09 mars 2009
© CARE

Jean Philippe Jarry, chef de mission de CARE à Madagascar, dresse le bilan de la situation dans la région d’Amboasary, où CARE mène plusieurs programmes de sécurité alimentaire.

La situation de pénurie alimentaire se confirme et va s’aggraver progressivement dans les semaines qui viennent (nos partenaires locaux, le PAM et ALT s’accordent sur ce point). Le 17 janvier dernier, les pluies cycloniques ont arrosées la région mais en février les pluies ont été rares et inégalement réparties si bien que la situation sur le terrain est très disparate avec toutefois une gravité croissante à mesure que l’on se rapproche du littoral (systématiquement moins arrosé).

Après les pluies de janvier, les agriculteurs ont majoritairement ensemencé leurs parcelles (souvent avec l’appui de notre projet TONDA et l’apport de semences par la FAO), mais le succès de ces semis et la quantité de la récolte vont largement dépendre du niveau des pluies reçues en février et mars.

De toute manière, il ne faut pas s’attendre à une récolte importante et cela pas avant avril/mai.

Au niveau de notre projet nutrition Anjagna : la situation de pénurie alimentaire est de nature à rendre moins pertinentes et prégnantes nos activités de communication de masse et de structuration communautaire. Les villageois nous réclament des actions à court terme qui puissent contribuer à résoudre leur préoccupation alimentaire immédiate et c’est compréhensible…Les équipes terrains de CARE et AZAFADY se consacrent donc essentiellement au dépistage des cas les plus graves et s’impliquent dans la préparation sociale des opérations de Vivres contre Travail (VCT). Un travail remarquable de mesure sur l’ensemble des enfants de moins de 5 ans a été effectué en janvier dernier, les structures communautaires déjà mises en place et les volontaires déjà actifs sont systématiquement intégrés dans ces opérations.

Au niveau de notre projet de sécurité alimentaire Tonda : le succès de cette campagne agricole est suspendu à la pluviométrie donc déjà largement compromis. 45 tonnes de semences diversifiées ont été distribuées sur les 7 communes de notre zone d’intervention au travers un réseau de plus de 300 MAFAS. Dans le nord (Ifotaka, Ebelo notamment) ont peu toutefois espérer localement des résultats satisfaisants. L’accent est actuellement mis sur la préparation de la campagne maraîchage dans les zones riveraines du Mandraré et d’autres rivières permanentes (Ebelo, Ifotaka et Antanandava). Le développement de techniques de micro-irrigation devrait permettre d’échapper localement aux aléas de la pluviométrie. 30 sites équipés de forage et de pompes à pédale sont en cours d’installation. Sans renoncer aux cultures maraîchères traditionnelles destinées à approvisionner le marché de Fort Dauphin, l’accent sera mis sur la production d’oignons et de pommes de terre (plus facile à conserver, à transporter donc à commercialiser).

Le projet tente de structurer les producteurs pour leur permettre de travailler directement avec FIVOY, le réseau local de micro finance, en vue de préfinancer la campagne (outillage, intrants…). Ces mesures de pérennisation des activités sont impératives.

Le facteur limitant risque d’être encore une fois le retard de livraison de certaines semences et la qualité défaillante de certains lots livrés par certains fournisseurs locaux.

Opération VCT (Vivre Contre Travail)

Durant les mois allant d’octobre 2008 à janvier 2009, CARE a reçu une première livraison du PAM de 275 tonnes de vivres (principalement du maïs). Suite à deux campagnes agricoles très médiocres, nous avions anticipé la possibilité d’une pénurie alimentaire pour les plus vulnérables (sans toutefois envisager une crise plus importante). Hormis le financement complémentaire du PAM pour ces vivres, toujours très modeste, l’essentiel de ces activités de VCT s’est inscrit dans le cadre de nos projets TONDA et ANJAGNA. Ces VCT ont contribué à remplir les objectifs de ces projets en matière d’amélioration des infrastructures de communication et de facilitation de l’accès à l’eau pour les villageois (piste Ifotaka Ebelo, piste Ranopiso-Ampihamy, bassin de captage d’Ampihamy…).

A la suite de la pénurie alimentaire qui frappe la zone, nous venons d’obtenir du PAM un nouvel accord pour 345 tonnes de vivres supplémentaires (300 tonnes de riz et 45 tonnes de légumineuses). Cette opération s’inscrit encore dans le cadre de nos projets Anjagna et Tonda sur les lignes « amélioration des communications », « aménagement pistes » et « aménagement d’infrastructures agricoles ». Les activités ont commencé il y maintenant une quinzaine de jours, elles touchent les 7 communes de la zone d’intervention de nos projets UE et 2 communes supplémentaires voisines (Sampona et Amboasary Sud) :

- Antanandava : à l’est, travaux commencés il y a déjà 9 jours avec 150 hommes/jour, à l’ouest, ciblage en cours.

- Sampona : les équipes du projet Fihamy sont actuellement sur le terrain pour définir les travaux prioritaires avec les communautés, certainement des impluviums traditionnels.

- Andranobory : travaux commencés il y a deux semaines avec 350 hommes/jour (2 nouveaux bassins de captage), les travaux sur le bassin d’Ampihamy se poursuivent. On attend la livraison par Lafarge d’une donation de 20 tonnes de ciment.

- Ankariera : travaux commencés il y une semaine avec 100 hommes/jour, chantier de piste dans un premier temps, ensuite on envisage le curage du maximum de canaux sur les périmètres irrigués.

- Ambatoabo : chantiers de pistes interfokontany commencés cette semaine avec 100 hommes/jour, ensuite aménagement agricoles prévus.

- Ifotaka : poursuite des travaux de piste sur l’axe Ebelo avec 100 hommes/jour et construction de 2 bassins de captage.

- Ebelo : début des travaux cette semaine pour finaliser la piste principale, ensuite ouverture de pistes interfokontany.

- Amboasary sud : travaux d’assainissement de ville à l’étude.