14 février 2005

TAMIL NADU, Inde -- Thainai a l'air pathétique - ridée, desséchée et anguleuse -- tandis qu'elle tend la main pour quémander la charité. C'est un spectacle inusité, car personne d'autre ne semble mendier dans les camps temporaires installés pour les survivants des tsunamis. Thainai, qui dit avoir 70 ans mais semble plus âgée, reçoit au camp Killai où elle demeure des repas chauds; d'autre part, le gouvernement et plusieurs organisations non gouvernementales ont distribué de nombreux articles de secours : vêtements, ustensiles, matelas de sol, chaudières, médicaments, savon, brosses à dents, réchauds, riz et kérosène.

Cependant, Thainai se sent laissée de côté au milieu de toutes ces largesses. Les secours sont distribués aux familles plutôt qu'aux individus; Thainai est veuve, et vit officiellement en compagnie de la famille de son fils. Néanmoins, dit-elle, il a emmené sa famille ailleurs en apportant tout ce qu'il avait reçu. Il n'a laissé à son intention qu'une paillasse de foin, sur laquelle il dort.

Upamma survient alors que Thainai raconte son histoire. Bien qu'elle semble stoïque, ses paroles sont empreintes de désolation. « Je ne sais pas pourquoi je vis encore », dit-elle. Elle aussi a 70 ans, et vivait seule sur l'île où Thainai et elles ont toutes deux été sauvées après le premier tsunami. Veuve avec six enfants mariés, Upamma n'a personne pour s'occuper d'elle. « Ils pensent peut-être que je suis morte », dit-elle, tout en ajoutant peu de temps après « mon fils ne se soucie absolument pas de moi ».

Dans le tumulte qui a suivi le ravage des tsunamis dans la région, ces veuves âgées abandonnées par leurs enfants se retrouvent dans la pire des situations. Elles semblent assurément les plus désespérées, plus encore que les gens qui ont perdu enfants ou conjoints et qui, eux, font souvent preuve d'une résilience remarquable.

Leur sort pénible remet en question les méthodes employées pour distribuer les secours. Les agences gouvernementales sont au moins légalement obligées de veiller à ce que chaque citoyen reçoive des secours. Évidemment, dans une situation d'urgence, remettre des approvisionnements d'urgence aux chefs de chaque famille présume de leur part un sens de responsabilité sociale envers leurs membres les plus faibles, particulièrement les personnes âgées, les jeunes et les infirmes. Toutefois, dans un climat de peur et de déchéance, l'instinct primal risque de prendre le dessus.

Les petits-enfants, les nièces ou neveux orphelins et les personnes âgées improductives au niveau économique, comme ces femmes, sont particulièrement à risque. D'autre part, les jouets et les articles éducatifs distribués aux unités familiales avec les autres articles de secours avantagent les familles qui n'ont qu'un enfant, et laissent beaucoup moins à celles qui en ont plusieurs.

Février 2005