16 août 2006

Vendredi 11 août 2006

Ce matin nous avons visité une ancienne usine de chocolat. Elle est désaffectée et se trouve dans la banlieue est de Beyrouth. L’usine compte deux ailes où se sont réfugiées près de 100 personnes : une trentaine d’un côté, une soixantaine de l’autre. Elizabeth, notre correspondante libanaise, visite la première aile, pendant que j’explore la deuxième.

La situation est terrible. Les 66 réfugiés qui s’y trouvent manquent de tout. Il n’y a qu’une seule latrine pour tout le monde. Un seul réchaud à gaz également, un seul four, une seule marmite et une casserole… pour les 66 réfugiés. Une fois par jour, ils reçoivent un repas fourni par des associations libanaises.

Les enfants sont nu pieds. Les familles sont parties à la hâte, n’emportant rien que les vêtements qu’elles portaient le jour où elles ont fui les bombardements. Parmi eux se trouve un petit garçon qui se prénomme Hadi. Il a huit ans, c’est un fan de football, il porte un tee-shirt de Zizou. Il est là avec son père Ali (33 ans), sa mère Najha (29 ans) et ses deux petites sœurs Maryam, 6 ans, et Rayan, 4 ans. Ils sont là depuis le début du conflit lorsque les premiers bombardements ont atteint leur quartier dans Beyrouth sud. Son père est l’un des rares hommes du refuge qui continue de travailler, il est technicien dans une usine de café. L’économie marche au ralenti, beaucoup sont au chômage technique, quelques uns, comme le père de Hadi, travaillent encore quelques heures par jour.

Un peu plus tard, nous sommes dans les montagnes qui entourent Beyrouth. Le village de Beit Mery surplombe la ville. Des déplacés se sont installés dans des locaux désaffectés appartenant à l’église. Ils ont été occupés pendant des années par l’armée syrienne et sont vides depuis longtemps. Un parti politique est en train de le repeindre pour que l’endroit soit plus habitable. Les installations sont là aussi très rudimentaires. La plupart des familles sont, là aussi, très démunies. Elles disposent au mieux de matelas et de couvertures, le plus souvent de simples paillasses. Du fait de la promiscuité et du manque d’hygiène les infections cutanées sont nombreuses, la gale notamment. Les poux prolifèrent.

Hassan, 13 ans, est l’un de ces réfugiés. Il est là avec sa famille : son père, sa mère et 3 de ses frères âgés de 22, 16 et 6 ans. La famille a fui les bombardements en début de semaine dernière. Hassan a été blessé. Il vient de sortir de l’hôpital, le corps couvert de contusions et de sutures.  

Lundi 7 août 2006

« Samedi, nous avons visité une autre école de Beyrouth recueillant plus de 200 personnes entassées dans 18 salles de classe. Pour ces familles réfugiées, seuls 4 toilettes et 3 points d’eau sont à disposition… Il n’y a ni douche ni aucun autre sanitaire. De plus, considérant la pénurie de fuel, faire bouillir de l’eau deviendra bientôt un luxe ! 

Du côté des hôpitaux, rien de moins rassurant : ceux du nord du pays envisagent de fermer sous 10 jours, alors qu’au sud, ils resteront ouverts pendant une semaine tout au plus.

Un point très important est à considérer... Les associations humanitaires rencontrent de grandes difficultés à mettre en place des camps de réfugiés : les libanais sont très réfractaires à l’idée de se réfugier dans des tentes, voire même ils refusent de s’en servir. L’exemple des camps palestiniens est dans leur tête, et ils refusent de voir leur avenir à long terme de la sorte. 

Nous nous sommes également rendus dans la région du Mont Liban pour évaluer les possibilités d’accès routiers et aussi voir quels étaient les besoins là bas. Nous avons identifié un grand nombre de personnes très vulnérables. Elles sont dans de bien moins bonnes conditions encore que les personnes dans les proches banlieues de Beyrouth.

Hier, nous avons pu rencontrer une équipe du PAM (Programme Alimentaire Mondial) qui souhaite organiser des partenariats rapidement ; ils nous ont d’ailleurs fait comprendre qu’ils aimeraient travailler avec CARE… »

Vendredi 4 août 2006

« Aujourd’hui nous nous sommes rendus dans une école publique de Beyrouth abritant quelques 1300 réfugiés.

Compte tenu de la situation, l’organisation y est remarquable. Chaque salle de classe abrite 2 à 3 familles, soit 10 à 15 personnes. Tous les étages sont pourvus de sanitaires, et bien que petits, ils servent à la fois de cuisine et de salle de bains.

Nous avons fait le tour de l’ensemble des réfugiés, ils ont de l’eau et de la nourriture : rien ne semble leur manquer.

Malgré tout, la situation est bien triste à voir. La peur se lit surtout sur les visages des femmes, traumatisées. Heureusement, les enfants, eux, semblent ne pas réaliser ce qu’il se passe. D’autant plus que plusieurs volontaires organisent des activités avec les enfants entre 17h et 19h…

Beyrouth est extrêmement calme, elle est comme désertée, les gens n’osent pas sortir. Mais il semble néanmoins que la ville ne manque pour l’instant de rien, même si on craint une pénurie d’essence.

Tel n’est sûrement pas le cas dans les villages, dans les montagnes. Ils sont très difficiles d’accès et manquent probablement de nourriture et des produits de première nécessité. »

© Thomas Schwarz / CARE – Megan Chisholm, chef de l’équipe d’urgence de CARE, discutant avec une maman réfugiée dans l’école.

Jeudi 3 août 2006

« Bien arrivés sans encombre à Beyrouth.

Je vais être très bref, car il est presque minuit. Tout s’est donc bien passé. On a un peu galéré pour trouver la bonne route côté Syrien, mais après cela a été.

Nous avons longtemps attendu à la frontière, après avoir accompli toutes les formalités, que le convoi des Nations-Unies se forme. On regardait leurs gilets pare-balles et leurs casques avec un mélange de jalousie (peut être devrions nous aussi en avoir ?) et d’ironie (de quoi ont-ils l’air…)

En attendant, on a assisté au flot de bus en sens inverse, évacuant des gens. C’était très triste. Les quelques uns que j’ai vu semblaient être des travailleurs migrants (éthiopiens ?).

Deux véhicules nous attendaient. Nos petits drapeaux Care scotchés sur le toit ne devaient pas être très impressionnants vu du ciel…

Côté Libanais, un semblant de normalité assez inattendu vu les images que l’on voit et surtout, ce que l’on imagine : les véhicules qui circulent, les passants qui passent, la vie qui continue. N’empêche que quelques unes des villes que nous avons traversées ont reçu quelques bombes les jours d’avant. Une baraque en ruine, depuis visiblement quelques jours seulement….

La côte Libanaise est très impressionnante. Un défilé ininterrompu sur plusieurs dizaines de kilomètres de villes et de constructions. Plutôt moche en général. Les immeubles montent très haut sur les flancs des collines et des montagnes qui surplombent la mer. Pire que la Côte d’Azur ! 

Je n’ai parcouru Beyrouth qu’une fois pour l’instant, mais le contraste entre les ruines de la guerre civile pas encore abattues ou rénovées, et les nouveaux immeubles flambant neufs ou à l’architecture ultra moderne est saisissant. J’essaierai de faire quelques photos.

Notre contact libanais a créé une association de droits de l’homme. Elle parle parfaitement arabe, français, anglais, allemand, et espagnol !

Pour nos amis libanais, la bombe à retardement, ce sont toutes les populations déplacées, en particulier chiites, qui se retrouvent dans d’autres quartiers, en particulier chrétiens. Les quartiers mixtes ou les villages mixtes au Liban sont très très rares. D’autant plus qu’il y a encore eu des incidents confessionnels il y a quelques mois. Il semblerait que le statu quo ne règne au Liban que lorsque chacun reste chez soi ! L’armée a été déployée pour limiter les risques d’incidents, mais combien de temps cela peut-il durer ? Sans doute une piste programmatique à suivre…

Notre logisticien palestinien est coincé à Chypre, et avec en plus notre collègue programmmes hospitalisée, nous sommes 4 au lieu de 6. Je me retrouve donc en plus avec une étiquette log admin finances RH renforcée. Bonheur !

Bon, dodo maintenant. Les journées à venir vont être très chargées….

Au fait, j’ai finalement droit à mes vacances. J’ai une belle vue sur la mer depuis l’hôtel. Mais, il paraît que la nappe de pollution a atteint Beyrouth. Les courants ont poussé la marée noire vers le nord. »