30 septembre 2009

Corne de l'Afrique : la crise alimentaire s’aggrave pour 20 millions de personnes.

© Tim Freccia / CARE

Tandis qu’une sécheresse prolongée dévaste les communautés dans la Corne de l’Afrique, détruisant les récoltes, exterminant le bétail et laissant plus de 20 millions de personnes dépendantes d’une aide alimentaire d’urgence, CARE avertit la communauté internationale qu’elle doit agir dès aujourd’hui pour éviter une catastrophe humanitaire de grande envergure.

L’équipe de CARE rapporte que dans cette région le bétail meurt faute d’eau et de pâturages, que les prix de l’eau et de la nourriture sont élevés et que les enfants ne vont plus à l’école pour aider leur famille à trouver de quoi manger. En Somalie, les dizaines d’années de guerre civile et les sécheresses récurrentes sont la cause d’une immense famine qui oblige les populations à fuir vers des camps de réfugiés au Kenya. En Éthiopie une épidémie de diarrhée aiguë en pleine expansion aggrave la situation tandis que la faim et la malnutrition affaiblissent une population plus vulnérable aux maladies. Le Kenya même est de plus en plus touché par des pénuries d’eau en raison de l’assèchement des rivières et des puits, et souvent les éleveurs préfèrent conduire massivement leur troupeau mourant de faim à l’abattoir pour tenter de vendre leurs bêtes avant qu’elles ne meurent.

« Les sécheresses à répétition, le manque de pluie et les récoltes avortées, les conflits continus et l’insécurité brisent les mécanismes de défense de la population », a déclaré Mohammed Khaled, Coordinateur de CARE sur l’Urgence régionale en Afrique de l’Est. « Si l’année est mauvaise, les hommes peuvent survivre. Ils vendent quelques biens pour acheter de la nourriture et se débrouillent pour surmonter un moment difficile, en espérant pouvoir se rattraper l’année suivante. Mais trois mauvaises années de suite ? Ils ne peuvent pas récupérer. »

CARE met en place un programme à long terme pour aider à réduire l’impact de la sécheresse actuelle : construction et entretien de puits et de points de distribution d’eau, distribution de semences aux agriculteurs, aide aux gardiens de troupeaux pour faire face aux effets du changement climatique en diversifiant leurs troupeaux et leurs sources de revenu. Toutefois jusqu’à présent les investissements dans des solutions à long terme ont été insuffisants pour contrer la crise qui se prépare. Il faut mettre en place des mesures d’urgence immédiate pour venir en aide aux plus de 20 millions de personnes qui dépendent aujourd’hui d’une aide alimentaire.

« La situation est déjà désespérée dans certaines régions. Les niveaux de malnutrition aiguë augmentent rapidement, surtout chez les enfants. Il faut mettre en place des programmes de nutrition le plus vite possible », explique Khaled. « En outre il nous faut agir dès à présent pour éviter que d’autres personnes sombrent dans la famine. Dans le sud de l’Éthiopie par exemple nous disposons d’un court laps de temps pour fournir aux paysans des semences avant la prochaine saison des pluies. Si nous laissons passer cette opportunité nous obligerons ces personnes à dépendre de l’assistanat au lieu de les aider à être autosuffisants. »

Le changement climatique aggrave la situation : les saisons des pluies, plus courtes et imprévisibles, et un climat plus rude ont entrainé des années de récoltes manquées, de troupeaux décimés et ont obligé de nombreux gardiens de troupeaux et d’agriculteurs à abandonner leur terre voire leurs bêtes. Les pluies du Niño attendues le mois prochain devraient soulager la situation de quelques pâturages, mais pourraient aussi être à l’origine d’inondations dévastatrices et provoquer des dégâts sur l’infrastructure dans d’autres zones de la région.

« Les conséquences du changement climatique sont manifestes », déclare Charles Ehrhart, Coordinateur de CARE sur les changements climatiques. « En Afrique de l’Est on peut observer d’importantes diminutions dans la production des petits agriculteurs et des gardiens de troupeaux. Ce phénomène avait été annoncé et l’on prévoit encore une diminution de 50 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2020. Ce pourcentage sera atteint avant ou après 2020, mais il semble inéluctable. »

Il faut des actions et des solutions sur le long terme pour éviter que la sécheresse et la famine ne se convertissent en des catastrophes annuelles.

« A moins d’attaquer sérieusement les problèmes sous-jacents à l’origine de ces crises, l’Afrique de l’Est sombrera dans une spirale de sécheresses et de famines colossales », avertit Khaled. « On peut éviter cela. »

CARE est l’une des plus grandes organisations humanitaires et travaille dans 70 pays pour lutter contre la pauvreté et aider plus de 55 millions de personnes chaque année. CARE vient en aide à plus de 1,3 millions de personnes touchées par la sécheresse et la crise alimentaire qui sévissent actuellement dans la Corne de l’Afrique au travers d’activités telles que la construction et l’entretien de points d’eau, la distribution d’une aide alimentaire d’urgence, la mise en place de programmes de nutrition pour les enfants et les mères vulnérables, l’aide aux paysans pour la diversification de leurs cultures.

Réponse de CARE face à la sécheresse et la crise alimentaire qui sévissent actuellement dans la Corne de l’Afrique :

Éthiopie :

A cause d’une sécheresse terrible début 2008 et d’une saison des pluies avortée début 2009, 6,2 millions de personnes dépendent d’une aide alimentaire d’urgence. CARE construit et réhabilite des systèmes d’approvisionnement en eau afin que des populations affectées par la sécheresse accèdent plus facilement à l’eau potable, fournit un supplément de nourriture aux enfants et aux mères souffrant de malnutrition et distribue des rations d’aide alimentaire à plus de 300 000 personnes touchées par la famine. Pour contrer l’insécurité alimentaire sur le long terme, CARE distribue des semences et du bétail afin de soutenir le revenu des ménages. CARE répond à la dernière épidémie de diarrhée aiguë en fournissant des sachets de purification d’eau et en apprenant aux populations à traiter l’eau pour la rendre potable et à prévenir les maladies transmises par l’eau.

Somalie 

:

Après des dizaines de longues années de guerre civile, auxquelles s’ajoutent 3 années consécutives de sécheresse, 3,6 millions de personnes ont besoin aide. Des familles migrent en quête d’eau. Les sources s’assèchent et la surpopulation autour des puits augmente le risque d’un futur conflit. Dans certaines régions le taux de malnutrition atteint 18 %, soit un taux bien supérieur au seuil d’urgence de 15 %. CARE vient en aide aux populations en créant et réhabilitant des points de distribution d’eau et des puits pour eau potable afin que les bergers puissent faire boire leurs troupeaux, et en construisant des équipements sanitaires tels que des latrines pour éviter la propagation de maladies transmises par l’eau.

Kenya :

Plus de 10 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire

au Kenya. La violence électorale de 2008 a provoqué la fuite de centaine de milliers de personnes et de nombreuses familles ont alors manqué la saison des plantations et perdu une récolte. Sécheresse et conflit ont provoqué l’afflux massif de nombreux réfugiés somaliens vers les camps de Dadaab, au nord du Kenya, qui épuise les capacités des agences humanitaires ainsi que les maigres ressources en eau de la région. CARE fournit aide alimentaire, eau, assainissement, éducation et activités de développement communautaire à 290 000 personnes dans les camps de réfugiés de Dadaab ; de plus CARE met en place des programmes dans les zones kenyanes touchées par la sécheresse pour former des personnes à la santé, aux soins animaliers, à la gestion et l’entretien de sources d’eau, et pour permettre aux communautés de diversifier leurs sources de revenus pour être moins dépendantes du bétail en période de sécheresse.