03 mars 2009

Au Kenya, les femmes victimes de violences post-eléctorales attendent toujours que justice soit faite.

© CARE / Ambica Shah

L'année dernière au Kenya, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été victimes de violences sexuelles suite aux élections présidentielles, et attendent toujours que les autorités leur versent des compensations. En effet, à ce jour, seuls quatre cas de viols ont été portés devant la justice et aucun responsable n'a été déclaré coupable.

Un accord pour le partage du pouvoir a été signé le 27 février 2008, mettant fin aux affrontements inter-ethniques qui faisaient rage depuis les élections de décembre 2007. Néanmoins, de nombreuses femmes souffrent toujours des conséquences des violences qui ont fait 1 300 morts et 600 000 déplacés.

« Les femmes victimes de viols n'ont pas immédiatement déclaré ces crimes, de peur d'être rejetées par leur communauté et chassées de chez elles par leur mari, explique Beatrice Spadacini, porte-parole de CARE. De plus, les coupables, des hommes en uniformes pour la plupart, étant toujours dans les environs, la peur des représailles était aussi très forte. »

En temps de conflit, le viol est souvent utilisé comme arme de guerre. Le Kenya n'a pas dérogé à cette règle. D'après une association de femmes avocates du Kenya, la Federation of Women Lawyers, plus de 3 000 viols auraient été commis lors des violences post-électorales l'année dernière.

En partenariat avec la commission kenyane sur les questions de genre et le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), CARE a recueilli les témoignages de plus de 300 femmes violées en période post-électorale et les a présentés à la Commission d'enquête chargée d'instruire les crimes commis durant cette période. Sur ces 300 femmes, 60 ont déclaré avoir été violées par des membres d’une unité spéciale de l'armée kenyane, la General Service Unit (GSU).

Les équipes de CARE, ainsi que plusieurs membres de la société civile, ont témoigné au nom des ces femmes devant la Commission d'enquête présidée par le juge Philip Waki. Ces efforts n'ont pas été vains, puisque le chapitre 6 du rapport final de la Commission, également connu sous le nom de rapport Waki, a été consacré aux violences sexuelles.

« En enquêtant sur les différents cas de viols, il nous a paru évident que ces crimes étaient commis sans considération pour les origines ethniques de la victime », déclare Beatrice Spadacini.

Tout de suite après les élections, CARE a mis en place des centres dans les communautés, afin de permettre aux victimes de déclarer les crimes subis et d'avoir accès à des soins ainsi qu'à des services juridiques. « Des femmes de tous âges et origines ethniques ont été violées par des hommes enragés, y compris par des membres des agences de maintien de l'ordre, » poursuit Beatrice Spadacini.

Un an après les faits, de nombreuses femmes souffrent encore des conséquences psychologiques d'un tel traumatisme. Janet, qui vit à Kibera, le plus grand bidonville africain situé près de Nairobi, a été violée sous les yeux de son fils de 20 ans, par un groupe de jeunes voyous connus du voisinage, recrutés par les milices pendant les violences post-électorales.

« Aujourd'hui, j'ai peur de faire un test de dépistage du sida » admet Janet, qui raconte son histoire à un groupe de femmes, elles aussi victimes de violences sexuelles. Elle est visiblement choquée et se souvient difficilement des détails de son agression. Elle ajoute qu'elle a également perdu la petite boutique qu'elle tenait, conséquence des incendies et des pillages qui ont suivi les élections contestées. Aujourd'hui, elle se bat pour joindre les deux bouts avec son fils unique, qui vit au jour le jour grâce à des petits boulots.

CARE a mis en place une prise en charge pour les victimes de viols, pour que celles-ci bénéficient de services de base, d’une assistance juridique et d’un soutien psychologique. À travers des groupes d'épargne-crédit, CARE tente également de répondre aux besoins des femmes en les aidant à créer de nouvelles activités génératrices de revenus.

Malheureusement, la justice est bien trop longue à se mettre en place.

Une vidéo de cinq minutes intitulée One Year Later - Women Seeking Justice est disponible (en anglais).

Vous pouvez lire le témoignage de Milicent Obaso, ancienne chargée des programmes sur les violences sexistes, pour CARE.

Pour interviewer Beatrice Spadacini (francophone) ou pour obtenir cette vidéo, merci de contacter :

Alexandra Banget-Mossaz

Tel : 01 53 19 89 92

Mail : banget-mossaz@carefrance.org