17 février 2006

Alors que la grippe aviaire commence à toucher l'Afrique et s’étend en Europe, CARE  International a récemment partagé son expertise auprès des Nations Unies en leur fournissant des informations complémentaires sur les menaces d’une éventuelle pandémie de la grippe aviaire. En tant qu’organisation de lutte contre la pauvreté jouissant d’une expertise reconnue dans sa réponse face aux catastrophes, CARE est spécialement bien placé pour s’exprimer sur ce sujet.

« CARE International travaille avec les communautés en effectuant des formations sur la grippe aviaire pour vaincre la maladie à sa source », dit le Dr Sanjay Sinho, Directeur des programmes Santé de l’association. « L'autre moyen d’empêcher la diffusion du virus serait de modifier les conditions de vie des fermiers. En effet, ils ont peur de rapporter leurs oiseaux malades parce que leurs troupeaux seraient alors tués et les pertes engendrées ne seraient pas compensées. Donc au contraire, ils les cachent ou les vendent, contribuant ainsi à la transmission de la grippe aviaire dans d’autres régions ».

En répondant à une enquête de CARE International dans la province de Binh Dinh, un fermier vietnamien a dit : « Si je les rapportais, ils tueraient l’ensemble du troupeau et je perdrais tout. »

Dans de nombreux pays en voie de développement, y compris au Nigéria, premier pays touché par la grippe aviaire en Afrique, les communautés pauvres dépendent essentiellement du revenu qu'ils perçoivent grâce à l’élevage de volailles. Dans les communautés, ce sont les femmes qui gèrent l’élevage de volailles, et leur vie est donc sérieusement en danger. Cependant, les gouvernements des pays en voie de développement ont rarement les ressources financières suffisantes pour compenser, en juste proportion, les pertes des fermiers engendrées par la disparition de leurs volailles.

« Il est déjà suffisamment difficile d’empêcher qu’une maladie se développe quand elle est rapidement décelée et avec des systèmes efficaces déjà en place," dit le Dr Sinho. « Mais beaucoup de pays en voie de développement ont peu ou pas de systèmes sanitaires pour les hommes et les animaux, pour pouvoir traiter une pandémie émergente comme la grippe aviaire. Une grande partie de l'argent débloqué pour la grippe aviaire doit être utilisée pour favoriser les conditions de vie des fermiers, comme apporter une compensation pour les oiseaux tués. De cette manière, cela incitera les fermiers à signaler toute présence du virus dans leurs troupeaux, et permettra de renforcer les systèmes sanitaires », ajoute le Dr Sinho.

Lors d’une récente conférence de la Banque Mondiale à Beijing, les pays donateurs se sont engagés à verser 1,6 milliards d’euros pour combattre la grippe aviaire dans le monde, mais la manière dont l’argent va être employé n’est pas encore déterminée.

Les ONG internationales et les groupes de société civile ont reçu des fonds limités pour la grippe aviaire, et CARE, par exemple a déjà utilisé ces ressources. CARE International forme les personnes sur des manières plus sûres en matière d’élevage de volailles, c’est-à-dire en améliorant les techniques de manipulation et en fournissant des équipements de sûreté aux fermiers. L'organisation a également développé au Vietnam trois annonces promotionnelles diffusées à la télévision pour informer la population sur la grippe aviaire. 22 bureaux de CARE International, dont tous ceux d’Afrique de l’est, sont impliqués dans le plan d’action contre la grippe aviaire. Les activités dans ces pays couvrent la surveillance des troupeaux, la sensibilisation des fermiers et la protection de personnel de CARE.

La séance tenue par les Nations Unis visait à partager les connaissances des différentes ONG sur les manières d’empêcher la propagation du virus.

Au cours des derniers mois, plusieurs experts de la grippe aviaire ont prévenus que le virus était susceptible de se répandre dans la Great Rift Valley, en Afrique de l'Est. Cette idée s'est développée à partir des théories selon lesquelles les oiseaux migrateurs sont les conducteurs principaux de la grippe aviaire entre les pays. La maladie s’est en fait propagée directement en Afrique occidentale. Certains spécialistes suggèrent que le virus ne se répand pas uniquement durant les  migrations, mais aussi par le commerce de la volaille et des oiseaux exotiques.

"Ce virus passe d’un continent à l’autre, et le problème est que nous ne savons pas exactement de quelle manière" commente le Dr Sinho. « C’est une des grandes questions liées à la maladie, à laquelle nous devons répondre dans l’urgence” conclut le Dr Sinho.