16 novembre 2010
© Marie-Eve Bertrand / CARE

Le soleil brille, les chiens aboient, le vent souffle, comme tous les jours à Gonaïves. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Les rues sont désertes, les enfants ne sont pas à l’école et les mères sont inquiètes.

L’équipe de volontaires issus de la collectivité, dont je fais partie, forme les femmes sur la manière d’assainir l’eau qu’elles vendent avec le Chlorox® fourni par CARE. Une femme est apparue, portant un masque. Elle a peur, peur de m’approcher, peur de toucher quelqu’un.

Notre équipe visite alors un endroit appelé Descoteaux, un quartier de Gonaïves qui a été inondé par l’ouragan Tomas il y a quelques jours… et dont les rues sont aujourd’hui couvertes de boue et de déchets. Nous nous arrêtons chez Rosette Noël, qui habite une zone où les volontaires et le personnel de CARE ont distribué des biens de première nécessité non-alimentaires. Une petite fille nous regarde. Puis, une autre la rejoint, puis sa grand-mère, son père, deux adolescents et sa mère. Rosette nous explique qu’elle est à la tête d’une famille nombreuse. Elle a une sœur, un frère, et nombre d’autres frères et sœurs. Je lui demande un nombre exact, mais je ne crois pas qu’elle le sache. Rosette me raconte que quand l’ouragan Tomas a frappé, ils n’ont pas eu assez de temps pour rassembler leurs affaires. Je sais qu’elle me dit la vérité, au vu de leurs vêtements et des différents objets de la maison qu’ils ont mis à sécher sur le mur de brique séparant les maisons. « Il y avait de la boue partout », nous informe-t-elle. « Nous nous sommes réfugiés chez nos voisins. Nous prenons soin de nous entre voisins. Mais ce qui m’inquiète maintenant, c’est que ma nièce est tombée malade hier. Et maintenant ma sœur aussi est malade. Elles sont au lit, et nous leur donnons des sels de réhydratation, et nous les lavons. Nous faisons ce qu’ils nous disent de faire à la radio », me dit Rosette. Quand je lui demande pourquoi elle ne les emmène pas à l’hôpital, elle détourne le regard. Rosette s’inquiète du fait que les hôpitaux sont déjà surpeuplés et que le personnel ne sera pas capable de prendre soin des personnes qu’elle aime. « Nous savons que des personnes ont été laissées dans la rue, parce qu’elles étaient malades. Je ne veux pas que ça arrive à ma famille. Nous pouvons prendre soin d’elles. J’ai peur qu’elles ne tombent plus malades à l’hôpital. La famille, c’est tout pour moi », ajoute-t-elle. Sa plus jeune fille me regarde. Elle est magnifique, et me sourit. Ses yeux pétillent de vie et de joie. Si seulement je pouvais faire quelque chose pour eux. Mais ils savent déjà ce qu’il faut faire. « CARE nous a beaucoup aidés après le passage de Tomas. Ils sont venus ici pour nous dire comment nous protéger avant son arrivée, et comment éviter de tomber malade après son passage. Nous avons reçu du savon et des pastilles de purification d’eau. Maintenant, tout ce qu’il nous reste à faire c’est de rester en bonne santé », nous explique-t-elle. A mon départ, ils me font signe. La grand-mère me dit de prendre soin de moi et de rester en bonne santé.

Ces personnes sont généreuses et je suis touchée de les avoir rencontrées.