09 avril 2013

Entretien : « L'intégration des Roms en Serbie passera par l'inclusion. »

L'instauration de la décennie de l'inclusion des Roms 2005-2015 démontre l'engagement des pays européens à améliorer le statut socio-économique et à favoriser l'intégration sociale des Roms. Angela Horvat Slavnic, coordinatrice d'origine rom de la Municipalité de Becej en Serbie (région de Vojvodine) s'entretient avec CARE au sujet des enjeux de cette décennie.

CARE / 2013

Quelles avancées avez- vous pu constater jusqu'à aujourd'hui ?

La décennie pour l'inclusion des Roms a permis de rassembler les gouvernements, les organisations non-gouvernementales et la société civile rom. Au cours des huit dernières années, nous avons mis en place de nombreuses activités destinées à améliorer la situation de la population rom. Mais honnêtement, nous ne serons pas en mesure d'atteindre les objectifs que nous nous étions fixés pour 2015.

Nous avons déjà observé des améliorations en termes d'éducation, d'emploi, de santé et de logement mais nous sommes encore bien loin des résultats attendus. J'espère que la décennie pour les Roms sera reconduite. Nous aurions besoin de dix années supplémentaires. CARE et d'autres organisations ont réussi à appuyer l'action des militants roms, à leur permettre de mettre en place des organismes et des institutions, mais il s'agit là seulement de bases qui permettraient d'atteindre les objectifs de cette décennie.

Quels sont les progrès en termes d'intégration des Roms dans les sociétés des Balkans ?

L'intégration est impossible sans l'inclusion - les deux sont intrinsèquement liées. L'intégration doit venir des législateurs et des décideurs afin de permettre l'inclusion.
Je trouve préoccupant que les autorités, soient les acteurs directs de cette décennie et les responsables de l'adoption des lois, ne soient pas plus investies pour s'assurer que les mécanismes d'intégration déjà approuvés soient effectivement mis en œuvre au niveau local.

Même si nous disposons des documents stratégiques, nous ne pouvons pas assurer la mise en place d'activités permettant l'intégration au niveau des autorités locales, peu intéressées et sensibilisées aux questions d'inclusion et d'intégration. Les activités ne durent que le temps du projet.

Quel est le plus grand succès observé jusqu'à aujourd'hui ?

CARE / 2013

La décennie de l'inclusion des Roms touche différents secteurs : l'éducation, la santé, l'emploi et le logement.

Les améliorations les plus importantes concernent le secteur de l'éducation mais même là les réussites sont relativement limitées. Nous pouvons toutefois mentionner quelques éléments d'impact mesurables : en 2004, la province de Vojvodine ne comptait que quatre étudiants d'origine rom, ils sont aujourd'hui près de 300. Mais la situation est loin d'être parfaite. A ce jour, de nombreux enfants roms ne sont toujours pas scolarisés dans des écoles maternelles ou primaires.

Les Roms en Serbie sont-ils toujours confrontés à la discrimination ?

La discrimination à l'encontre des Roms en Serbie se retrouve à tous les niveaux dans notre quotidien. Les vraies questions sont de savoir si cette discrimination est volontaire et qui en est responsable. Je veux souligner le fait que les institutions de l'Etat chargées de sanctionner les comportements discriminatoires nient souvent la simple existence de cette discrimination. J'ai un jour posé la question : « Qui est vraiment légitime pour juger la discrimination ? Les autorités ou les individus qui en souffrent ? »

Ma communauté, les Roms, est effectivement confrontée à la discrimination. Comment devrions-nous la combattre ? Selon-moi, la clé réside dans l'éducation des parents, des enfants et des autorités. Il s'agit d'une tâche compliquée. Nous avons tenté de sensibiliser, d'éduquer et de faire passer notre message tout au long de cette décennie.
Aujourd'hui, nous disposons de lois qui condamnent la discrimination, nous dénonçons des cas de discriminations lors d'évènements publics comme des conférences de presse organisées par la communauté rom, des rencontres avec les autorités.

Quels sont les problèmes les plus urgents à traiter ?

L'étape la plus importante concerne la finalisation du cadre légal pour l'intégration des Roms en Serbie, et ce à tous les niveaux de la société. Les autorités auraient tendance à marginaliser le travail avec et pour les Roms.

Pour l'instant, seul un très petit nombre de Roms travaillent au sein des organismes gouvernementaux. Cela n'est pas suffisant pour pouvoir influencer les mesures politiques dans le futur. Il devrait y avoir plus de coordinateurs roms au sein des municipalités, toutes les écoles devraient disposer d'assistants pédagogiques pour les élèves roms.

Comment des ONG comme CARE peuvent-elles contribuer à cette décennie pour l'inclusion des Roms ?

Les gouvernements européens impliqués dans la décennie pour les Roms ont beaucoup à apprendre d'ONG comme CARE : le travail en équipe, les méthodologies innovantes, la planification stratégique, les méthodes d'organisation d'activités et de suivi. L'Etat n'a généralement pas les fonds ou les capacités permettant de mettre en place des solutions innovantes alors que les ONG travaillent avec la société civile depuis des décennies. Les méthodes efficaces des ONG devraient être bien plus utilisées qu'elles ne le sont aujourd'hui.

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