19 avril 2013

CARE France célèbre les 10 ans de sa fusion avec SERA : témoignage de Cécile Tissot

Depuis 2003, CARE France vient en aide aux enfants abandonnés de Roumanie grâce à sa fusion avec l'association SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés). A l'occasion de cet anniversaire, Cécile Tissot, responsable des programmes Roumanie, dresse le bilan de notre action.

CARE

Quel est l'objectif de SERA ?

SERA travaille en Roumanie depuis 1990 pour aider les enfants en difficulté et lutter contre le phénomène de l'abandon des enfants.

Le contexte de la création de SERA est très particulier. La Roumanie communiste présentait la spécificité d'être le seul pays où les abandons d'enfants étaient organisés par l'Etat. Afin d'augmenter sa population, les femmes devaient mettre cinq enfantsau monde. L'Etat les prenait en charge si les parents ne pouvaient pas les élever. En 1989, 120 000 enfants étaient ainsi répartis dans 600 centres de placement où les conditions de vie étaient pour la plupart véritablement inhumaines. Beaucoup de Français ont découvert cela à la chute de Ceausescu. Je me rappelle avoir été très choquée par les reportages de l'époque car la plupart de ces centres étaient de véritables mouroirs.

Concrètement, comment aidez-vous les enfants abandonnés ?

Notre action se situe à plusieurs niveaux :

Prévenir les abandons

  • Le nombre d'abandons reste trop important. Près de 1 500 enfants ont encore été abandonnés en 2012 dans les établissements de santé, soit plus qu'en 2011 (1 432 cas recensés). Il est nécessaire d'aider les femmes à prévenir les grossesses non désirées. Les femmes qui vivent dans des zones rurales reculées, par exemple, n'ont pas forcément accès aux services de planning familial. C'est pourquoi, SERA a mis en place des équipes itinérantes. Actuellement, 60% du pays est couvert par ce programme. Nous visons une présence nationale d'ici quelques années.
  • La particularité de la situation en Roumanie est que beaucoup d'enfants qui vivent dans les centres de placement ont en fait une famille. Pour aider ces enfants à retourner dans leur foyer, SERA œuvre à la mise en place de procédures de soutien social pour les familles en difficulté.

Améliorer les conditions de vie des enfants abandonnés

  • Nous contribuons à la fermeture des institutions inadaptées et développons des services alternatifs plus proches de la vie en famille tels que des maisons de type familial qui accueillent 10 à 18 enfants ou le placement dans des familles d'accueil.
  • En attendant de trouver une meilleure solution pour les enfants qui vivent dans des centres de placement, nous œuvrons à l'amélioration de leur quotidien. Nous assurons notamment l'accès à des soins médicaux.

Aider les enfants handicapés

  • Pour améliorer la prise en charge des enfants handicapés, qu'ils soient ou non institutionnalisés, nous avons développé 26 centres thérapeutiques pour enfants handicapés dans le pays. Ils y sont suivis par une équipe de professionnels et profitent d'activités de rééducation.

Nous voulons que l'ensemble de nos actions s'inscrivent dans la durée. Pour cela, nous travaillons en partenariat avec les autorités locales. SERA met en place de nouveaux services qui sont ensuite repris et gérés par les directions départementales.

Quels sont les défis ?

Depuis 1990, d'importants progrès ont été réalisés en faveur de ces enfants, notamment d'un point de vue législatif. Cependant, beaucoup reste à faire. L'empreinte laissée par la politique pro-nataliste est toujours forte. Le changement des mentalités ne s'est toujours pas opéré : environ 10 000 enfants sont abandonnés chaque année. Plusieurs raisons expliquent cette situation dont : un fort niveau de pauvreté (le pays est durement touché par la crise), la faiblesse de l'aide sociale et le phénomène récent d'abandon des enfants par des parents partis travailler à l'étranger.

Les restrictions budgétaires du gouvernement sont de plus en plus importantes, cela affecte forcément la protection de l'enfance. Cela ne nous décourage pas car SERA travaille dans un contexte difficile depuis ses débuts. Il faut noter aussi que, depuis 20 ans, nos relations de travail avec les autorités ont évolué de l'affrontement à une collaboration constructive.

Quel est le bilan de SERA ?

2012 / CARE

Nous avons contribué à fermer 73 centres de placement inadaptés dont 35 des 37 « foyers-hôpitaux » pour enfants handicapés du pays. Depuis sa création, SERA a contribué à améliorer le destin de plus de 40 000 enfants abandonnés.

Pour appuyer nos actions, nous militons pour le changement des lois lorsqu'elles sont inadaptées et l'amélioration des standards et des pratiques. L'expertise de SERA est d'ailleurs aujourd'hui reconnue par les autorités locales. En 2012, nous avons ainsi été désignés par le gouvernement pour réaliser un audit complet du système de protection de l'enfance. Le but est d'évaluer la situation sur le terrain. Les résultats de cette étude nous aideront à identifier les besoins des enfants en détresse et les lacunes des services en place.

  • L'abolition de la loi « scélérate » qui instituait l'abandon
  • L'amélioration du destin de plus de 40 000 enfants abandonnés
  • La fermeture de 73 institutions
  • La création des 17 premières directions départementales pour la Protection de l'Enfant
  • La formation de plus de 200 éducateurs spécialisés et 800 assistantes maternelles
  • La prise en charge de 94 000 femmes bénéficiaires par les équipes itinérantes de planning familial itinérant créées par SERA
  • Le placement de 1 500 enfants chez des assistantes maternelles
  • Plus de 200 réintégrations d'enfants dans leur famille

Pour en savoir plus sur nos actions en Roumanie

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Laury-Anne Bellessa
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