26 avril 2013

Paroles de réfugiés syriens en Jordanie : « En Syrie, on meurt vite. Ici, c'est une mort lente. »

CARE a interrogé 1 900 réfugiés syriens vivant dans les zones urbaines des villes de Mufraq, Irbid, Madaba et Zarqa en Jordanie. Cette enquête a révélé que les réfugiés syriens vivent dans des conditions très précaires.
Face à la flambée du prix des loyers et à l'augmentation des prix du gaz et des biens alimentaires, le taux moyen d'endettement parmi les réfugiés vivant en zone urbaine s'élève à 500 euros, soit près de trois mois de loyer. Les enfants souffrent également de cette situation : 60 % des enfants en âge d'être scolarisés ne reçoivent aucune forme d'éducation.

Découvrez les témoignages recueillis par nos équipes.

« Nous serons bientôt à la rue. »

2013 Jenny Matthews / CARE

Bayan, 44 ans, divorcée est mère de cinq enfants (2 garçons et 3 filles). Elle souffre d'un cancer et sa fille de 5 ans, Eman, d'un problème de foie non diagnostiqué.

« J'ai fui la Syrie quand mon fils a été blessé - il est aujourd'hui dans un hôpital à Zarqa. Cela fait dix jours que je vis dans ce bâtiment. 15 familles syriennes y vivent. Le propriétaire nous a tous demandé de partir à la fin du mois car nous avons des difficultés à payer le loyer. Nous serons bientôt à la rue. Si j'avais su dans quelles conditions nous allions vivre en Jordanie, je ne serais jamais venue. Tout va mal ici. Je suis malade et je ne reçois aucun traitement. Nous pourrions vivre en sécurité ici mais nous sommes constamment inquiets de savoir de quoi demain sera fait. »

« Je suis toute seule ici. Je voudrais rentrer mais je ne peux pas car ma maison a été détruite. »

Hala, 25 ans, vit avec son petit garçon de 3 ans, Ahmed. Son mari est resté en Syrie.

« Je suis arrivée il y a un mois. Une famille irakienne m'a aidée au début puis j'ai déménagé dans cette maison.

Mon petit garçon souffre d'épilepsie. Il représente tout pour moi. Il est tout ce que j'ai car mon mari est resté en Syrie. Quand nous avons fui, j'ai pris ses médicaments avant tout le reste - c'est notre bien le plus précieux.Il doit prendre un cachet tous les jours et il ne m'en reste plus qu'une boîte. Les médicaments sont très chers.

Mon mari m'avait donné de l'argent mais je l'ai dépensé plus vite prévu. Tout est très cher ici alors j'ai du vendre tous mes bijoux. J'ai préféré vendre mon alliance que de mendier pour obtenir de l'aide.

Je voudrais travailler. J'ai tenté de trouver un emploi mais je ne peux pas travailler avec mon enfant. A qui pourrais-je le confier ?

Ma situation est difficile mais je sais qu'elle est encore pire pour mon mari resté en Syrie. Il se sent coupable de me laisser seule. Je lui parle environ tous les 5 jours mais je suis constamment inquiète à l'idée de recevoir un appel m'annonçant qu'il a été tué.

Deux de mes cousins ont été tués hier en Syrie. C'est ce qui m'a poussé à fuir. J'étais constamment effrayée par les bombardements incessants.

Je suis toute seule ici. Je voudrais rentrer mais je ne peux pas car ma maison a été détruite. Je n'ai nulle part où aller. »

« En Syrie, on meurt vite. En Jordanie, c'est une mort lente. »

Darwish, 34 ans, vit avec sa femme Samah, 24 ans et leurs 4 enfants (dont un nourrisson âgé d'un mois) :

« En Syrie, on meurt vite. En Jordanie, c'est une mort lente. Sans la grossesse de ma femme, nous ne serions jamais partis. »

Samah, 24 ans :

« Sans le bébé, nous ne serions pas venus ici. Je n'ai vu aucun médecin au cours des 9 mois de ma grossesse. Aujourd'hui, nous ne possédons rien. Je n'ai même pas de lait pour le bébé. Je dois lui donner du lait avec du sucre. Je ne sais pas comment nous allons faire pour payer le loyer. »

Saba, 7 ans :

« Je voudrais aller à l'école, apprendre à lire et à compter. »

CARE en Jordanie

A ce jour, CARE a fourni une aide humanitaire d'urgence à 30 000 réfugiés en milieu urbain leur permettant d'acheter de la nourriture ou de payer leur loyer.

L'ouverture d'un centre d'aide à Amman, fin 2012, permet de faciliter la distribution de biens et la dissémination d'informations sur les lieux et les moyens d'obtenir de l'aide notamment médicale.

CARE soutient également les communautés jordaniennes.

Découvrez la suite des témoignages receuillis par nos équipes