11 mai 2010

Alors que sévit la crise alimentaire au Niger, découvrez comment le village de Guilley fait face, grâce notamment à l'action de CARE auprès des femmes.

Niger © Ibrahim Niandou / CARE

Survie à Guilley, pouvoir des femmes


Témoignage recueilli par Niandou Ibrahim, CARE Niger - mai 2010

Guilley, village situé au fin fond du Niger, reflète bien la crise que vivent plus de 6 000 villages nigériens. Guilley reflète aussi la combativité et le génie développés par les femmes dans la gestion des crises au Sahel.

Situé à 650 kms de Niamey et à pas moins de 100 kms de la plus proche route goudronnée, Guilley compte 252 ménages dont 205 sont en situation d’extrême vulnérabilité.

Nous arrivons à Guilley au crépuscule, accueilli par des sourires nombreux mais crispés en raison du contexte de crise. En ce jour de marché hebdomadaire d’ordinaire si animé, le village semble vivre au ralenti. Au loin, au-delà du château d’eau surplombant le village, on aperçoit quelques squelettiques chèvres qui tentent péniblement de grimper sur la colline cherchant désespérément quelques rares touffes d’herbes à brouter.

« Ici, les hommes et les bêtes luttent pour survivre face à la crise particulièrement cruelle cette année, alors que les marchés regorgent de vivres et que les gens n’ont pas d’argent pour les acheter » nous annonce Aicha Baja, une habitante du village. « Je suis bien placée pour le savoir en tant que chef de famille mais également en tant que co-responsable de la gestion préventive des crises. » ajoute t'elle.

Agée d’environ 60 ans, veuve et à la tête d’une famille de 6 personnes, Aicha Baja connaît les crises alimentaires, leurs symptômes, leurs conséquences et les stratégies de survie, des plus faciles à mettre en place aux plus difficiles à faire accepter. Au Niger, les stratégies familiales adoptées au cours des crises alimentaires reposent prioritairement sur les femmes. Elles sont responsables du rationnement des repas ou encore de la récolte de feuilles et de fruits sauvages visant à compléter l’alimentation des ménages. A défaut, ce sont les petits ruminants - représentant l’épargne des femmes - qui sont vendus pour acheter des vivres.

« Aucune de ces stratégies ne fonctionne actuellement car la production de fruits sauvages a été réduite à néant cette année en raison de la sécheresse, et les animaux se vendent mal sur les marchés à cause de la faible demande … Si nous tenons encore debout à Guilley, c’est grâce au programme de réduction des risques mis en œuvre avec CARE. »

Aicha Baja

fait partie d’un groupe de 5 femmes élues par les femmes du village pour gérer 3 initiatives entreprises depuis 3 ans en collaboration avec CARE et un financement de DFID (Le ministère britannique du développement international) pour réduire les risques de catastrophes : Le transfert en espèces, l’épargne-crédit et la mise en place d’un stock local de céréales.

Le transfert en espèces de Guilley, d’un total de 17 500 euros, a bénéficié à 131 femmes parmi les plus vulnérables selon un classement participatif communautaire établi entre mars et décembre 2009. Aicha, qui venait de perdre la vue, a utilisé une partie du montant (89 euros) pour se faire opérer les yeux dans l’hôpital du chef-lieu de la région situé à 200 kms. L’autre partie de l’argent a servi à l’achat d’un couple d’animaux, qui a depuis donné naissance à un véritable petit troupeau. A Guilley, ce sont ainsi 2 327 animaux qui ont été achetés par les femmes grâce au transfert en espèces. En mars 2010, le troupeau qui en est issu comptait 2 967 têtes dans ce village.

L’épargne-crédit fonctionne grâce à un soutien technique de CARE fourni via 4 groupements associatifs d’environ 40 femmes chacun. L’épargne de 1 300 dollars déposée par les femmes permet maintenant aux membres d’accéder au microcrédit et de mener des initiatives économiques qui atténuent l’impact au sein des ménages.

La mise en place du stock villageois de céréales est une initiative des femmes membres de ces groupements d’épargne-crédit pour assurer la disponibilité et l’accessibilité. CARE a fourni aux femmes un premier stock de sorgho et assuré la formation des membres du comité de gestion dont fait partie Aicha Baja. « L’existence de ce stock rassure notre village. Grâce à lui, nous avons la certitude de pouvoir stabiliser la main d’œuvre au moment des prochains travaux champêtres avec un pouvoir de contrôle sur les prix. »