25 février 2005

CHIDAMBARAM, INDE  -- Alors qu'elle se remettait des séquelles d'une récente césarienne, Saritha, une jeune femme de 21 ans, n'a pas réussi à échapper à la fureur d'un tsunami le 26 décembre dernier. Saritha est morte chez elle, en bordure d'une plage.

Les trois tsunamis n'ont rien laissé de la maison de trois pièces qu'elle occupait, pas même le sol en ciment. Là où Saritha a vécu et perdu la vie, il ne reste que du sable.

La mère de Saritha, Dhanalakshmi, visite deux fois par jour en compagnie de ses autres enfants l'endroit où elle a perdu sa fille, en se remémorant des jours meilleurs.

En compagnie de deux de ses autres filles, elle examine les débris de son bateau. Il a été retrouvé sur le toit d'un édifice, près de la plage, après le retrait des eaux. Le moteur a disparu, et la coque est fendue en deux.

C'était le bateau de son mari. Il est mort il y a quatre ans, laissant Dhanalakshmi, alors dans la quarantaine avancée, seule pour s'occuper de six filles et d'un fils.

Jusqu'à Noël dernier, le fils maintenant âgé d'une quinzaine d'années partait chaque jour en mer sur le bateau, en compagnie d'un pêcheur expérimenté.

Ce pêcheur gardait la moitié des prises, et l'autre moitié permettait à Dhanalakshmi de bénéficier d'un revenu quotidien d'environ 8 euros.

La famille se débrouillait assez bien. Dhanalakshmi salait une partie des poissons et les vendait sur la place du marché. Sa plus jeune fille, Ilamathi, 18 ans, faisait de la couture après l'école pour gagner de l'argent.

Selvakumari, la fille aînée de Dhanalakshmi, vivait en compagnie de son mari à côté du domicile de Saritha, sur la plage. Le mari était en mer le jour où le tsunami s'est abattu. Selvakumari a retrouvé son corps quatre jours plus tard, sur une plage située plus au sud.

Dhanalakshmi et les enfants qui ont survécu commencent à s'habituer aux abris temporaires qui leur servent maintenant de domicile.

CARE a bâti un village virtuel d'abris, en collaboration avec d'autres organisations non gouvernementales, près de Palayar, un village situé à environ 2 km de leur plage.

Le centre d'attraction de l'abri où vit Dhanalakshmi est un sari, suspendu au faîte de l'habitation pour former un berceau à l'intention de Reetha, le bébé maintenant orphelin de Saritha.

Le père du bébé est parti peu après la catastrophe. Quand on leur a demandé qui servait désormais de mère de l'enfant, Dhanalakshmi et une autre de ses filles, Shanthi, 24 ans, ont toutes deux simultanément levé la main. Quelques secondes plus tard, réaliste, Shanthi a désigné sa mère d'un mouvement de tête.

Elle remet Reetha dans les bras de Dhanalakshmi, et retourne à l'abri pour y chercher une conserve d'aliments pour bébé.

Sumathi, une autre des soeurs, allume un réchaud donné par une autre organisation non gouvernementale et prépare du café.

Bien que la vie semble être retournée à la normale, la famille a encore beaucoup de chemin à faire. Le garçon, Rajasekhar, affiche un air hébété depuis la catastrophe. Selvakumari, qui avait l'habitude de traire les vaches pour augmenter le revenu de son mari, le pleure encore.

En dépit de la désolation qui l'entoure, elle ne semble pas avoir perdu son optimisme.

« Si je peux me procurer une vache, je saurai me débrouiller », dit-elle en souriant.

Par David Devadas
Février 2005