07 mai 2004

Les jumeaux de Zeriba Bouch, nés hier, sont couchés immobiles sur le plancher en terre battue de son abri de fortune, dans un camp de réfugiés du Tchad.  La jeune mère de 22 ans ne leur a pas encore donné de nom;  elle se risquera à le faire seulement lorsqu’ils auront une semaine, dit-elle.

Ici, dans les camps du Tchad qui abritent 110 000 personnes réfugiées à la suite d’attaques violentes des miliciens, dans la province soudanaise voisine de Darfur, la vie  est incertaine.  Les pénuries d’eau, d’essence et de nourriture font de l’existence une lutte incessante. La méningite et les autres maladies s’attaquent aux très jeunes et aux personnes âgées.

Mais ces camps sont néanmoins beaucoup plus sûrs que le cauchemar que les réfugiés comme Zeriba ont laissé derrière eux à Darfur, au Soudan, où des miliciens incendient des villages et tuent les habitants.

« Ils ont mis le feu à nos maisons.  Ma maison a brûlé devant mes yeux, alors j’ai pris mes enfants et je me suis mise à courir.  On avait emmené nos bêtes, mais les miliciens nous ont poursuivi pour voler notre bétail et tout ce qu’on avait emporté », dit Zeriba, les traits tirés.

Enceinte de plusieurs mois, elle a effectué en compagnie de sa famille le long et difficile trajet qui mène au Tchad, au-delà de la frontière, de même que des milliers d’autres réfugiés qui fuyaient la violence dans leur mère patrie.

Plus de 75 pour cent des réfugiés sont des enfants, comme le petit Ahamat Saleh, 10 ans.  Il sait lire et écrire, mais s’ennuie de l’école.  Dans son village, au Soudan, il adorait apprendre.  D’autres enfants végètent dans la poussière des camps; ils jouent avec des bâtons et des roches sous le soleil implacable du désert.

Hawa Sabil Adam, une femme presque aveugle de santé fragile, s’est enfuie au Tchad en compagnie de sa fille et de ses deux petits enfants.  « Un camp de réfugié n’est pas un bon endroit pour élever une famille », dit-elle, « mais au moins ils sont en sécurité. »

« Nous avons quitté le Soudan pour protéger nos enfants », précise-t-elle en se redressant péniblement sur son paillasson posé à même le sol.  « Les miliciens s’approchaient de notre village, et nous avons eu peur pour nos enfants.  Alors, nous nous sommes enfuis. »

« Il nous a fallu plus de dix jours de marche pour atteindre la frontière.  Une fois au Tchad, nous nous sentions au moins en sécurité!  Nous allons rester ici tant que la paix ne sera pas rétablie au Soudan. »

CARE gère un camps le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan.  CARE fournit aux réfugiés la nourriture, de l’eau, des services communautaires  de même que des articles non alimentaires tels que des matériaux pour de construire des abris temporaires, des ustensiles de cuisson et des contenants pour l’eau.

Mais depuis que des centaines de réfugiés traversent la frontière le est  poussé à ses limites. Même pour les Tchadiens de la région, trouver de l’eau constitue un défi alors que le climat est extrêmement sec. L’arrivée massive des réfugiés constitue une forte pression sur des ressources déjà trop rares. En outre, le mauvais état des routes rend difficile le transport de nourriture et de matériel.

En dépit des conditions de vie  pénibles dans les camps, il reste encore au Soudan au moins un million de personnes qui ont été chassées de leurs maisons et qui, comme Hawa et Zeriba, se sont fait voler leur bétail et toutes leurs possessions mais ne peuvent néanmoins pas se rendre au Tchad  pour y trouver la sécurité.  Des milliers de foyers ont été détruits, de même que les cultures et le bétail dont les gens ont besoin pour survivre.

CARE vient en aide à plus de 385 000 personnes au Soudan, mais les attaques se poursuivent et de plus en plus de personnes ont besoin d’aide. Plusieurs fermiers ont déjà  manqué la saison des semis, et ne disposeront donc pas de suffisamment de nourriture pour survivre une fois la crise terminée.

Les secours sont nécessaires de toute urgence, car dès le mois de juin, la saison des pluies rendra pratiquement impraticables pour trois mois les routes qui permettent d’atteindre les populations qui ont besoin d’aide.

Jean-François Deniau au Tchad, cliquez ici.

CARE mobilise ses moyens d'urgence, cliquez ici.

Olivier Jobard lauréat du Grand prix CARE International du Reportage Humanitaire. Pour son reportage sur les réfugiés du Darfour, cliquez ici.