15 décembre 2011

Haïti 2 ans après : questions à Sébastien Kuster, responsable des Urgences.

Haiti © Evelyn Hockstein / CARE

Présente depuis plus de 50 ans en Haïti, CARE est intervenue dès les premières heures suivant le séisme qui a durement touché le pays le 12 janvier 2010. Son équipe de 130 personnes, la plupart personnellement touchées par ce drame, a déployé toute son énergie pour soutenir les Haïtiens.
Plus que jamais les différents membres de CARE, dont CARE France, poursuivent leurs activités en Haïti, accompagnent la population pour faire face à l'épidémie de choléra qui sévit depuis octobre 2010, participent à la reconstruction du pays et lancent des programmes de développement.

5 questions à Sébastien Kuster, responsable des Urgences chez CARE France

Qu’a fait CARE en Haïti depuis janvier 2010?
Les équipes de CARE en Haïti ont été mobilisées dans l’heure qui a suivi la catastrophe.
CARE a développé un plan pour l’aide et la réhabilitation en Haïti, guidée par les priorités du peuple et du gouvernement haïtiens. Ce plan vise surtout les zones touchées par le séisme, mais également les provinces, afin que les opportunités économiques et les services sociaux touchent tout le pays.

Dans la première année, CARE est intervenue auprès de 290 000 personnes, tant via la distribution d’urgence (nourriture, eau, bien de première nécessité), que via la construction d’abris temporaires, notamment dans les zones fortement touchées de Léogâne et Carrefour.
L’épidémie de choléra est venue compliquer la tâche : l’énergie qui aurait pu être consacrée à la reconstruction a dû être dirigée vers la lutte contre cette maladie mortelle.

Et CARE France spécifiquement ?
CARE France contribue à la réponse de CARE Haïti grâce à la mobilisation de ses partenaires institutionnels, entreprises, fondations et donateurs privés, en envoyant des expatriés sur le terrain et en apportant une aide technique et managériale à CARE Haïti. Une partie des fonds collectés a contribué à la réponse d’urgence dans les 3 premiers mois et le reste pour la reconstruction et la lutte contre le choléra. En 2011, les programmes de CARE France en Haïti ont représenté un peu plus de 4 millions d’euros.

Près de 2 ans après, 600 000 personnes vivent encore dans des camps, pourquoi ?
Avant tout, il ne faut pas oublier l’ampleur considérable de la catastrophe. Le séisme a touché le centre névralgique d’Haïti, la capitale, où se trouvent tous les ministères et agences qui, en temps normal, mènent les actions appropriées. Des bâtiments ont été rasés et des archives ont été perdues. Il est difficile d’identifier les propriétaires de terrains, rendant la démolition et la construction de nouveaux bâtiments quasiment impossibles dans de nombreux endroits. Les questions « où reconstruire ? », « qui prend en charge quels coûts ? » et « quelles solutions pour les locataires ? », sont encore en suspens.
Enfin, Haïti souffrait de pauvreté chronique avant même que le séisme n’ait lieu. Les services de base fournis par les ONG rendent la vie dans les camps plus supportable qu’ailleurs pour les Haïtiens les plus pauvres. Certains hésitent même à retourner dans leur communauté. CARE essaie de trouver des moyens de les aider à reconstruire leur vie en dehors des camps, tout en maintenant les services de base, comme l’eau et les toilettes.

Pourquoi les ONG comme CARE prennent tant de temps pour dépenser les fonds récoltés pour Haïti ?
En octobre 2011, CARE avait dépensé plus de 80% des sommes collectées dans le monde entier. Pour CARE France, tous les dons pour Haïti auront été consommés à la fin du premier trimestre 2012. CARE a tiré des enseignements de catastrophes précédentes : dépenser l’argent trop rapidement (et de manière déraisonnable) crée plus de problèmes que cela n’en résout. De plus, CARE tient à ce que les projets soient conçus avec les communautés affectées. Cela demande du temps et des ressources humaines.

Comment Haïti va-t-elle s’en sortir ? Sera-t-elle dépendante des ONG ?
Le peuple haïtien et le gouvernement doivent montrer la voie. Aucun pays ne serait capable de gérer seul la réponse à une telle catastrophe touchant leur capitale, encore moins lorsqu’il s’agit de l’un des plus pauvres du monde. Le gouvernement haïtien a besoin de temps pour se renforcer.
Les ONG telles que CARE aident à combler les lacunes pendant la transition, en gérant l’épidémie de choléra, et en fournissant des abris et de l’eau potable. Les ONG ne peuvent pas réformer le système de propriété ou développer des normes relatives à l’éducation, mais peuvent jouer un rôle de soutien décisif et tendre la main aux Haïtiens.

> En savoir plus sur nos interventions en Haïti depuis janvier 2010.