07 décembre 2009

Nouveau rapport sur les analyses des attaques contre l’éducation en Afghanistan

© Jason Sangster/CARE

Le gouvernement afghan et la banque mondiale publient "Etat d’urgence : attaque contre l’éducation en Afghanistan", un nouveau rapport accablant sur les attaques violentes que subit le système scolaire en Afghanistan, mettant en lumière les facteurs aggravants de risques d’attaque et les mesures à prendre pour la protection des élèves, des écoles et du personnel.

« Si vous continuez à enseigner et à diriger l’école de filles, vous serez massacré. » Tel est le message adressé au directeur d’une école de filles de Logar, au sud de Kaboul, par des hommes cagoulés et armés qui ont fait irruption chez lui un soir et l’ont passé à tabac devant son domicile. Les attaques perpétrées contre les écoles, les élèves et le personnel enseignant sont hélas monnaie courante en Afghanistan. Rien qu’au cours de l’année 2008, 670 agressions, incluant incendie volontaire et meurtres d’enseignants et d’élèves, ont été commises. Selon le ministre afghan de l’éducation nationale, 230 personnes sont mortes des suites d’attaques contre les écoles, les élèves et le personnel enseignant entre 2006 et 2007.

Le rapport « Knowledge on fire » est établi à partir de plus de mille témoignages d’individus, parmi lesquels on trouve des membres de shuras (conseils) locaux, des directeurs d’école, des professeurs, des parents et des élèves. Sur la base de ces témoignages et de la liste des attaques répertoriées, le rapport a mis à jour des modes d’attaque précis, révélant par là même d’importantes conclusions.

Quelques facteurs-clefs aggravant le risque d’attaques :

- La scolarisation des filles. Le mécontentement provoqué par la présence des filles dans le système éducatif est la cause des attaques la plus fréquemment citée, quand la raison est mentionnée. Les écoles de filles représentent 19 % du nombre total des écoles dans le pays et sont la cible de 40 % des attaques.

- Les donateurs et l’engagement des forces armées internationales. Les populations locales savent tout à fait d’où proviennent les financements des écoles communales. Les visites effectuées par les Equipes de Reconstruction Provinciale (ERT) et les fonds qu’elles apportent sont à même d’augmenter les risques d’attaques contre les écoles.

- L’absence de concertation avec la population locale avant la mise en place d’une école. L’étude a révélé que les écoles ayant fait l’objet d’une demande par la population locale étaient bien moins souvent attaquées. Le niveau d’appropriation de l’école par la population locale et le processus d’éducation sont directement liés à leur engagement à assurer la sécurité de l’école.

Le rapport met en avant les mesures à prendre afin d’atténuer les attaques contre les écoles en Afghanistan. Ces mesures visent essentiellement à décentraliser les initiatives et la mise en œuvre des dispositifs de protection des écoles et à apporter le soutien nécessaire aux communautés pour assurer la protection des écoles au niveau du district. Entre autres, ce rapport fait apparaître les recommandations suivantes :

-Mettre en place des actions de sensibilisation des populations sur la scolarisation des filles. Promouvoir fortement la scolarisation - des filles tout particulièrement - dans les villages établirait les fondements d’une protection sociale dans les écoles.

- Engager des négociations préventives. Les plus anciens dans la communauté ou les membres des shuras peuvent jouer un rôle préventif en dialoguant avec les individus hostiles au système éducatif local. L’assistance et l’apprentissage des méthodes de négociation ainsi que les autres techniques de réduction des risques devraient être mis à disposition des populations locales, ainsi à même de choisir les moyens les plus adaptés à leur situation.

- Revoir la politique sécuritaire des écoles. Ne pas croire que l’augmentation d’effectifs policiers ou militaires près des écoles contribuera à la sécurité des établissements et des élèves. Une présence policière accrue peut parfois se révéler nuisible à la sécurité de l’école, les policiers étant eux-mêmes la cible d’attaques dans de nombreuses provinces.

- Réduire les effectifs des ERT et la présence militaire dans les écoles. Les ERT ne sont pas incontournables dans le système scolaire afghan. Les fonds destinés aux écoles transitant actuellement par les ERT peuvent passer par des dispositifs de financement non militaires.

- Faire preuve de discrétion dans la mise en place des écoles et sélectionner des infrastructures discrètes. Les établissements scolaires ne devraient pas être implantés dans des zones situées entre deux feux. Atténuer la visibilité des écoles devrait aussi réduire le risque d’attaque.

« J’ai vu des villages heureux d’accueillir des écoles, même pour les filles, à partir du moment où ils gèrent eux-mêmes l’établissement et sont responsables de sa sécurité », relate Lex Kassenberg, directeur de CARE en Afghanistan. « Si nous voulons vraiment remédier à la gravité de la situation en Afghanistan, nous devons garantir une scolarisation à l’ensemble de la population, y compris féminine. C’est en agissant ainsi que nous pourrons construire des sociétés stables où la pauvreté et la violence n’ont pas leur place. »

> Télécharger l'intégralité du communiqué de presse.
> Télécharger le rapport "Knowledge on fire" en anglais.