21 mars 2003

CARE est particulièrement inquiet pour la population irakienne auprès de laquelle nous travaillons depuis des années. Depuis plusieurs mois déjà nous préparons l’aide humanitaire à apporter. Il faut savoir que le peuple irakien se trouvait déjà en situation précaire avant le début des hostilités. Nous envisageons trois domaines sur lesquels la population iraquienne sera particulièrement vulnérable : l’approvisionnement en eau, en nourriture et l’accès aux soins médicaux et aux médicaments..

Dans le domaine de la nourriture, deux menaces pèsent sur la population : quasiment la majorité de la nourriture est importée et donc transportée à travers le pays par routes pour être au final distribuée dans les boutiques locales. La première menace est donc logistique, menace amplifiée par la destruction des ports et des routes aussi bien que la fermeture des boutiques locales. La seconde menace est administrative ; si les combats venaient à interrompre ce système d’approvisionnement et de distribution, les conséquences seraient désastreuses.

Alors que le gouvernement iraquien a pris la précaution de donner par avance à la population accès à des rations de nourriture, les rations déshydratées  risquent d’être difficile à préparer si les provisions de bouteilles de gaz et de kérosène prennent fin. Ces mêmes rations nécessitent aussi l’utilisation d’eau, or l’accès à de l’eau potable sera de plus en plus problématique. Les Nations Unies estiment que la guerre aurait pour conséquence de mettre fragiliser l’accès à la santé de 3 millions de gens dont 2 millions sont des enfants.

L’infrastructure hydraulique IraKienne dépend de l’électricité, or les installations d’électricité et d’essence sont les premières cibles en cas de conflit. Sans électricité, le pompage de l’eau et les stations de traitements cesseront de fonctionner une fois que les provisions d’énergie de leur générateurs seront vides d’essence. Les populations aussi bien urbaines que rurales n’auront alors plus d’autres choix que l’accès à de l’eau insalubre. De plus, les installations de traitement d’eaux usées ne seront pas opérationnelles en conséquence de quoi les eaux usées non traitées seront distribuées dans les zones résidentielles.

CARE en Irak a pré-positionné des cuves mobiles d’eau , aux côtés des provisions d’urgence en essence, afin d’être capable de maintenir un minimum de réserve d’eau dans quelques zones sélectionnées dans l’immédiat après l’attaque. Ce système pourra produire jusqu’à un million et demi de litres d’eau par jour ce qui est une réponse minime par rapport aux besoins réels. CARE, avec ce système,  peut venir en aide à 25 000 personnes alors que selon les Nations Unies, 2,5 millions de personnes auront besoin d’eau.

Les enfants, déjà atteints de malnutrition, seront plus sensibles aux maladies déclenchées par les bornes à eaux en mauvais état, maladies telles que diarrhées, choléra et dysenterie. Approximativement 23% des moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique et la moitié des enfants iraquiens soufrent de 14 crises de diarrhées par an !

Les hôpitaux et les cliniques, fonctionnant de façon précaire après des années de sanction, seront  surchargés  par l’effet combiné d’un manque d’eau, d’électricité et du nombre croissant de patients.

De plus, les Nations Unies estiment que les conséquences directes de la guerre pourraient atteindre 500 000 personnes, parmi lesquelles entre 10 et 50 % de morts.

Les préparatifs humanitaires

Il existe à l’heure actuelle un large champ de scénarii possibles basés sur l’intensité et la durée des combats selon les stratégies militaires déployées. Ceci affecte directement le type et l’échelle de l’intervention à laquelle nous pouvons faire face, aussi bien en Irak que dans la région..

Quelques ONG prévoient et se préparent à un flot massif de réfugiés et à des déplacements massifs en interne estimés entre 500 000 et 2 million de personnes. Nous estimons que à cause du manque d’essence et du niveau existant de pauvreté, la plupart des gens dans le sud et le centre du pays resteront là où ils sont.

L’accès des agences humanitaires aux populations civiles les plus affectées doit être maintenue pendant et après n’importe les combats. En apportant une aide d’urgence aux victimes de la guerre, CARE craint de possibles transgressions quand à l’impartialité de nos opérations humanitaires qui pourraient être menacées par un contrôle militaire. Il est crucial que la distinction entre l’intervention humanitaire et militaire reste claire.

CARE rappelle que les lois humanitaires internationales spécifient que les combattants doivent répondre aux besoins des populations civiles .Or les gouvernements ont été  plus que  silencieux sur cet aspect en laissant entendre que les agences humanitaires feraient le travail pour eux.

Les principes humanitaires

CARE pose un certain nombre de principes qui font écho aux principes humanitaires d’impartialité, d’indépendance, et de définition de «l’espace humanitaire » dans lequel nous nous préparons intervenir, soit :

-accès sans contraintes aux populations affectées, sans considérations d’appartenance religieuse ou ethnique

-capacité de conduire des estimations indépendants des besoins humanitaires

-sécurité de l’identification des objectifs politiques ou militaire

-dissociation des structures de commandement militaire

- sécurité des équipes

Conclusion

Nous demandons à tous les acteurs du conflit de faire tout leur possible pour minimiser les risques encourus par les populations civiles et permettre l’accès des humanitaires à ces dernières . La protection des des ’infrastructures indispensable à la survie quotidienne des populations est essentiel. Il doit y avoir une nette séparation entre les rôles civiles et militaires. De plus, il est de première importance que le control de l’assistance et les efforts de réhabilitation soient dans les mains de civils, en forte coordination avec les Nations Unies. Les besoins étant efficacement alloués, indépendants des objectifs militaires et politiques.