20 octobre 2005

Iftikhar Khan de CARE, un des premiers humanitaires à avoir atteint le district de Shangla.

Je suis rentré chez moi à Peshawar pour le week-end, après avoir passé la semaine au Bureau Care d’Islamabad. Il est 9 heures du matin, samedi dernier, quand je suis secoué par le séisme qui frappe le Pakistan et l’Inde. Sur le moment, je pense qu’il s’agit d’un de ces séismes mineurs auxquels nous sommes confrontés chaque mois ici. J’en sais peu sur la magnitude de ce séisme jusqu’à ce que je me rende ensuite sur la rive. Les gens flottent le long des rues alors que les secousses continuent. C’est en écoutant la radio que je réalise qu’il ne s’agit pas d’un simple séisme - les régions Nord du Pakistan sont sévèrement touchées. Rapidement le Directeur du Bureau de CARE me contacte et me demande de représenter CARE lors d'une mission d’évaluation en équipe avec d’autres organisations internationales non-gouvernementales.

Le lendemain, avec trois autres membres de CARE, nous partons pour Islamabad, situé dans la province montagneuse à la frontière nord-ouest du pays. Alors que nous marchons, les maisons s’écroulent autour de nous. Des corps gisent au milieu des débris. Quelques grues tentent de remédier aux glissements de terrain, pendant que des voitures transportent les blessés dans les hôpitaux ouverts. Craignant une nouvelle secousse, les patients sont rangés en ligne à l’entrée de l’hôpital. Les blessés se font soigner par six médecins locaux, dans ce district comptant 500 000 personnes.

L’étape suivante est le district d’Alpuri. Nous rencontrons un membre du district rattaché au gouvernement, qui nous fait part de toutes les informations dont il dispose sur les dégâts causés. Il rapporte que le séisme est survenu en deux épisodes. La première secousse a servi d’alarme, permettant aux populations de quitter leur domicile. La deuxième secousse fut bien plus longue – près de 10 minutes – pendant lesquelles certains ont réussi à s’enfuir de chez eux quand d’autres y retournaient. Cette deuxième secousse a provoqué l’effondrement de dizaines de milliers de maisons. La topographie montagneuse permet d’expliquer que les glissements de terrains soient le résultat direct des séismes. Les maisons faites de boue ne pouvaient évidemment pas résister au tremblement de terre.

Nous passons la nuit à Alpuri chez un membre d’une ONG locale, M. Fida Hussein. Impossible de dormir. Imaginez-vous, plusieurs secousses par heure nous obligent à évacuer la maison rapidement. A chaque fois que nous retournons nous coucher, une nouvelle secousse se fait ressentir et nous courrons vers l’extérieur, encore et encore. Vers 3h30 du matin, alors que la nuit est très froide, nous apprenons que des personnes du quartier ont décidé de dormir dehors. EN regardant au loin, je ne vois aucune femme. Puis, plus près dans les buissons, j’aperçois ces femmes, se protégeant du froid et cherchant à préserver leur intimité. Personne ne veut se risquer à dormir dans les maisons déjà endommagées.

Le deuxième jour, nous visitons le village de Khuz Kana, qui a été détruit à 80%. Chaque endroit où nous nous rendons est dans ce même état – tout ce que nous voyons se réduit à des maisons et des immeubles détruits, alors que les personnes recherchent désespérément leurs proches. Un homme nous dit avoir perdu ses quatre enfants et sa femme. Tout comme hier, les médecins sont loin, et pour aggraver la situation, l’hôpital du village s’est lui aussi effondré. Trois bulldozers nettoient les débris causés par les glissements de terrain – une tâche qui semble ne jamais finir.

Dans l’après-midi, alors que nous roulons vers une autre destination, nous voyons une voiture emportée par un glissement de terrain. Qui est dans ce véhicule ? Est-ce qu’il y a des survivants ? Nous ne savons pas et ne le saurons jamais.

Nous commençons par visiter Shahpur, village situé en haut d’une petite montagne. Les maisons sont construites en échelon, ce qui revient à dire que si une des maisons s’écroule, les autres s’écrouleront tels des dominos – et c’est exactement ce qu’il se passe.

Quand les gens comprennent que je suis là pour les aider, ils m’attrapent par le bras et me montrent leur maison. Ils me disent que nous sommes les premiers à venir ici et qu’ils ont désespérément besoin de notre aide : « Nous sommes ravis que quelqu’un vienne voir ce qu’il se passe ici et nous aider ». Je ne saurais expliquer le creux que j’ai ressenti dans mon estomac en regardant toutes ces personnes. Parfois il est impossible de mettre des mots sur une émotion. Quand vous rencontrez une personne qui a construit sa maison, sa famille et qui se retrouve maintenant à regarder l’ensemble des décombres représentant une vie entière de travail. Aucun mot ne saurait exprimer combien ces personnes sont dans le besoin. On ne peut même pas en parler entre nous. Mais nous savons que nous devons les aider à se reconstruire.

En nous rendant dans un autre village, Burkana, nous constatons à nouveau la même situation dramatique. 85% du village est détruit. Les gens ont perdu le peu de nourriture, d’argent, de vêtements et de biens qu’ils possédaient. Des personnes qui n’avaient pourtant pas grand chose, se retrouvent avec rien. Il y a tellement de débris que l’on ne peut même pas voir qui est vivant et qui est mort.

Considérant le nombre de morts et les destructions massives, les risques pour la santé des populations croissent quotidiennement. Pneumonie et diarrhée sont les principaux problèmes de santé que l’on a rencontrés. Les opérations de secourisme sont lentes, du fait que l’accès est rendu difficile par les des pluies torrentielles. Pendant ce temps, une multitude de personnes dorment à même le sol dans le froid et sous la pluie. CARE décide donc rapidement que son intervention doit inclure une distribution de matériel temporaire de protection, comme des tentes et des bâches en plastique, des couvertures et une solution pour retrouver l’accès à l’eau potable.