22 août 2011
© Bruno Pellarin

Dans le cadre de la sortie de son nouveau livre, consacré aux femmes victimes, activistes, réfugiées ou travailleuses en République Démocratique du Congo, Titouan Lamazou propose son ouvrage en avant-première aux sympathisants de CARE France dans le cadre d’une souscription exceptionnelle.

Partez à la découverte de l’œuvre et de l’homme:
Pouvez-vous nous parler de votre livre, Ténèbres au Paradis, Africaines des grands lacs ?
Le mot « ténèbres » est issu du livre de Joseph Conrad « Au cœur des ténèbres ». En effet, à cette époque, Conrad ne savait pas, comme la plupart des blancs, où se trouvait le cœur de l’Afrique. Les comptoirs européens étaient situés sur les côtes africaines pour y mener un commerce triangulaire et y pratiquer l’esclavage. Au moment de l’abolition de l’esclavage, la révolution industrielle était en plein essor et la manutention n’était plus le nerf de la guerre. Cette période a marqué le début de l’exploration du centre de l’Afrique. Un grand nombre de scientifiques pensent que les Européens associaient le cœur de l’Afrique aux ténèbres. J’ai intitulé mon livre « Ténèbres au paradis » car cette partie du monde est un véritable paradis.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler en République Démocratique du Congo ?

Tout d’abord, je suis attiré par cet endroit qui est vraiment magnifique. C’est un lieu béni des Dieux qui connaît depuis quelques temps la malédiction de quelques diables… Je cherche également à mieux comprendre ce pays. En 2004, je me suis rendu une première fois dans certaines régions du Nord Kivu et du Sud Kivu. Cette fois-ci, j’ai voulu aller voir ce qu’il se passait dans les provinces orientales et dans les autres territoires du Kivu. J’ai ainsi pu recueillir des portraits de femmes. Ainsi, je continue à montrer ce pays au travers de témoignages de femmes. Pour moi, les femmes sont plus spontanées et plus libres dans leurs paroles que les hommes. De plus, je préfère dessiner et rencontrer des femmes.

Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler dans le milieu de l’humanitaire ?

Je sillonne le monde depuis de nombreuses années. Il y a 10-15 ans, j’étais administrateur de l’association Action Contre la Faim. J’ai toujours été lié à ce milieu, que ce soit lors de mes voyages en Colombie ou bien encore en Afghanistan. Je suis également allé au Darfour, où j’ai rencontré des ONG comme CARE, ou Médecins sans frontières… Sur le terrain, je rencontre souvent les expatriés. D’ailleurs, certains sillonnent la région des Grands Lacs au Congo depuis des décennies. Ce sont, pour moi, de précieuses rencontres.
J’ai ensuite décidé de créer ma propre association, Lysistrata, pour venir en aide aux femmes que je rencontrais. Nous venons en aide à une centaine de femmes et nous travaillons en collaboration avec d’autres organisations car je crois beaucoup au travail en réseau.

Quelles sont les actions de Lysistrata sur le terrain ?
En RDC, notre action se rapproche des actions de CARE à Goma. Nous faisons la même chose mais dans une autre ville du pays. Après les attaques et les viols de la part des milices Maï Maï, de nombreuses femmes issues de la société civile ont décidé de se réunir et d’agir, en raison notamment de l’impuissance et de l’inertie de l’Etat et des hommes. De plus en plus de femmes arrivaient de la campagne après avoir été violées et répudiées. Elles se sont alors regroupées en plusieurs associations ayant pour vocation d’apporter à leurs pairs un soutien psychosocial, médical et de réinsertion. Lysistrata essaie de trouver des bailleurs de fonds pour soutenir cette plateforme d’associations exclusivement féminines.

Pourquoi avez-vous choisi de collaborer avec CARE ?
Lors de la dernière campagne de communication de CARE France pour la Journée de la Femme, le 8 mars dernier, j’ai remarqué que la communication, autant que les actions de CARE, étaient très liées aux femmes.
Depuis un certain temps, je soutiens la cause des femmes. CARE France m’a contacté pour une éventuelle collaboration, et, comme je préparais mon voyage en RDC, nous avons décidé de commencer comme ça !
Avec ce livre, je mets mon travail au service de CARE France. Sur le terrain, je suis beaucoup plus efficace comme artiste que comme humanitaire. Je fais ce que je sais le mieux faire : peindre et photographier. Je cherche à avoir un travail engagé et si possible cohérent.