23 novembre 2010

Crise du choléra en Haiti : témoignage inédit de Sabine Wilke en Haïti

© Sabine Wilke/CARE

Parfois, dans la vie, le chemin de deux personnes se croise sans qu’on s’y attende. Et parfois, ces rencontres peuvent même sauver une vie.

Gonaïves, petite ville de la côte nord d’Haïti, a été l’une des zones les plus touchées par la crise actuelle du choléra. Blondine travaille jour et nuit depuis l’apparition de l’épidémie. Elle est infirmière pour le programme de santé de CARE et gère un réseau de soutien HIV/SIDA. En ce moment, elle travaille essentiellement sur la crise du choléra. CARE diffuse des messages de prévention à la radio et via des volontaires locaux, distribue des fournitures médicales aux hôpitaux et travaille en collaboration avec d’autres organisations humanitaires concernées par cette lutte. La semaine dernière, Blondine et son équipe ont encore formé 80 volontaires pour informer leurs communautés sur la manière de se protéger efficacement contre cette bactérie mortelle bien que microscopique.

Pendant ce temps, les centres de santé de Gonaïves et de ses environs sont noyés sous les cas de choléra et la plupart ne peut accueillir de nouveaux patients. C’est pourquoi il est capital d’établir des centres de traitement du choléra qui peuvent être installés près des hôpitaux tout en s’assurant que les personnes atteintes de choléra soient isolées des autres patients. Cela a déjà été mis en place au Centre de Diagnostique Intégré de Raboteau, un hôpital de Gonaïves. CARE organisera la désinfection du bâtiment principal une fois que tous les patients atteints de choléra seront évacués. Blondine supervise la progression des travaux et parle aux infirmiers et aux docteurs. En fonction des besoins, CARE fournira également les intraveineuses, les solutions au lactate de Ringer et les antibiotiques liquides aux centres de santé.

Du haut de ses 22 ans, Maxime Eliano ressemble à un vieil homme. Son corps maigre est recroquevillé sur un vieux lit de fortune dans le hall de l’hôpital. Ses yeux sont creusés et son corps affaibli par la déshydratation. Maxime est en fait Disc Jockey dans une station de radio locale ; et il était en mission spéciale pour le festival local “Fête du Patrimoine de Gonaïves”, qui a eu lieu début novembre.

L’équipe de CARE menée par Blondine avait passé quelques heures à préparer un CD avec des messages de prévention du choléra et à le distribuer à plusieurs DJ dans la ville, pour que les messages soient diffusés pendant le festival par interphone dans des camions de musique, afin de toucher le plus de monde possible.

Et leurs chemins se sont croisés. Maxime était l’un des DJ à passer en boucle le message de prévention de CARE pendant le festival. Et lorsque, deux semaines plus tard, il a développé les symptômes du choléra, il savait exactement ce qui se passait : douleurs abdominales, diarrhée, vomissements… le DJ n’a pas hésité et a fait le bon choix : il s’est rendu directement à l’hôpital et a reçu un traitement qui lui a sauvé la vie. Il a encore l’air faible, mais ses chances de s’en sortir sont très bonnes.