06 avril 2010

Les ondes de l’espoir en Haïti. Comment la radio vient en aide aux survivants.

© CARE / Rick Perera

Par Rick Perera

Responsable média de CARE en Haïti

À Radio Francisque, le studio n’est pas bien grand mais il déborde d’activité. Le DJ, Bernard Felusma, contrôle la table de mixage, le casque collé sur les oreilles, pour faire tourner son programme matinal de deux heures, appelé Récréation 10-12. Le ton est enjoué, et le contenu facilement identifiable : succès créoles, hip-hop, et stars internationales hyperconnues.
Avec le soutien de CARE, le divertissement en musique, c’est du sérieux ici, au deuxième étage d’un petit bâtiment en béton situé à Gros-Mornes, une ville du nord-ouest d’Haïti. A la fin de chaque morceau, Bernard se saisit du micro et transmet à ses auditeurs une information utile : santé et hygiène, service d’objets trouvés, services administratifs de l’état, et toute information essentielle pour tous ceux que le terrible tremblement de terre a déplacés loin de chez eux.
Centraliser l’information pour les centaines de milliers de personnes qui ont fui Port-au-Prince, la capital haïtienne dévastée, vers les villes et villages de province comme Gros-Mornes est un travail crucial, rendu très difficile dans les premiers jours de la catastrophe, quand les réseaux de communication étaient tous coupés. « On diffusait les noms de personnes portées disparues, et on les invitait à se rendre à notre station de radio à Port-au-Prince afin qu’ils contactent leurs familles d’ici », rappelle le DJ.
Bernard, 19 ans, est un bénévole, comme les trente autres membres de la station (98.9 sur la bande FM). Il apporte sa touche jeune et hip à un service public essentiel. Comme ses collègues, il déborde d’enthousiasme pour ce projet.
CARE soutient Francisque FM, du nom de la variété de mangue locale qui est le fleuron de Gros-Mornes, grâce à un projet spécial financé par le Département d’Etat Américain. Conçu pour promouvoir la bonne gouvernance et l’intégration sociale par les média, le projet prévu sur deux ans vise à consolider 10 stations communautaires, et atteint le chiffre de 13 grâce à la grande disponibilité du personnel.
Le soutien de CARE se veut surtout pratique, en assurant aux stations leur diffusion. « Il y a six panneaux solaires, douze batteries et un alternateur pour permettre la transmission même quand le réseau électrique de la ville tombe en panne » avoue fièrement Dorcin Fresner, le Responsable projet de CARE, en indiquant une petite pièce qui renferme l’équipement électrique de Francisque FM. « On a même pu bricoler un accès Internet en tirant un câble depuis un autre bâtiment. Comme cela, la station fait partie d’un réseau, et assure une programmation en direct depuis Port-au-Prince".
En plus de l’assistance technique, le projet permet de former 30 journalistes, en renforçant les techniques de collecte d’information et les principes éthiques, tout en les encourageant à poursuivre leur mission d’éducation publique et à maintenir la pression sur les responsables.
Les Haïtiens dans les campagnes ont des sources d’information limitées : seulement 80 000 personnes lisent des journaux dans le pays, selon les sources des ONG, tandis qu’Internet se limite aux zones urbaines. Les postes de télévision sont souvent inutiles en raison de l’alimentation électrique défaillante. Et pourtant, pas moins de 92 % des Haïtiens écoutent la radio.
Même dans les pires camps de fortune aménagés pour les réfugiés de Port-au-Prince, les voisins s’agglutinent autour de postes de radio fonctionnant sur  piles, en quête de divertissement pour passer le temps quand les journées sont longues, ou encore à la recherche d’informations qui les aideront à reconstruire leurs vies. De la même façon, les résidents d’origine de la zone touchée par le tremblement de terre qui ont fui vers les zones rurales s’accrochent à leurs radios pour avoir des nouvelles de chez eux et des renseignements qui les aident à survivre loin de leurs proches.
En soutenant les stations de radio communautaires dans les zones rurales tout en œuvrant à l’éducation des citoyens sur leurs droits et leur participation civiques, CARE est en train de créer un réseau efficace là où il est le plus nécessaire.
La radio a un pouvoir et une influence énormes en Haïti, et notre but est de rendre le pouvoir à ceux qui ont été oubliés », assure Dorcin. « Nous serons la voix de ceux qui n’en ont plus. »