15 avril 2013

Le nombre de réfugiés syriens en Jordanie ne cesse d'augmenter depuis le début de l'année. Plus de 367 000 personnes sont désormais enregistrées auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). De nombreuses femmes syriennes se retrouvent seules à devoir faire vivre leur enfants. Découvrez le témoignage de Mufeeda, 34 ans.

Fuir la Syrie et un quotidien rythmé par la peur

« Es-tu syrienne? Veux-tu m'épouser ? » Deux questions auxquelles Mufeeda, 34 ans, est constamment confrontée depuis que son mari a été porté disparu en Syrie.

Mufeeda, son mari Awad et leurs quatre enfants ont rejoint la Jordanie en août 2012. Deux ans auparavant, ils avaient déjà quitté leur maison pour se réfugier chez des proches en Syrie. Leur quotidien était rythmé par la peur. Ils ont donc décidé de fuir le pays, les tensions et les bombardements incessants.

« Quand nous avons appris que les réfugiés syriens en Jordanie recevaient de l'aide, nous avons décidé de tenter notre chance, de tout laisser derrière nous », explique Mufeeda.

Après s'être assuré que sa femme et ses enfants étaient bien installés en Jordanie, Awad a décidé de retourner en Syrie pour mettre leurs affaires en ordre.

« Je n'ai pas de nouvelles de lui depuis 3 mois, je n'ai aucune idée de l'endroit où il se trouve ou s'il est même encore en vie », explique Mufeeda, visiblement bouleversée.

La flambée des prix du quotidien et le manque d'opportunités économiques

Arrivée de Syrie sans aucun bien et ne disposant d'aucune source de revenue, cette mère de quatre enfants doit désormais fournir abri et nourriture à toute sa famille. La flambée du prix des loyers qui ont plus que doublé en un an, l'augmentation des biens alimentaires et le manque d'opportunités économiques sont autant de difficultés auxquelles Mufeeda doit faire face.

Elle a demandé de l'aide à toutes les organisations basées à Zarqa - ville située au nord-est d'Amman, la capitale - mais celles-ci ont seulement pu lui promettre qu'elles la recontacteraient aussitôt qu'elles auraient quelque chose à lui proposer.

« Les représentants des organisations locales venaient volontiers en aide aux femmes syriennes belles et soignées mais personne ne faisait attention à moi, à mes yeux gonflés à force de pleurer... ».

 A présent, Mufeeda se maquille et porte la seule tenue élégante qu'elle possède pour aller chercher des paquets de nourriture et des couches pour ses enfants.

« Bizarrement, cela marche presque à chaque fois » ajoute-t-elle, sarcastique.

Azhar, 12 ans, fait vivre la famille grâce à son salaire de 10,50 € par semaine

2013 / CARE

Azhar, son fils de 12 ans, a quitté l'école et travaille désormais à temps plein pour aider à subvenir aux besoins de la famille. Il travaille 12 heures par jour dans un café pour gagner 1,75 €. Ce salaire hebdomadaire de 10,50 € représente l'unique source de revenus pour la famille. C'est loin d'être suffisant pour nourrir quatre enfants, leur mère et les deux autres femmes qui vivent avec eux.

Ils occupent, à sept, un logement d'une chambre qui ne possède pas les commodités de base. Les matelas sont posés directement sur le sol. Ils ont récemment été menacés d'expulsion si jamais ils tardaient à payer leur loyer.

« La propriétaire a monté notre loyer à 210 € quand elle a découvert que deux autres femmes syriennes vivaient avec nous. Elle nous a donné une semaine pour payer le supplément avant de nous forcer à quitter notre logement. Elle nous répète qu'elle pourrait facilement louer plus cher. »

Le futur de la famille reste très incertain.

« Nous risquons de nous retrouver à la rue », conclut Mufeeda qui craint que la seule option qui s'offre à elle ne soit d'accepter une de ces propositions indécentes que lui font constamment ces hommes jordaniens, et avec celle-ci, la promesse de leur argent.
CARE aide les réfugiés installés dans les villes de Jordanie

CARE concentre son action en faveur des réfugiés en milieu urbain, soit 2/3 des réfugiés syriens en Jordanie. CARE les soutient financièrement et organise des distributions de biens non alimentaires.

Fin 2012, CARE Jordanie a également ouvert un centre d'aide aux réfugiés à Amman pour faciliter la distribution de biens et la dissémination d'informations sur les lieux et les moyens d'obtenir de l'aide notamment médicale.Depuis son ouverture, 12 000 réfugiés se sont rendus dans le centre.

CARE soutient également les populations jordaniennes.

En savoir plus sur les actions de CARE en Jordanie

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