19 août 2010

Journée Mondiale de l'Humanitaire : "Aujourd’hui, nous sommes tous des travailleurs humanitaires".

Pour cette 2ème Journée Mondiale de l'Humanitaire, lisez le témoignage de Melanie Brooks, coordinatrice Média et Communication de l’équiped’urgence de CARE.

Quand je pense à mon amie Shirley Case, deux images me viennent à l’esprit: celle d’une Shirley souriante, plaisantant avec des survivants du tsunami en Indonésie; et celle d’une Shirley couverte de sang, étendue sur le capot d’une voiture criblée de balles en Afghanistan. Cette deuxième image, je ne l’ai jamais vue – mais je l’imagine. Et depuis deux ans, elle ne me quitte pas.

Cela a fait deux ans la semaine dernière que Shirley Case, une travailleuse humanitaire née à 100 Mile House, en Colombie-Britannique (Canada), mais également une de mes amies les plus proches, a été tuée avec trois autres collègues par les Talibans dans un guet-apens. Ils venaient de visiter une école à l’extérieur de Kaboul, qui prenait en charge l’éducation d’enfants rencontrant des difficultés d’apprentissage. Shirley, qui était venue en aide aux réfugiés du Darfour au Tchad et aux survivants du tsunami en Indonésie, était en Afghanistan depuis seulement deux mois.

Ces deux images de Shirley montrent les deux faces du travail humanitaire: d’un côté l’engagement humanitaire à aider ceux qui en ont besoin, et de l’autre, les dangers qui accompagnent notre travail. Shirley a vu les deux côtés. Et le meurtre épouvantable de dix travailleurs humanitaires en Afghanistan la semaine dernière est un rappel brutal du danger omniprésent.

Aujourd’hui nous célébrons la Journée mondiale de l’humanitaire, une journée durant laquelle nous nous souvenons de nos collègues qui ont perdu la vie dans l’accomplissement de leur mission, et où nous contribuons à sensibiliser le public aux activités humanitaires dans le monde et aux raisons pour lesquelles il est si important que nous les continuions. Cette journée a été décrétée par les Nations Unies en 2008, l’année où Shirley est morte. Cette année-là a aussi été la plus dangereuse pour les travailleurs humanitaires; avec Shirley, plus de 260 d’entre eux ont été tués, enlevés ou blessés suite à des attaques, rendant le travail humanitaire plus dangereux que le fait d’être un soldat de la paix.

Mais les travailleurs humanitaires ne sont ni des soldats de la paix, ni des militaires.

Nous avons signé le Code de conduite de la Croix-Rouge stipulant que nous ne prenons pas parti ; nous fournissons une aide fondée uniquement sur les besoins, indépendamment de la nationalité, la race, la religion ou l'origine ethnique. Nous ne portons pas d’armes. Mais cela fait de nous des cibles faciles pour des groupes militants qui tentent de se venger des gouvernements occidentaux ou de faire une déclaration politique. Si un militant veut se venger contre une armée ou un gouvernement de l'Ouest, qui choisira-t-il: un soldat bien armé et entraîné, ou un travailleur humanitaire non armé?

Les travailleurs humanitaires construisent des écoles, vaccinent des enfants contre les maladies et fournissent une aide alimentaire, des couvertures et des abris pendant les urgences. Au cours de la dernière année, les organisations humanitaires ont aidé des dizaines de millions de personnes : des survivants du tremblement de terre en Haïti, des personnes qui font face à une famine potentielle dans l’Afrique de l’Ouest, et des familles qui fuient les inondations mortelles au Pakistan. Etre un humanitaire, c’est aider les autres.

Mais les endroits où les populations ont besoin d’aide sont aussi souvent les endroits les plus dangereux : des zones de conflit comme l’Afghanistan et le Darfour, la République démocratique du Congo, où le viol est une arme de guerre, ou des zones de désastres naturels comme Haïti, où des centaines de travailleurs humanitaires ont été tués par le tremblement de terre catastrophique en janvier. Et après le séisme, ce sont des travailleurs humanitaires – dont la majorité était des Haïtiens ayant perdu des membres de leur famille, des amis, et leur propre maison – qui se sont rués vers la zone du désastre pour fouiller les décombres et chercher les survivants, et pour fournir une aide alimentaire, de l’eau et autres biens matériels.

Les travailleurs humanitaires sont comme les pompiers, qui se précipitent vers un édifice en feu quand tous les autres s’enfuient. Mais imaginez si des centaines de pompiers étaient délibérément tués ou attaqués en France chaque année simplement pour essayer d'aider les gens. Nous serions outrés, horrifiés - et nous le dénoncerions.

Après la mort de Shirley, une de nos amies qui travaillait en Afghanistan se demandait si elle devait rester, si les risques en valaient la peine. Finalement, notre amie a décidé de rester, mais les travailleurs humanitaires doivent toujours mettre en balance la sécurité du personnel avec les énormes besoins de la population dans ces pays.

Et quand nous sommes obligés de quitter un pays à cause de l’insécurité ou des menaces des gouvernements hostiles ou de groupes militants, comme dans le cas de World Vision et de deux autres organisations humanitaires qui ont dû quitter la Somalie la semaine dernière, ce sont les personnes qui y restent qui souffrent parce que l’aide alimentaire et médicale et l’éducation ne sont plus fournies.

Le thème de cette Journée mondiale de l’Humanitaire est « je suis un(e) travailleur(euse) humanitaire ».

Journée mondiale de l'Humanitaire

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