08 juin 2003

L'ORSE (Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises), en partenariat avec le CIAN (Comité des Investisseurs en Afrique Noire) et CARE, vient de publier le guide "Entreprises et Sida : un enjeu mondial". Ce guide de sensibilisation et d'information à l'attention des entreprises donne un panomara général des enjeux, des réponses que peut apporter le secteur privé, ainsi que des acteurs. Pour télécharger le guide (en format .pdf), cliquez-ici.

L'enjeu

L’impact économique et social actuel de la pandémie de VIH/SIDA dans les pays en développement concerne aux 2/3 la population active comprise entre 15 et 49 ans. Plus de 28 millions de personnes appartenant à cette tranche d’age sont actuellement affectées par la maladie.

Au delà des ravages humains constatés, la pandémie provoque également une crise de développement sans précédent par la réduction de l’offre de main d’œuvre, la chute des revenus, la diminution de la consommation, de l’épargne et de l’investissement.

On estime que l’impact sur un pays d’un taux de séroprévalence de 20% se monte à près de 3% par an sur la croissance économique.

Au niveau microéconomique, cela se traduit par une forte augmentation des coûts pour l’entreprise ainsi qu’une baisse sensible de la productivité.

La lutte contre le VIH/SIDA est donc devenu un enjeu majeur pour l’entreprise sur un plan social mais aussi économique. Sa survie même est en cause. Dans son intérêt propre comme dans celui de ses parties prenantes, le secteur privé constitue donc potentiellement un acteur incontournable.

Rôle pour le secteur privé formel

Bien que représentant un pourcentage modeste de la population active dans les pays les plus touchés par le VIH/SIDA, les grands groupes privés multinationaux n’en constituent pas moins des acteurs de poids potentiels importants :

  • Au delà de leur population salariée (plusieurs centaines de milliers de personnes sur le continent africain), on estime que la population à charge, c’est à dire bénéficiant directement ou indirectement des revenus de ces salariés, se monte à environ 3 millions de personnes.
  • Si l’on y ajoute les communautés locales qui doivent impérativement être ciblées dans ce type de programmes, la population concernée se monte à plus de 15 millions de personnes.
  • L’influence constatée du secteur privé formel dans les pays touchés se mesure également sur le plan institutionnel, c’est à dire vis-à-vis des autorités locales, nationales voire internationales. Dans plusieurs pays, on constate que les regroupements d’entreprises constituent une étape importante pour de réels partenariats avec les autorités nationales et la mise en place de programmes concertés.

Niveau actuel d’implication du secteur privé

Bien que certaines multinationales aient mis en place depuis plusieurs années des réponses organisées de lutte contre le VIH/SIDA, l’implication du secteur privé sur ces thématiques est cependant très en retrait pour les raisons suivantes :

  • une tendance existe pour certains groupes à nier la gravité du phénomène,
  • au delà de l’impact humain qui est reconnu, on constate une méconnaissance quasi-générale de la gravité de l’impact économique et financier sur l’activité.
  • des fausses idées circulent sur l’exposition au risque : par exemple le fait que des populations salariés appartenant au secteur tertiaire seraient moins exposées que les salariés plus défavorisés.
  • un manque de savoir faire pour organiser la réponse contre le phénomène complexe du VIH/SIDA.
  • enfin, une tentation de repli sur soi et d’évitement des risques (exemple : non embauche ou licenciement des populations à risque) au lieu d’une réponse de « traitement » du problème.

De manière générale, les groupes privés français accusent un certain retard dans la mise en place de réponses appropriées face au phénomène du SIDA. Ceci pourrait paraître surprenant au vu de l’implication de certains d’entre eux en Afrique, continent le plus touché. En réalité, on constate que ce sont les groupes les plus présents en Afrique de l’ouest et australe, régions les plus touchées qui ont réagi le plus significativement, les acteurs français étant plus présents en Afrique de l’ouest.