25 septembre 2012
Thomas Coëx

Le Sommet Mondial sur le Planning Familial s’est tenu en juillet dernier à Londres, aboutissant à l’engagement des dirigeants mondiaux pour que 120 millions de femmes supplémentaires aient accès à des informations, des services et des produits de contraception dans les pays les plus pauvres d’ici 2020. Le but est de soutenir le droit des femmes de décider, librement et pour elles-mêmes, si elles souhaitent avoir des enfants, quand et combien.

A travers le monde, le réseau CARE travaille sur des programmes de santé reproductive dans 30 pays. CARE France, avec son partenaire local SERA Romania, développe depuis plus de 10 ans, un programme original de planning familial itinérant en Roumanie.

Ils sont, en 2012, une cinquantaine d’assistants sociaux et infirmières à sillonner la Roumanie pour aller à la rencontre des femmes qui n’ont pas accès aux services de planning familial existants, dans plus de la moitié des départements roumains. L’objectif : informer et favoriser l’accès au suivi social et médical (surtout gynécologique) et à la contraception pour ces femmes vulnérables et isolées afin de réduire, à terme, le nombre de grossesses non désirés ainsi que le nombre d’enfants abandonnés et placés en institution.


Equipe itinérante de planning familial, département d’Arges

En effet, malgré la réforme du système de protection de l’enfance depuis la chute de Ceausescu il y a plus de 20 ans, le nombre de femmes continuant de mettre au monde et d’abandonner des enfants non désirés reste très élevé en Roumanie. 10 000 à 12 000 enfants sont abandonnés chaque année, dont 10 à 15% de nouveau-nés(1) . Même si l’accès à la contraception s’améliore, avec 70% des femmes déclarant avoir recours à un moyen contraceptif en 2011(2), la Roumanie montre le taux le plus élevé d’avortements en Union Européenne (480 avortements pour 1000 naissances, contre un taux moyen européen de 226 pour 1000)(3) .

Les résultats sont globalement encourageants, même si les équipes se heurtent à des réticences liées aux tabous, au faible niveau d’éducation, à l’entourage familial, et social, et au manque de coopération de certains services médicaux.

Depuis 2003, CARE France a investi plus de 740 000€ pour la mise en place de ces équipes en Roumanie, qui ont rencontré et conseillé 94 000 bénéficiaires, dont 60% ont décidé d’utiliser un moyen de contraception. On constate dans les régions concernées une baisse très nette du nombre de grossesses non désirées, mesurable par la baisse du nombre d’avortements et du nombre d’abandons. Les résultats connus dans cinq des départements ciblés entre 2004 et 2008, ont montré que de 154 enfants abandonnés à la naissance en 2004, on est passé à 34 en 2008, soit une baisse de 78%.

Depuis 2008, l’impact des équipes est plus difficile à mesurer, de par les répercussions de la crise économique qui a pour conséquence l’entrée de nombreux nouveaux enfants dans le système de protection de l’Etat.

Dans ce contexte, il est plus important que jamais de continuer cet effort pour réduire le nombre de grossesses non désirées en Roumanie. L’objectif du programme est de couvrir tout le pays d’ici 5 ans.

(1)Source : Agence Nationale pour la protection des droits de l’enfant (ANPDE), 2009.
(2)Source : Statistiques sanitaires mondiales, Organisation Mondiale de la Santé, 2011
(3)Source : Organisation Mondiale de la Santé, 2012