08 mars 2013

RDC : lutter contre les tabous des violences en renégociant les normes culturelles

Les programmes les plus efficaces de lutte contre les violences liées au genre associent des stratégies de réponse et de prévention. En effet, si les organisations internationales telles que CARE peuvent jouer un rôle de catalyseur, les changements durables ne peuvent venir que des communautés elles-mêmes.

Découvrez l'une de nos séances de formations en RDC.

Briser les tabous

2012 / CARE
« Que signifie le terme de violences liées au genre ? Quelles formes de violences connaissez-vous ? Quels sont les droits et les obligations des femmes et des hommes ? »

Autant de questions posées par Rose Vive Lobo, animatrice de CARE, lors d'un atelier sur les violences liées au genre, en décembre 2012. Afin de lutter contre ces violences, CARE forme des éducateurs, 60 femmes et hommes vivant dans trois camps de déplacés autour de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu.

En partageant ensuite leurs connaissances avec leur communauté, ils contribueront à briser les tabous qui entourent ce sujet et à lutter contre les stigmatisations dont sont victimes celles et ceux qui ont subi ces violences.

« En plus du traumatisme, les victimes de violences, essentiellement des femmes, sont souvent marginalisées par leurs familles et leur communauté en raison de la honte ressentie », explique Emmanuel Lan Chun Yang, responsable du pôle Urgences de CARE France.

Combattre la stigmatisation à l'encontre des victimes

Marie, mère de 7 enfants et enceinte du huitième, témoigne :

« Mon mari ne reviendra pas. Il a entendu que j'avais été violée. Il était parti dans le nord à la recherche d'un travail. J'ai essayé de garder secret ce qui m'est arrivé mais quelqu'un lui a dit ».

Par crainte d'être isolées ou stigmatisées, les victimes osent donc rarement parler de leur agression et demander de l'aide. Ça a été le cas de Marie qui n'a consulté un docteur que 4 mois après son viol. Il était alors trop tard pour recevoir un traitement empêchant une possible contamination au VIH et autres maladies sexuellement transmissibles. Ce traitement doit être administré dans les 72 heures pour être efficace.

Le travail de CARE et des éducateurs communautaires est essentiel afin de briser le cycle de violence et de discriminations. Il ne s'agit pas d'un thème nouveau pour le groupe: tous ont vécu ou connaissent quelqu'un qui a été victime d'une agression. Le problème touche autant les camps de réfugiés que les villages qu'ils ont fuis. Les femmes et les filles sont plus vulnérables car elles sont obligées de sortir seules hors du camp ou du village pour chercher de la nourriture ou du bois pour le feu.

Privilégier les garçons en termes d'éducation et d'héritage est une autre forme de violence contre les femmes

2012 / CARE

Les violences et les discriminations peuvent prendre différentes formes. La formatrice de CARE, Rose, rappelle ainsi que les viols domestiques sont fréquents même si on en parle moins. Elle explique également que le fait de privilégier les fils aux filles en termes d'éducation et d'héritage est injuste. Le groupe réagit d'abord avec consternation, mais au fur et à mesure que la discussion avance, de plus en plus de participants s'accordent à dire que ce traitement entrave les possibilités de réussite économique pour une femme.

Une des femmes se lève et explique qu'elle n'a pas su quoi répondre quand ses filles lui ont demandé pourquoi elles n'avaient pas reçu la même éducation que leurs frères. Une femme plus âgée prend également la parole :

« J'ai choisi d'éduquer mes filles car cela permettra à leurs enfants d'en bénéficier également ».

Elle ajoute cependant qu'elle a manqué d'argent pour permettre à ses filles d'aller au-delà des premières années de primaire.

A l'issue de la session, Patrick, 32 ans, raconte :

« J'ai beaucoup appris au cours des deux derniers jours et je compte le partager avec tous les membres du camp. »

Il ajoute :

« Dans ma famille, mes sœurs n'ont rien hérité. Je sais maintenant qu'il s'agit d'une forme de violence envers les femmes. »

Améliorer la position sociale des femmes

L'ambition de CARE est de diminuer la banalisation de la violence liée au genre et d'améliorer la position sociale des femmes en RDC. Transformer les pratiques et les normes sociales prend du temps, mais cela commence avec les éducateurs communautaires.

L'ensemble des éducateurs organiseront des séances d'informations pour encourager les victimes à demander de l'aide, ce qui leur permettra de recevoir les soins médicaux et psychologiques nécessaires.

contact médias

Laury-Anne Bellessa
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