09 octobre 2001

A l’approche de l’hiver, la population afghane, qui souffre déjà de plus de 20 années de conflits et de trois ans de sécheresse, se retrouve au cœur d’une crise humanitaire grave. Les Nations Unies estiment à 7.5 millions le nombre d’Afghans dont la survie dépend de l’aide humanitaire.

Care demande à toutes les parties concernées d’accorder la plus haute importance à l’apport d’aide humanitaire aux millions de civils afghans innocents pris au cœur de la crise

. Nous demandons instamment à la communauté internationale, ainsi qu’à toutes les autorités afghanes, d’adopter un plan d’action humanitaire pour l’Afghanistan, prenant en compte les six éléments fondamentaux suivants :

  • le droit pour les civils afghans innocents de recevoir une assistance humanitaire,
  • la protection des droits des civils innocents dans le cadre des actions militaires,
  • un accès sans entrave pour les organisations humanitaires à tous les civils touchés, aussi bien à l’intérieur de l’Afghanistan qu’au sein des camps des réfugiés,
  • l’intégrité de l’action humanitaire,
  • le respect des conventions internationales et des standards relatifs aux droits et au traitement des réfugiés,
  • un engagement d’envergure de la communauté internationale et des autorités afghanes pour un plan sur le long-terme de reconstruction et de développement de l’Afghanistan.

1/ Le droit à une assistance humanitaire

  • L’Afghanistan connaît déjà une crise humanitaire. Avec une estimation de quelques 7.5 millions d’afghans potentiellement dans une situation à risque, la portée de cette crise est énorme. La situation s’est considérablement détériorée depuis le 11 septembre 2001, avec l’arrêt de l’aide humanitaire et la fuite de centaines de milliers d’afghans.
  • Il est urgent d’apporter une aide humanitaire massive avant l’arrivée de l’hiver. Les conditions rudes de l’hiver afghan rendent les routes qui servent à atteindre les endroits reculés du pays impraticables de mi-novembre à mars. Il devient alors très difficile pour beaucoup d’afghans d'avoir accès à l’aide humanitaire, et pour l’aide humanitaire de les atteindre.
  • Les gouvernements et les institutions doivent immédiatement engager des ressources supplémentaires pour gérer la crise. Il reste de nombreuses incertitudes sur l’ampleur et la direction des mouvements de populations, les gouvernements et les organisations humanitaires doivent donc être prêts à s’adapter pour diriger l’aide humanitaire au mieux.
  • La population afghane souffre de plus de 20 ans de conflits et d’instabilité. Plus que tout, la population redoute que le pays ne tombe dans la guerre civile, dans l’anarchie complète, et qu’elle ait à subir à nouveau de nombreuses pertes humaines.
  • Toutes les parties afghanes engagées dans le conflit à l’intérieur du pays doivent respecter la loi internationale relative à la protection des civils dans les zones de conflits et refuser tout abus à l’encontre des Droits de l’Homme.
  • Toute action militaire en Afghanistan doit respecter la distinction entre les civils innocents et les individus identifié comme responsable d’avoir planifié, soutenu et rendu possible des actions terroristes. Les préjudices et la mort de civils doivent être évités.

 

  •  L’accès aux populations civiles touchées par le conflit, aussi bien à l’intérieur de l’Afghanistan que dans les pays frontaliers, doit être donné aux organisations humanitaires, notamment aux ONGs et aux Nations Unies.
  • Il est impératif que la communauté internationale crée un espace humanitaire sécurisé pour permettre la reprise d’opérations humanitaires de grande ampleur à l’intérieur de l’Afghanistan. Pour ce faire, les conditions dans lesquelles les organisations humanitaires peuvent intervenir en Afghanistan doivent être améliorées afin de fournir une sécurité suffisante pour le personnel humanitaire, un accès adéquat aux moyens de communication, etc. Cela est nécessaire afin de permettre d’assurer la sécurité du personnel humanitaire, et la capacité pour les organisations humanitaires d’agir de manière indépendante.
  • Si les conditions de sécurité ne permettent pas de mener des opérations humanitaires « normales » et d’atteindre les civils affectés par le conflit, des mesures extraordinaires (parachutage d’aide humanitaire, ouverture d’un couloir humanitaire, etc.) peuvent être envisagées de manière temporaire.

4/ Intégrité de l’action humanitaire

  • Tous les efforts nécessaires doivent être mis en oeuvre afin de porter assistance à ceux qui en ont le plus besoin et afin de minimiser les détournements d’aide par les combattants. La situation doit être gérée avec le plus grand soin, et dans le cas où il serait jugé que l’aide n’atteint pas les bénéficiaires auxquels elle s’adresse, et ce quelque soit la zone concernée, celle-ci devrait être suspendue.
  • L’aide humanitaire doit être fournie en accord avec le principe d’impartialité. Les civils innocents, quelque soit la zone dans laquelle ils se trouvent, leur appartenance ethnique, leur sexe, leur religion, doivent être aidés. Tous les efforts permettant d’atteindre les plus vulnérables doivent être mis en œuvre, dans les zones contrôlées par les Talibans, comme dans celles contrôlées par l’Alliance du Nord.
  • Les décisions relatives à l’aide humanitaire doivent être fondées sur les impératifs humanitaires et ne doivent pas être utilisées dans le but de favoriser des plans politiques ou militaires. L’effort humanitaire doit être sous le leadership civil, et toute interaction entre les forces militaires et les organisations humanitaires doit être limitée à l’apport d’aide aux populations civiles dans le besoin dans un esprit de promotion des Droits de l’Homme.

 

  • Les Etats frontaliers doivent ouvrir leurs frontières aux réfugiés qui fuient la crise en Afghanistan.
  • Tous les réfugiés ont le droit d’être protégés, de recevoir de la nourriture, de l’eau, des abris, et les soins élémentaires, selon les standards minimum. Tous les camps de réfugiés doivent être établis et gérés selon les conventions internationales et les standards humanitaires (SPHERE).
  • Certains des projets concernant les camps de réfugiés au Pakistan soulèvent, en l’état actuel des choses, des inquiétudes sérieuses au sein de la communautés des ONGs : notamment les camps situés trop près de la frontière afghane et dans des zones inhospitalières, les possibles restrictions par les autorités civiles et militaires locales quant à l’accès aux camps par le personnel humanitaire, et la possible militarisation potentielle des camps. La communauté internationale et les pays accueillant des réfugiés doivent mettre en œuvre tous les efforts nécessaires pour que les camps de réfugiés soient gérés de la meilleure manière en capitalisant sur les leçons tirées lors des dernières crises humanitaires.

 

  • Si la communauté internationale doit se concentrer à l’heure actuelle sur les besoins immédiats d’une aide humanitaire d’urgence massive, nos efforts doivent être fondés sur la volonté d’aider le peuple afghan à briser le cycle des conflits, et de l’extrême pauvreté. Nous devons soutenir et encourager ceux qui travaillent pour la paix et éviter les actions qui poussent l’Afghanistan sur le chemin de la guerre civile. Les seules solutions à la crise actuelle sont celles qui sont ancrées dans le droit du peuple afghan à être maître de son devenir.
  • Seul un engagement international pour l’aide à la reconstruction et au développement en Afghanistan peut ramener l’espoir au sein d’un peuple afghan qui a déjà subi plus de 20 années de guerre. Un tel engagement pourrait être une motivation importante pour l’ensemble des parties en Afghanistan en vue d’intensifier les efforts visant à résoudre les problèmes fondamentaux du pays. Ce programme devrait s’accompagner du respect de conditions minimales de la part de l’Afghanistan, et notamment, le respect des droits de l’ensemble des citoyens, des femmes, des minorités, et des autres groupes vulnérables, ainsi que le respect des principales normes légales et diplomatiques dans les échanges du pays avec le reste de la communauté internationale.

9 octobre 2001