09 juin 2006

Témoignage de Lantip Budiarto, membre de l’équipe d’urgence de CARE en Indonésie.

Lantip Budiarto, du bureau de CARE à Jakarta, a été envoyé en mission dans sa ville natale de Yogyakarta au lendemain du séisme pour participer à l’action d’urgence de CARE.

Yogyakarta, Indonésie -

J’avais très peur, alors que j’étais dans la voiture roulant en pleine nuit à travers la ville de Kotagede. Pendant les douze longues heures du trajet sous une pluie torrentielle, le long d’une route étroite, la seule chose à laquelle je pouvais penser était ma famille. Je travaille pour l’ONG CARE à Jakarta, la capitale, mais le village de ma famille se trouve dans la zone la plus fortement touchée près de Yogyakarta.

En arrivant à Kotagede, lorsque nous avons tourné dans la première rue, nous avons vu quelque chose sur la route. Des personnes. Des corps. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de cadavres, mais ce n’était en fait que des gens qui dormaient dans la rue. Tout le monde avait peur de dormir à l’intérieur des maisons. A chaque tremblement, à chaque réplique du séisme, d’autres morceaux des décombres pouvaient s’écraser sur le sol. Ces gens ont vu ce qui s’était passé durant le premier tremblement de terre, et ils ont peur que leurs maisons s’écroulent complètement.  

Avec les routes pleines de décombres et occupées par ces gens, nous avons dû garer la voiture et marcher jusqu’à la maison de mon beau-frère. Le séisme avait détruit l’installation électrique du village, et il faisait noir complet. Nous avions quitté Jakarta tellement précipitamment ce matin que j’avais oublié ma lampe torche et je n’y voyais rien. J’entendais le bruit de gens respirant dans l’obscurité, mais je ne pouvais pas les distinguer. Mon chauffeur avait peur, alors j’ai marché seul entre les décombres et les corps endormis. 

Mes deux jeunes filles m’ont supplié de ne pas venir ici – il y a un volcan juste à l’extérieur de Yogyakarta qui, selon les scientifiques, peut exploser d’un jour à l’autre, et les répliques sont continuelles dans la région. Mes filles avaient peur. Après le tsunami de l’an dernier, elles ne voulaient pas non plus que j’aille là-bas. Mais je devais le faire. Je leur ai dit que c’était mon devoir de veiller à ce que leurs cousins et cousines aillent bien.  

J’ai retrouvé ma famille saine et sauve, mais notre village est détruit. La population a besoin de nourriture, d’eau et d’abris. CARE est l’une des organisations humanitaires qui agissent sur place après le séisme, fournissant un soutien d’urgence pour aider les 200 000 personnes ayant perdu leurs maisons avec le tremblement de terre. CARE concentre son action sur les zones éloignées, comme le village de ma famille, afin de s'assurer que les habitants aient de l’eau potable.

Dans le village de mon père à Klaten, sept personnes sont mortes, juste à côté de chez nous. Ils ont tous été pris au piège dans leurs maisons. Leurs parents ont pu emmener les corps, pour les enterrer dignement. Ce n’est pas comme après le tsunami, où tous les corps étaient emportés, loin, et où les survivants ne pouvaient pas retrouver leurs familles.

Là, c’est facile d’identifier les personnes mortes. 

Durant les deux dernières années, l’Indonésie a beaucoup souffert, du tsunami aux inondations, et maintenant à cause du tremblement de terre à Yogyakarta. Mais les Indonésiens iront de l’avant, et s’aideront les uns les autres, comme nous l’avons toujours fait. C’est ce que je dis à mes filles : on peut avoir peur, mais c’est notre devoir d’aider.