12 août 2010

Inondations au Pakistan : témoignage de Thomas Schwarz, attaché de presse pour CARE.

© CARE

Témoignage de Thomas Schwarz, attaché de presse pour CARE.

Semaine particulière et risque de famine


Cette semaine est particulière pour le Pakistan, pays actuellement noyé sous les eaux. Le 14 août est la journée commémorative de son indépendance. Le 14 août 1947, les Britanniques, qui dirigeaient alors le pays, ont accordé l’indépendance à cette ancienne colonie. En même temps que l’Inde, d’ailleurs. Au-delà de cette journée commémorant l’indépendance du pays, commencera également cette semaine le mois sacré du Ramadan incluant prières et jeûne, pour la population, majoritairement musulmane.

Actuellement, les médias nous abreuvent de photos de populations obligées de jeûner, n’ayant rien à manger. Des milliers d’hectares de terres cultivées sont sous les eaux. Si rien n’est fait, la famine sévira bientôt. Le Premier Ministre, Yousaf Raza Gilani, a évoqué dimanche une « deuxième mousson » qui frappera bientôt la région du Sud, connue comme le grenier du pays.

Quelques nouvelles encourageantes malgré tout

La plupart des 180 millions de Pakistanais ont quasiment tout perdu. Le pays, déjà parmi les plus pauvres au monde, fait surtout parler de lui par le terrorisme. Les bonnes nouvelles concernant cette partie du monde sont rares. Et pourtant, nous en découvrons tous les jours.

Des voisins solidaires, des gens ayant encore leur maison aidant ceux qui l’ont perdue, voilà ce dont nous sommes témoins. Nous croisons aussi des collégiens parcourant la ville d’Islamabad pour collecter des fonds pour les victimes. « On sait bien que ce sont des petites sommes », nous avoue l’un d’eux en nous montrant la boîte en carton contenant l’argent récolté. « Nous faisons cela de notre propre initiative, sans attendre qu’on vienne nous aider. » Et chaque jour qui passe nous montre combien cette aide est urgente, que le travail d’intervention est difficile. En collaboration avec les partenaires locaux, CARE distribue des médicaments et des fournitures médicales aux femmes enceintes qui vont bientôt accoucher, et qui ne seraient jamais arrivées à l’hôpital toutes seules. Les ponts et les rues étant infranchissables, c’est à dos de mules et d’ânes que les travailleurs humanitaires ont pu les y accompagner,

Assiettes, fourchettes, couverts : il ne reste plus rien. 

Il ne reste plus rien dans les maisons dévastées par les inondations. Ustensiles de cuisine, bandages et autres fournitures de première nécessité sont distribués, et atténuent un tant soit peu les difficultés du moment. Mais ce sont surtout des tentes dont ont besoin les familles touchées, car il n’arrête pas de pleuvoir.

CARE concentre son travail sur les femmes et les enfants. Une douzaine de camions achemine docteurs et personnels humanitaires sur les zones sinistrées.

Aujourd’hui, avec Zahid de CARE Pakistan, nous nous dirigeons vers Mardan dans la région du nord-ouest. Zahid coordonnera dans les jours qui viennent l’aide humanitaire, et surtout planifiera les opérations. De mon côté, je vais, avec mon regard neuf, tacher d’informer du mieux possible mes collègues et le reste du monde. J’ai besoin de voir de mes propres yeux. Aucune image télévisée ni aucun reportage ne peut refléter avec exactitude les souffrances de ces populations, ni décrire leur quotidien.

Au risque de me répéter, ce qui manque par dessus tout, c’est l’argent. C’est aussi simple que cela. Si les organisations humanitaires comme CARE n’obtiennent pas le financement nécessaire, l’aide ne suffira pas. Je ne peux supporter l’idée que le destin de 14 millions de personnes est ignoré du reste du monde simplement parce qu’ils vivent au Pakistan.


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