15 décembre 2004

Des ressources renouvelables accaparées par Israël à plus de 83% depuis l’occupation des Territoires en 1967, des infrastructures privées d’extension et d’entretien, des quotas fixés par les accords de Oslo en 1995 et non respectés, la Palestine est confrontée à une pénurie qui sanctionne le développement et menace la population. Avec la Seconde Intifada initiée en septembre 2000, les ressources de l’une des régions les plus pauvres en eau de la planète sont devenues une arme de combat. Coupures, canalisations détruites, citernes perforées de balles, l’eau est la cible N°1 de l’armée israélienne.

Restrictions sur le forage et l’entretien des puits, réseau vétuste, fuites jusqu’à 50%, les capacités limitées sont mal exploitées. Sans police, le service des eaux de l’Autorité palestinienne (PWA) établi par les accords de Oslo 2 est incapable de contrôler quantité et qualité. De leur côté, les municipalités, confrontées à une population au chômage décuplé depuis la fermeture des Territoires en 2000, sont incapables de gérer un réseau sans ressources. Seule réponse au manque, les camions-citernes. Un parc majoritairement privé où le prix est fonction de la demande et la qualité fonction des bénéfices. Faute de sources et de contrôle suffisant, certains s’approvisionnent à des puits illégaux à la qualité douteuse. A ce risque sanitaire s’ajoute la carence des systèmes d’évacuation et l’infiltration dans la nappe phréatique des eaux usées domestiques, majeure cause de pollution.

Privés d’emploi, beaucoup se tournent vers le retour à la terre. Des terres majoritairement détenues par de gros propriétaires fonciers et, faute de sytèmes d’irrigation, peu productives. Des terres, pour certaines, contaminées. Des terres morcelées, confisquées, interdites d’accès par l’extension des colonies, l’expansion des zones de sécurité, la construction de la « clôture de sécurité ». Contrainte à l’autharcie depuis près de quatre ans, l’économie ne peut s’orienter vers une production de subsistance. Par manque d’eau, les potagers sont inexistants, les cheptels toujours plus réduits.

Région de Cisjordanie la plus touchée par la pénurie après Hebron, Jénine affronte une situation critique. Au sud-ouest du camp de réfugiés dévasté par une incursion israélienne en 2002, la zone rurale de Ya’bad qui compte 25 382 habitants affiche le tiers de la consommation préconisée par l’Organisatioon mondiale pour la santé (OMS).

Financé pour un montant de 500 000 euros par le Bureau d’aide humanitaire de l’Union européenne (ECHO), le projet de l’Organisation non gouvernementale (ONG) internationale CARE « Eau et hygiène d’urgence dans la région de Ya’bad » vise à améliorer l’accès à l’eau et la situation sanitaire au niveau communal et privé. Quatre objectifs. L’installation d’une station de pompage, d’une capacité de 120 mètres cubes de l’heure et un système de chlorination dans la ville de Ya’bad pour un investissement de 420 000 dollars, marquera une triple victoire. Une  économie de 182 500 dollars sur les frais de location pour la municipalité, une augmentation de la capacité du réseau, une garantie de qualité pour les consommateurs. La construction de sanitaires dans les écoles mettra un terme à une carence des équipements qui menace la santé des élèves. Un progrès décisif dans une région où amibes, gastro-entérites et hépatite A accusent une augmentation spectaculaire depuis le début de la Seconde Intifada. Le forage de citernes, d’une capacité de 70 mètres cubes attribuées à des familles sélectionnées avec la collaboration des conseils de villages, libérera les plus défavorisés de la dépendance des camions-citernes aux délais variables et au tarif prohibitif. Des travaux réalisés par une main-d’œuvre locale pour favoriser l’emploi d’une population qui en est privée pour près de la moitié. Enfin, le programme d’information a pour ambition de sensibiliser la population sur l’usage, la conservation et la prévention. Le projet de CARE et de ECHO, une réponse à la pénurie d’une terre privée de son eau.

 

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Photos ©Eric