27 juillet 2004

Avec 65% du pays sous l'eau, la situation au Bangladesh est très grave. Les officiels en charge du management de la crise rapporte que les pertes en termes de terrains et de récoltes s'élèvent à 7 milliards de dollars. 2,5 millions de maisons ont été endommagées ou détruites et environ 31 millions de personnes ont été affectées.

Zohura a donné naissance à son enfant dans une salle au milieu de 100 autres personnes, dans un centre de réhabilitation temporaire dans la région de Manda au Bangladesh, il y a à peine une semaine. Zohura, tout juste 18 ans, a avoué à l’équipe CARE avoir été très intimidée d’accoucher dans une salle pleine de gens. Cela a été un moment très difficile. La maison de Zohura est sous l’eau ; elle et sa famille ont dû s’abriter au Lycée Haider Ali ces trois dernières semaines. A Dai, une sage-femme traditionnelle a accompagné Zohura pendant le travail mais elle n’avait reçu aucune attention médicale avant le troisième jour après la naissance, à l’arrivée d’une équipe médicale volontaire au centre. Elle a dit à l’équipe CARE avoir peu réussi à se reposer avec son nouveau-né et qu’il a été difficile de lui donner des soins appropriés. Zohura ne sait pas quand sa vie redeviendra normale. Son mari gagnait sa vie en vendant du thé dans la rue mais depuis les inondations, il arrive difficilement à travailler. Il est difficile d’imaginer comment la famille va arriver à joindre les deux bouts et à subvenir aux besoins de leur nouveau-né.

Sharbanu

Sharbanu vit dans le même refuge que Zohura depuis un peu plus de deux semaines. Sa maison a aussi été balayée par les flots des inondations. Son fils et son petit-fils vivent sur le baranda, espace découvert devant le lycée, étant donné qu’il n’y a plus de place à l’intérieur. Ils reçoivent un repas par jour, à midi, mais doivent toujours faire face à la pénurie alimentaire le matin et le soir.

Le fils de Sharbanu conduit un pousse-pousse, mais peu de personnes se déplacent en pousse-pousse pendant les fortes pluies, ce qui a fortement fait chuter ses revenus. Sharbanu nous a dit que la pauvreté a fait migrer la majorité de sa famille de Mymensingh (région au nord du Bangladesh) à Dhaka. La femme de son fils et leur deux enfants vivent toujours à Mymensingh. Les innondations menacent de les submerger.

De nombreux enfants comme Sapna luttent pour survivre

Sapna, à peine un an, pleurait sur le baranda quand nous avons rendu visite aux victimes des inondations au Lycée Avoibinodini. Sa mère était partie chercher de l’eau potable. Son père conduit un pousse-pousse et était parti travailler.  Cette famille doit aussi vivre sur le baranda par manque de place à l’intérieur.

A son retour, la mère de Sapna a dit à l’équipe CARE que Sapna est malade depuis 5-6 mois. La famille est allée voir un docteur de la région avec Sapna mais n’a pas eu les moyens de se procurer le traitement nécessaire dans un hôpital ou un centre infantile.

Comme Sapna, de nombreux autres enfants dans le refuge souffrent de malnutrition, diarrhée, fièvre, maladies transmises par l’eau, vers et autres maladies qui n’ont pas encore été diagnostiquées ni traitées. Chaque jour, la vie est une bataille pour ces familles et les inondations n’ont fait qu’augmenter leurs souffrances.

Babul et sa famille

Babul, 35 ans, vit depuis 15 jours au Lycée  Avoibinodini avec sa femme et ses quatre enfants. Leur aîné a 10 ans et leur benjamin 10 mois. Babul conduit un pousse-pousse. Il gagne d’habitude 80-100 Tk mais depuis les inondations, ses revenus ont été réduits à 50-60 Tk. Récemment, il est tombé dans un fossé en tirant son pousse-pousse dans les rues inondées, et s’est blessé. Babul n’est toujours pas capable de tirer son pousse-pousse.

Sa famille et lui ont reçu de l’aide alimentaire sous forme de nourriture cuite et déshydratée (riz et dal). Ils reçoivent aussi un repas par jour par CARE. Babul a raconté à l’équipe CARE qu’il a du mal à nourrir ses enfants parce qu’il est très difficile de trouver de la nourriture pour bébé en ce moment. Ils sont malades et ne reçoivent pas assez d’attention médicale : il a donc dû demander l’aide d’un médecin extérieur et a dû acheter des médicaments à crédit.

Babul était un ouvrier à Patuakhali, dans le district de Birsal. Mais il n’était pas employé régulièrement et a dû migrer vers la capitale Dhaka à la recherche de revenus journaliers réguliers pour survivre. C’est pratique courante pour la plupart des plus pauvres en ville.

Souki a besoin d’aide

Souki, une enfant de 5 ans, souffre de fièvre depuis 3 jours. Quand l’équipe CARE a visité le centre, son père lui versait de l’eau sur la tête pour la rafraîchir. Elle a également des problèmes de digestion depuis plusieurs jours. L’équipe médicale lui a donné quelques médicaments mais l’enfant n’a pas encore complètement guéri. Comme beaucoup d’autres parents, le père de Souki nous dit avoir des problèmes pour trouver de la nourriture pour bébé. Le peu de nourriture qu’il reçoit – riz, dal (lentilles) et kichuri (mélange de riz et lentilles) –doit aussi servir à nourrir ses enfants, à défaut d’autre chose.

Le père de Souki est aussi un conducteur de pousse-pousse, mais il n’en a pas conduit depuis les pluies. Du fait des inondations, le prix d’une course en pousse-pousse est descendu à seulement 20 Tk, et comme il est très difficile de tirer un pousse-pousse dans l’eau, ce n’est pas très rentable et il fait difficilement sa journée. Il a essayé de conduire un bateau, mais comme il n’est pas professionnel, il est tombé du bateau et s’est blessé.