11 janvier 2005

18 janvier

Ma mission au Sri Lanka touche à sa fin. Ce soir, je reprends la route du bureau parisien. 17 jours aux côtés des 250 salariés qui travaillent ici pour CARE, pratiquement tous des locaux, parce qu’ils ont le savoir-faire et qu’ils connaissent le terrain mieux que personne. J’ai vu travailler ces hommes et ces femmes de toutes les communautés, cingalais, musulmans, tamouls, parfois touchés eux-même par le Tsunami. Les conditions sont difficiles, les routes coupées, il faut parfois quatre heures pour parcourir 140 km. Je repars sonnée par le malheur qui a tracé ma route, pourtant ce n’est pas ce que je retiendrais, l’essentiel est cette leçon de vie que les Sri-lankais m’ont donnée. Nous avons encore beaucoup à apprendre de toutes victimes de catastrophes naturelles, de conflits, de la pauvreté. Nous leur donnons de l’argent, un soutien psychologique, des compétences, tandis qu’eux nous montrent le chemin du courage et de la dignité.

17 janvier

Il y a 3 semaines, un raz de marée dévastait l’Asie. En quelques jours, nous avons assisté à une mobilisation sans précédent de la communauté internationale. Je suis au Sri Lanka depuis deux semaines et ce que je vois me fait dire que cette manne financière ne sera pas de trop, loin s’en faut. En voyant ces vies réduites à néant, je pense à toutes celles que j’ai croisées pendant six ans avec CARE et je cherche à comprendre pourquoi l'écho de la souffrance de ces derniers n’atteint pas notre compassion. Qu’est ce que leur drame a de moins terrible que celui des victimes du Tsunami ?

Des millions d’enfants meurent de faim, de soif , du SIDA et nous restons sourds à leur appel. De nature optimiste, j’ose espérer que nous assistons après le Tsunami à un éveil des consciences. J’ose croire que cet élan soudain sonne l’avènement d’une nouvelle ère d’une vraie solidarité internationale. Sinon, pourquoi choisirions-nous de sauver les uns et de laisser mourir les autres ?

14 janvier

28 000 roupies, soit 700€, c'est le coût d'un bateau de pêche traditionnel au Sri Lanka.

Ce matin, je suis à Ampara, où les équipes de CARE vont aider les pêcheurs à repartir à la mer en leur prêtant de l'argent pour acheter un bateau, des filets, une ancre. Pour les protéger d'autres catastrophes, nous les inciterons à prendre une assurance.

Pour vendre à un meilleur prix nous leur proposerons de mutualiser leur production et de vendre en gros. En somme, nous leur permettrons de travailler à nouveau et de mieux gérer leur affaire. Sans ce projet de micro crédit, il leur faudrait certainement des années pour y parvenir, plutôt que de les maintenir sous perfusion humanitaire.

CARE prépare déjà le long terme.

Avant que le projet ne démarre, il faut trouver des solutions intermédiaires. Alors en attendant, on leur propose de déblayer les décombres en échange d'une rémunération.

12 janvier

« Personne ne nous a dit que la vague arrivait. Aujourd’hui personne ne nous dit où nous allons. Un jour la radio annonce que nous irons à 1km de la mer, le lendemain, à 300 mètres. Dans quel village ? Quand ? En quittant nos villages nous laissons un mode de vie, des traditions. Où nous emmènent –ils ? Dans la jungle ? Sacrifierons-nous nos enfants sauvés de la vague pour les laisser tuer par des éléphants dans des lieux exposés ? Mais de qui parlent-ils ? De nous ? » s’interrogent les villageois que je rencontre. Implacables questions. Pour faire entendre leur voix, CARE mobilise les autorités , se bat pour défendre leurs droits, pour qu’ils décident de vivre où ils le souhaitent, pour qu’ils soient les acteurs de leur propre destin. Eux seuls savent ce qui est bon et juste pour leur avenir. Ils n’ont pas choisi de tout perdre, et nos équipes savent très bien que pour les aider, nous devons les défendre pour qu’ils aient les moyens de décider comment retrouver le chemin d’une vie normale.

11 janvier

Vazuki esquisse un sourire lorsque je lui tends un paquet de serviettes hygiéniques et des culottes.  Depuis que les distributions ont commencé, les équipe de CARE sur le terrain se sont rendues à l’évidence : les femmes ont des besoins particuliers et il faut y répondre !  Difficile d’être une femme dans un camp de réfugiés…la promiscuité, le manque d’hygiène, la crainte pour l’avenir des enfants. Pour les protéger, les informer sur leurs droits, les méthodes de contraception, CARE organise des groupes de paroles dans les camps. Au-delà du soutien psychologique, il faut penser à la construction de latrines séparées, préserver leur intimité pour échapper aux regards parfois lourds des hommes. Malgré le manque d’intimité, la peur du lendemain, le traumatisme de la catastrophe, elles tiennent bon. Je les admire….dénuées de tout, pourtant si courageuses, décidées, elles se battent, pour garder un minimum de dignité malgré les durs conditions de survie, et surtout pour leurs enfants.

10 janvier

 A quelques mètres de la mer,  prostré sur une chaise posée au milieu des décombres, un homme seul. Définitivement seul. Rahrini a tout perdu, sa maison, mais surtout sa femme et ses enfants. Pas une larme, pas une émotion  sur son visage, les yeux de Rahirni valent tous les mots du monde, l’homme est brisé. Cela fait une semaine que je suis au Sri Lanka, que je retiens mes propres larmes face à autant de désolation,  parce qu’eux restent dignes, ils ne pleurent pas, parce qu’ils me font prendre la mesure du miracle d’être en vie. Je suis en mission pour CARE, qui dès les premières heures du désastre est venu en aide à des hommes comme Rahrini et à près de 90 OOO autres sri lankais. Distribution d’eau, de nourriture, de vêtements, 7 jours sur 7, les équipes distribuent, consolent. La tache est immense, et elle ne fait que commencer. Au-delà de l’aide d’urgence il faut reconstruire le pays et l’engagement de CARE ne se mesurera pas en semaines, ni en mois mais bien en années.