01 septembre 2011

Corne de l'Afrique, camp de Dadaab : l'arrivée des réfugiés.

Sabine Wilke / CARE

Le camp de réfugiés de Dabaab est le symbole de la sécheresse qui ravage la Corne de l’Afrique. Douze millions de personnes sont touchées. En quelques mois, Dabaab est devenu le plus grand camp du monde. Et chaque jour, de 1 300 à 1 500 réfugiés continuent de passer la frontière somalienne pour se rendre au Kenya. Actuellement, environ 400 000 personnes vivent dans ce «complexe» composé de trois camps : Ifo, Dagahaley et Hagadera.

A leur arrivée, les réfugiés attendent patiemment leur tour pour commencer la «procédure». Ils ont marché des jours durant sans nourriture – parfois même sans eau – et pourtant l’atmosphère est paisible. On est surpris de voir beaucoup plus de jeunes hommes que de femmes et d’enfants. Tout commence au poste d’accueil. C’est là que se déroule la «reconnaissance», qui a remplacé la procédure habituelle d’enregistrement à cause du très grand nombre d’arrivants ; cette étape aura lieu plus tard. Une partie des réfugiés se massent sous un petit abri qui protège du soleil, pendant que les autres font la queue accroupis dans la poussière. Ensuite, ils sont appelés par petits groupes et emmenés dans une pièce équipée de bancs. Là on prend leurs empreintes digitales pour qu’ils soient inscrits et ne puissent pas s’enregistrer à nouveau pour obtenir une ration supplémentaire. Une fois «reconnus», ils passent dans une autre pièce, où deux hommes sont assis derrière de grands tas multicolores, des dons de vêtements et de chaussures. Les réfugiés poursuivent leur parcours en silence, et un peu plus loin quelqu’un détermine à la va-vite leur pointure et leur donne de quoi s’habiller. Ensuite, ils rejoignent une table où les attendent des biscuits à haute teneur énergétique et du lait pasteurisé. Ils sont si affaiblis que leur donner à manger dès leur arrivée est désormais une priorité.

Etape suivante : évaluer rapidement leur état de santé. L’équipe de Médecins sans frontières (MSF) leur fait passer plusieurs examens, toujours les mêmes : diagnostic nutritionnel, soins prénatals pour les femmes enceintes et immunisation. On entend les enfants pleurnicher alors qu’ils avaient été étonnamment calmes jusqu’ici. Les cas les plus graves de malnutrition sont conduits dans l’un des hôpitaux du camp pour y être soignés. On rencontre très peu d’hommes à ce stade du processus.

Une fois l’examen et les soins médicaux terminés, on distribue aux réfugiés de la nourriture fournie par le Programme alimentaire mondial des Nations unies et l’ONG CARE International.
Ils sont séparés des immenses sacs de nourriture par un grillage à travers lequel on leur donne une ration proportionnelle à la taille de la famille : une portion de blé par personne, par exemple. Les réfugiés reçoivent aussi de la farine de maïs, de l’huile, du sucre, du sel et des haricots pour trois semaines, ainsi que des ustensiles de cuisine. Chacun porte un bracelet d’identification qui lui permettra de revenir chercher des provisions. Pour les personnes seules avec plusieurs enfants en bas âge, porter toute cette nourriture est une tâche éprouvante, mais il leur est possible de troquer une partie de leur ravitaillement contre une carriole tirée par un âne, qui leur permettra aussi de trouver un endroit où s’installer en périphérie du camp.

Etre en périphérie signifie ne pas avoir d’abri, alors les réfugiés récupèrent tout ce qu’ils trouvent pour en construire.
Ils doivent parfois vivre pendant des semaines dans de petites installations de fortune faites d’arbres morts, de sacs en plastique et de cartons, avant d’être transférés dans les «camps officiels», où ils peuvent espérer avoir accès à de l’eau potable, à des sanitaires, à des écoles et à des services médicaux.
Dans un secteur de Dagahaley connu sous le nom de Bula Bakti (la «décharge de carcasses»), des réfugiés attendent d’être transférés. Le surpeuplement est tel qu’une extension du camp d’Ifo, Ifo 2, a été créée.

Samantha Spooner, The East African, Nairobi

Article paru le 1 septembre 2011 dans Direct Matin http://directmatin.directmedia.fr/

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