le respect des droits humains et culturels des minorités. Nos actions bénéficient à plus de 4 890 personnes des communautés indigènes Awa et Kichwas ainsi qu’à 3 260 personnes d’ascendance africaine. Nous voulons les aider à construire des sociétés inclusives et interculturelles.

Le respect des cultures des minorités est également un vecteur de développement local. La prise en compte des pratiques ancestrales améliore, par exemple, la résilience de ces communautés face au changement climatique ainsi que leur sécurité alimentaire. Cette dimension culturelle est malheureusement trop peu prise en compte dans les projets humanitaires / de développement. La Commission européenne a d’ailleurs récemment reconnu l’intérêt de cette approche et l’efficacité de notre projet.

En Équateur, CARE mène un programme qui associe protection de la culture des populations indigènes et d'ascendance africaine et intégration de ces communautés dans le développement économique local.

Concrètement, quelles sont les actions mises en place ?

Nous avons formé des animateurs culturels afin de contribuer à la sauvegarde du patrimoine de ces communautés et de favoriser le dialogue interculturel. Ils organisent de nombreux évènements qui permettent de faire vivre ces cultures : émissions de radio, représentations théâtrales, échanges intergénérationnels. Ils contribuent aussi à la diffusion de peintures traditionnelles, musiques, bandes dessinées ou poésies.

Nos partenaires locaux, des associations communautaires, participent aussi à promouvoir les droits des minorités. Ensemble, nous travaillons au niveau local mais aussi national. Par exemple, nous soutenons l’accès à l’économie formelle et des emplois qui respectent les règlementations et les droits des travailleurs. Aujourd’hui, 63% des personnes indigènes et d’ascendance africaine tirent leurs revenus de l’économie informelle. Elles sont vulnérables aux abus et manquent souvent de protection sociale. Outre nos actions de plaidoyer au niveau des autorités politiques et économiques, nous avons créé des espaces de conseil pour soutenir la recherche d’emplois formels et la légalisation ainsi que le développement de petites activités.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre mission ?

Sans hésitation, les discriminations dont les femmes sont victimes. Elles sont triplement vulnérables : ce sont des femmes, elles sont membres de minorités et pauvres. J’ai déjà cité le taux d’analphabétisme des populations indigènes qui est de 20,4 %, il est de 26,7 % pour les femmes de ces communautés.

Ces femmes vivent dans des sociétés très machistes. En Amérique latine, les taux de féminicides et autres violences contre les femmes sont très élevés et choquants. Nous ne pouvons pas défendre le respect des droits humains sans porter un intérêt particulier à l’égalité de genre. Nous organisons donc des séances de sensibilisation à destination des femmes sur leurs droits. Nous les informons également sur les services d’aide aux victimes de violences ou de santé sexuelle et reproductive.