11 août 2008

Tchad : l’Union Européenne ne doit pas inciter au retour des populations déplacées

(c) CARE

Le 22 Juillet, à Bruxelles,

Bernard Kouchner présidera le Conseil « Affaires générales et relations extérieures » qui réunit chaque mois les ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne (UE).

À cette occasion, CARE demande à l’UE d’accentuer son aide pour les personnes déplacées au Tchad et de ne pas encourager les pressions politiques qui souhaitent leur retour dans des zones non-sécurisées. CARE appuie cette position à partir d’une étude menée tout récemment sur le terrain auprès des populations déplacées du fait de la violence à l’est du Tchad. Cette étude a été réalisée par Stephen Cornish, conseiller politique de CARE, à partir d’entretiens effectués dans 315 foyers et trois sites (Arkoum, Goundiang et Allacha) de personnes déplacées au Tchad.

« Les Nations Unies et l’Union Européenne doivent concentrer leurs efforts pour rétablir la sécurité au Tchad. Il faut créer un environnement sécurisé pour les personnes déplacées et toutes celles affectées par le conflit », explique Cédric Enyenge Essombe, responsable des programmes Afrique de CARE France. « Encourager ces personnes à retourner dans leurs villages, avant même que leur sécurité soit assurée, serait une trahison aussi bien envers les objectifs humanitaires de la mission, qu’envers la confiance que ces personnes nous ont accordée ».

L’étude de CARE donne la parole à plusieurs communautés déplacées leur permettant d’exprimer leurs préoccupations. Parmi elles, une femme interviewée témoigne : « Nous voulons retourner dans notre village mais nous ne voulons plus subir la violence. Nous n’y retournerons que si les forces armées sont parties. » Un homme explique aussi : « Je ne peux pas dire que la situation soit assez sûre pour rentrer alors que nous ne pouvons pas empêcher les attaques des janjaweeds. »    99 % des personnes interrogées, toutes déplacées, ont cité l’insécurité comme étant la cause première les empêchant de retourner dans leurs villages d’origine. Au vu de la situation actuelle, à la question « quelle est la meilleure solution sur le long terme pour le bien être de leurs familles ?», seulement 11 % répondent qu’un retour volontaire serait une bonne chose. 79 % déclarent préférer une intégration locale, dans les sites hôtes, où ils se trouvent actuellement.

Selon les principes internationaux relatifs au statut de déplacé, les personnes victimes au Tchad ont droit à l’aide humanitaire et à un refuge sécurisé. Des solutions durables, sécurisées et permettant d’assurer leur bien-être, doivent être trouvées avant d’envisager leur retour dans les villages. L’UE a déployé la mission militaire « EUFOR ». Elle a également offert son soutien à la mission MINURCAT, initiée par les Nations Unies. Cette mission a pour objectif de rétablir l’autorité gouvernementale et la sécurité pour les personnes touchées par les violences et l’instabilité. Les ministres des affaires étrangères doivent évoquer la situation du Tchad lors de la réunion du Conseil de l’UE. Les agences humanitaires craignent que les actions envisagées dans le cadre de la mission des Nations Unies et par la mission EUFOR n’encouragent les personnes déplacées à retourner prématurément dans leurs villages.

Les agences humanitaires sollicitent également les donateurs pour qu’ils contribuent et accroissent l’aide pour les projets humanitaires en faveur des personnes déplacées présentes dans les sites de regroupement. Ces financements ne doivent pas avoir pour but d’encourager le retour des personnes déplacées dans leurs villages, tant que ceux-ci ne seront pas sécurisés.

 

Pour consulter l'étude de CARE, cliquez ici.