24 août 2006

Témoignage d’Aly-Khan Rajani, membre de la mission de CARE au Liban

20 août 2006 : l’acheminement de l’aide humanitaire dans le sud du Liban.

« L’action de CARE au Liban a commencé il y a trois semaines, alors que le prolongement des hostilités rendait inévitable une réaction humanitaire. Avant le cessez-le-feu, CARE a porté assistance à environ 500 personnes qui avaient trouvé refuge dans les collines autour de Beyrouth. Ils ont reçu des kits de cuisine (assiettes, casseroles, poêles et ustensiles), des kits d’hygiène domestique (désinfectants et ustensiles) et personnelle (savons, éponges, lingettes désinfectantes…), des brûleurs à gaz pour cuisiner et des vêtements pour enfants.

Depuis le cessez-le-feu, l’accès au sud du Liban pour des acteurs humanitaires comme CARE est finalement possible, même si sommes encore confrontés à de nombreux risques et obstacles.

L’un des plus importants est la quantité impressionnante de bombes non explosées qui se trouvent encore dans la zone. Les Nations Unies estiment leur nombre à environ 400 000. Apporter une l’aide humanitaire dans un contexte comme celui-ci est un processus très complexe.

Le service de déminage des Nation Unies a ouvert des axes de transport sûrs dans le sud du Liban, qui a été cartographié pour informer les organisations humanitaires et la population locale sur les routes les plus sûres. Une fois ces axes ouverts, CARE s’est immédiatement rendu sur le terrain avec d’autres organisations pour mener une mission d’évaluation. Le 19 août, la chef d’équipe de CARE Liban, Megan Chisholm, a rejoint une équipe partie évaluer plus spécifiquement les dégâts dans les villages proches de Tyr tels que Tebnine et Cana.

«  Le niveau de destruction dans certains villages est terrible, témoigne-t-elle. Des rues entières où, juste avant le conflit, vivaient des centaines de personnes ont été totalement rasées. Ne restent que des tas de gravats parsemés de vêtements et d’ustensiles de cuisine. Les gens ont perdu leur maison, leur commerce et ne peuvent bien souvent même plus y accéder. Les chanceux n’ayant pas perdu leur maison hébergent d’autres familles. Mais même là, les portes, les fenêtres et les murs ont été soufflés par les explosions. Ces personnes ont vraiment besoin d’une aide immédiate pour réparer leur maison et continuer à héberger d’autres familles déplacées. Ensuite la reconstruction commencera pour ceux qui ont tout perdu. Nous sommes en train de monter une intervention sous forme d’apport de matériel de construction et d’outils pour permettre à ces personnes d’entamer le processus de reconstruction. »

Le lendemain, en compagnie de quatre personnes de CARE, je me suis rendu à Saïda, Jbaa et Nabatiye. Là-bas, nous avons rencontré plusieurs communautés, leurs chefs et des représentants du gouvernement local. Comme un témoignage de l’ampleur des bombardements, tous les ponts que nous avons croisés à l’exception d’un seul étaient fermés car trop endommagés. Les détours que nous avons du suivre ont plus que doublé le temps habituellement nécessaire pour accéder à ces villes. Les déviations sont innombrables et le trafic encore dense à cause des nombreux déplacés qui rentrent chez eux, inquiets à l’idée de découvrir si leur maison et les proches qu’ils ont laissé derrière eux sont encore là. Il était impressionnant de constater que plus nous descendions vers le sud, plus les destructions et les souffrances étaient grandes.

Nous avons rencontré plusieurs agriculteurs qui nous ont montré ce qu’il reste de leurs vergers et de leurs plantations qui, terrible ironie, étaient prêtes à être récoltées. « Nous avons perdu tous nos revenus pour cette année, raconte l’un d’entre eux. Nos 750 oliviers ont été détruits ». Pour ceux qui n’ont pas perdu toutes leurs récoltes à cause des bombardements, la peur des munitions non explosées les empêche de récolter ce qu’il reste. Cela aura bien sûr des conséquences importantes sur la capacité de ces personnes à survivre dans les prochaines semaines. Un boulanger m’a montré les ruines de l’affaire familiale en disant qu’il reconstruirait rapidement. « C’est la seule chose à faire », dit il.

Le stoïcisme des habitants de cette zone est surprenant. Les libanais ont déjà eu à faire face à la guerre et aux bombardements, et même s’ils ne savent pas encore d’où viendra l’argent pour reconstruire, tous les membres de la communauté, jeunes et vieux, travaillent pour débarrasser les rues des gravats. Ils s’arrêtent parfois quelques minutes pour nous montrer des endroits de leur maison ou de leur commerce qui ont été détruits.

Il est encore trop tôt pour estimer les dommages plus précisément, mais des rapports de personnel d’organisations humanitaires mentionnent plusieurs villages presque totalement détruits. Les systèmes d’eau sont endommagés dans la plupart des lieux que nous avons visités. Des déplacés hébergés dans des familles, parfois jusqu’à 25 personnes dans une même maison, nous ont montré à quel point il est difficile de trouver suffisamment d’eau, en insistant malgré tout pour partager une tasse de café avec nous.

Nombre d’entre eux exprimaient leur inquiétude face au retour des enfants à l’école en septembre car, pour la plupart, ils n’ont de quoi payer ni leurs uniformes, ni leurs fournitures, ni même le transport. De plus, les écoles ont souvent été endommagées voire détruites. Il est urgent d’apporter des structures scolaires, mêmes temporaires, pour assurer la reprise de la routine en septembre.

Concernant les enfants trop jeunes pour être scolarisés, l’équipe de CARE a constaté un fort besoin de compléments alimentaires. Selon des premières observations, nous craignons que les enfants ne reçoivent pas les apports quotidiens nécessaires en vitamines et en nutriments. CARE va lancer un programme de soutien alimentaire dans les prochains jours.

Dans tous les villages que CARE a visités, une seule chose est claire : les habitants du sud du Liban veulent à tout prix reconstruire leur vie. Leur esprit d’entreprise m’a impressionné. Les initiatives de nettoyage ont commencé et chacun pense déjà à reconstruire. Le moins que CARE puisse faire est de les appuyer dans ces processus, en réparant des systèmes d’eau, en fournissant des compléments alimentaires aux femmes enceintes et aux jeunes enfants ou encore en apportant des outils pour réparer les bâtiments. Tandis que les routes continuent à être nettoyées des mines et des bombes à fragmentation, l’équipe de CARE s’engage à s’implanter et à travailler dans les zones les plus dévastées, là où les besoins sont les plus urgents. »