14 décembre 2012

RDC. CARE lutte contre le tabou des violences faites aux femmes.

La situation très volatile dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la RDC, rend difficile le travail des ONG. Les mouvements de populations sont incessants et le nombre de déplacés, aujourd’hui de 130 000 personnes, continue d’augmenter. Afin de recueillir les impressions des déplacés, CARE a mené une enquête dans l’un des trois camps où elle est présente.

Sabine Wilke /2012

Un sentiment d’insécurité dans les camps.

A la lumière de la récente escalade de violences autour de la ville de Goma, CARE demande à la mission des Nations Unies (MONUSCO) et au gouvernement congolais d’assurer la protection des camps de déplacés. « La plupart des femmes ne se sentent pas en sécurité dans le camp où nous avons mené notre enquête. C’est un site à 15 km de Goma où les déplacés se sont spontanément regroupés dès avril dernier. Sa population a doublé en quelques semaines atteignant aujourd’hui plus de 20 000 personnes », raconte Yawo Douvon, directeur de CARE en RDC.
De nombreuses personnes interrogées par CARE rapportent ainsi des attaques de groupes armés aux environs des camps. Safari*, rencontrée dans la région de Goma, témoigne : « Avec mon mari et mes 3 enfants, nous avions trouvé refuge dans un camp. Chaque nuit, nous entendions des tirs alors nous avons fui. Nous vivons désormais dans un orphelinat dont les salles de classe accueillent des centaines de gens comme nous. »

Le viol, un tabou toujours très présent.

Les femmes et les jeunes filles, qui sortent des camps pour trouver de la nourriture ou du bois pour se chauffer, sont particulièrement vulnérables. « Dans les centres de santé proches, le nombre de patients traités pour violence sexuelle a doublé entre octobre et novembre », s’alarme Yawo Douvon. Les viols sont très courants en RDC et continuent d’être tabous. Les victimes sont marginalisées par leur famille et leur communauté.

Marie*, mère de 7 enfants et enceinte du huitième, témoigne : « Mon mari ne reviendra pas. Il a entendu que j’avais été violée. Il ne reviendra plus. Il était parti dans le nord à la recherche d’un travail. J’ai essayé de garder secret ce qui m’est arrivé mais quelqu’un lui a dit ». Marie a quitté son village en août dernier et avait trouvé refuge dans un camp aux alentours de Goma. « Je suis allée chercher du bois pour construire une hutte quand deux hommes sont apparus. Ils m’ont violée tous les deux », explique-t-elle d’une voix claire.
Pendant longtemps, Marie avait trop honte de ce qui s’était passé pour en parler. Elle n’a consulté de docteur que 4 mois après. Il était trop tard pour recevoir un traitement de prévention du VIH et autres maladies sexuellement transmissibles. Ce traitement doit être administré dans les 72 heures pour être efficace.

Les victimes de violences sexuelles interrogées par CARE ont besoin d’une aide médicale mais aussi psychologique. C’est pourquoi, CARE forme désormais des travailleurs sociaux pour aider les victimes. Ces travailleurs vont également organiser des séances d’information afin de briser le tabou qui entoure le viol.

Une envie de recommencer.

« Je veux retourner dans ma ville mais on m’a dit que notre maison avait été détruite. C’est la troisième fois dans ma vie que je fuis en laissant tout derrière. Maintenant, nous avons un matelas, quelques vêtements et un peu de nourriture. Mais cela ne suffit pas », explique Safari. La plupart des femmes rencontrées par les équipes de CARE expriment leur souhait de rebondir.
« Oui, les femmes qui vivent dans le camp où nous avons mené notre enquête sont des victimes. Mais ce sont aussi des battantes. C’est important que les ONG prennent en compte leur volonté de retomber sur leurs pieds le plus vite possible», ajoute Yawo Douvon. Ainsi, certaines femmes envisagent d’élever des poules afin de vendre des œufs, d’autres voudraient produire du savon pour une meilleure hygiène dans les camps surpeuplés. CARE va aider financièrement ces groupes de femmes, dont Marie fait partie, afin qu’elles puissent mettre en place des activités rémunératrices et subvenir aux besoins des familles.

Face à l'augmentation du nombre de déplacés, CARE doit intensifier son aide. Pour ce faire, nous avons besoin de ressources supplémentaires.

* les noms ont été modifiés.

> Pour découvrir les actions menées par CARE France en RDC.

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