19 février 2013

Kosovo : 5 après la guerre civile et l'indépendance, CARE aide à la reconstruction du pays

Le 17 février 2008, le parlement du Kosovo proclamait l'indépendance de ce territoire des Balkans. Aujourd'hui, si l'indépendance du Kosovo n'est toujours pas reconnue par l'ensemble de la communauté internationale, le Kosovo a parcouru un long chemin depuis la guerre civile de 1998 - 1999 qui a fait un million de déplacés et 10 000 morts.

Durant le conflit, CARE est venue en aide aux familles déplacées. Depuis, CARE soutient le développement économique du pays, favorise l'accès à l'éducation et aide les groupes marginalisés. Interview de Felix Wolff, directeur régional des Balkans.

CARE / 2013

Quelle est la situation du Kosovo aujourd'hui ?

5 ans après la guerre civile qui a secoué cette région, le Kosovo a encore du chemin à parcourir. Le Kosovo compte 1,8 million de personnes. 30 % d'entre elles vivent aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté et un peu moins de la moitié de la population est au chômage. C'est une situation particulièrement frustrante pour les jeunes de moins de 25 ans qui constituent la moitié de la population et qui doivent faire face à un taux de chômage record de 70%. Il n'existe pratiquement aucune perspective d'emploi pour eux. Beaucoup considèrent que partir à l'étranger est leur seule chance.


De nombreuses familles comptent d'ailleurs sur les 500 000 Kosovars qui travaillent aujourd'hui dans d'autres pays pour assurer leur quotidien. Mais partir est également difficile car les passeports kosovars ne sont pas reconnus par tous les pays et les règles de visa de l'Union Européenne sont très strictes.

Quels types de blessures a laissé la guerre civile de 1999 ? Le Kosovo arrive-t-il à se reconstruire ?

Petit à petit. CARE a soutenu de nombreuses activités de consolidation de la paix mais les progrès sont lents. Si dans de nombreux endroits il n'y a pas de signe visible de violence, il existe de facto une ségrégation ethnique. C'est particulièrement frappant dans la ville de Mitrovica (nord du Kosovo) divisée en deux, entre les Serbes au nord et les Albanais au sud. Il y a toujours une forte méfiance entre les communautés. Cela se ressent au quotidien. Dans cet environnement tendu, nous aidons les communautés à se rencontrer, à travailler ensemble sur des projets communs.

Je suis impressionné par le courage de certains jeunes qui osent dialoguer avec les autres communautés malgré les stéréotypes qui sont encore très présents dans les esprits et la forte pression que peut exercer les plus âgés. Il faut les aider dans cette voie pour aller au-delà des aprioris communautaires.

Comment CARE travaille-t-elle avec les jeunes ?

La plupart des jeunes sont fatigués de porter le poids du passé et sont plus ouverts au dialogue interethnique. Il y a pourtant un fort sentiment de frustration et d'inutilité du fait du fort taux de chômage. C'est particulièrement vrai pour les jeunes hommes. Dans une société de type patriarcale qui a une culture très machiste, il faut faire attention que cette frustration ne se transforme pas en violence. C'est pourquoi, CARE a lancé au Kosovo un programme qui a déjà été mis en place en Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie et au Monténégro : « Young Men Initiative ».
 
L'idée de ce programme est de prévenir la violence liée au genre et les discriminations à l'encontre des femmes et des filles en travaillant avec les adolescents. CARE crée et encadre des groupes de jeunes garçons au sein d'établissements scolaires afin de les aider à devenir des hommes responsables et respectueux. Ces clubs sont des espaces d'échange pour aborder des sujets comme les relations filles-garçons, les relations sexuelles, l'animosité entre les communautés ou les maladies. Les membres de ces clubs apprennent également à participer à des tâches ménagères en nettoyant notamment le terrain de leur école.

Certains groupes nous étonnent par leur implication et leur créativité. L'année dernière, un groupe de jeunes s'est rendu dans le centre de Pristina à l'occasion de la journée des femmes et a offert des roses aux passants. Ils les distribuaient aux hommes afin que ceux-ci puissent ensuite les remettre à leurs femmes et à leurs filles. C'était une façon de les encourager à penser à leur entourage féminin.

Quelles sont les autres actions de CARE au Kosovo ?

CARE développe différentes activités pour soutenir l'économie du pays. Les zones rurales aux alentours de Pristina, par exemple, manquent d'infrastructures et de ressources. Pour remédier à cette situation, CARE a contribué à la mise en place d'un réseau touristique dans la région de Novo Brdo qui possède de magnifiques paysages dans l'est du pays.
CARE a également fourni de petites sommes aux entrepreneurs de Suhareka (sud du pays) pour démarrer ou développer une activité économique. J'ai récemment rencontré une agricultrice qui a ainsi pu accroitre sa production de lait. Grâce à l'augmentation de ses ventes, elle a pu engager deux employées.

CARE travaille également avec les organisations locales pour que celles-ci puissent ensuite soutenir leur communauté. Nous les aidons à développer leurs compétences. C'est important de renforcer les acteurs de la société civile car la plupart des institutions du pays ont été créées récemment. Les changements prennent du temps mais les gens que nous rencontrons sont motivés et volontaires.

Vous travaillez dans les Balkans depuis 10 ans. Quels sont les défis auxquels vous êtes aujourd'hui confrontés ?

Pour être honnête, c'est difficile de susciter l'intérêt du public pour cette région. Les crises humanitaires des années 1990 appartiennent désormais au passé et les Balkans n'ont pas une image très positive parmi les opinions publiques européennes, du fait notamment des débats autour de l'immigration issue de cette région.

Les gens soutiennent plus facilement les actions des ONG en Afrique et en Asie. Pourtant, les conditions de vie des Kosovars sont difficiles. Et celles des minorités telles que les Roms, les Ashkali ou les Egyptiens sont effroyables. Les choses évoluent au Kosovo mais cela prendra encore du temps et des ressources.

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CARE : Laury-Anne Bellessa
01 53 19 89 92