02 mai 2013

Les réfugiés syriens en Jordanie : « Je n'aurais jamais pensé avoir à mendier pour obtenir de l'aide »

CARE a interrogé 1 900 réfugiés syriens vivant dans les zones urbaines des villes de Mufraq, Irbid, Madaba et Zarqa en Jordanie. Cette enquête a révélé que les réfugiés syriens vivent dans des conditions très précaires.

Face à la flambée du prix des loyers et à l'augmentation des prix du gaz et des biens alimentaires, le taux moyen d'endettement parmi les réfugiés vivant en zone urbaine s'élève à 500 euros, soit près de trois mois de loyer. Les enfants souffrent également de cette situation : 60 % des enfants en âge d'être scolarisés ne reçoivent aucune forme d'éducation.

Découvrez les témoignages recueillis par nos équipes.

« Je n'aurais jamais pensé avoir à mendier pour obtenir de l'aide. »

2013 Jenny Matthews / CARE

Mahmoud et sa femme Yousra, 36 ans vivent avec leur fille de 4 mois et demi dans une salle de classe d'une ancienne école.

« 17 familles occupent les salles de classe et nous nous partageons les toilettes. Dans 15 jours, nous serons à la rue. Un Sheikh jordanien a loué cette école désaffectée et nous a laissé l'occuper gratuitement. Une autre personne a obtenu un permis de construire. Nous devons donc partir.

Il nous a fallu 9 jours pour arriver en Jordanie en évitant tous les postes de contrôle. Nous avons même dû traverser des égouts. Nous avons voyagé uniquement de nuit entre minuit et 3 heures du matin. Nous ne pouvions même pas emporter une bouteille d'eau. Tout ce que nous avons apporté avec nous, c'est notre misère.

Notre fils a été tué. Une balle a traversé la fenêtre de notre cuisine. Nous n'avons même pas de photo de lui. On m'a également tiré dessus à Homs et la balle n'a pas été retirée. J'ai du mal à marcher, ce qui rend toute activité difficile à accomplir.

Avec ce qui est arrivé à notre fils, nous sommes très inquiets pour notre bébé. Elle est tout ce qu'il nous reste. Elle est tombée malade mais à l'hôpital ils nous ont demandé 100 JD (110€) pour la soigner. Nous ne les avions pas alors j'ai dû mendier devant la mosquée jusqu'à ce que quelqu'un me vienne en aide. Nous avons payé mais les médecins n'ont pas pu la soigner. Ils ont essayé plusieurs traitements qui n'ont pas marché. On nous a dit qu'elle souffrait de bronchite chronique. C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas vivre dans un camp de réfugié. La poussière serait mauvaise pour elle et j'ai peur qu'elle en meure.

Je n'aurais jamais pensé avoir à mendier pour obtenir de l'aide. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Qui sait ce qu'il peut arriver dans les prochains jours ? »

« Nous sommes pris au milieu des affrontements. On voudrait rentrer mais c'est impossible. »

Yasmina, 37 ans, ses 6 filles et ses 2 fils. Son mari est resté en Syrie.

« J'ai vécu dans la peur pendant deux ans. J'avais peur pour mes filles. Notre maison a été bombardée et 6 membres de notre famille ont été tués. Nous avons alors fui pour chercher un abri. Les troupes militaires nous ont trouvé et ont emmené tous les hommes et les garçons. Mon fils et mon mari ont été blessés. Maintenant, mon fils n'entend plus d'une oreille. Nous avons fui aussitôt après mais mon mari est resté en Syrie. Il manque beaucoup aux enfants.

Nous sommes restés 24 jours au camp de réfugiés de Zaatari mais mes parents vivent ici à Amman. En ville, nous sommes plus près d'eux mais notre quotidien reste très dur car nous n'avons pas de quoi payer le loyer. Le propriétaire a été compréhensif et a accepté que je paie plus tard. Je lui dois déjà deux mois de loyer.

Nous n'y sommes pour rien dans toute cette histoire. Nous sommes pris au milieu des affrontements. J'espère que tout cela va cesser et que nous pourrons rentrer chez nous. Pour l'instant, c'est impossible.»

« J'ai peur de mourir ici avant de pouvoir rentrer chez moi. »

2013 Jenny Matthews / CARE

Muna, 65 ans, veuve

« Je suis arrivée en Jordanie il y a 6 semaines. Je viens de Homs. J'ai du vendre mon alliance pour payer le transport jusqu'à la frontière mais j'ai été arrêtée et reconduite. Je n'avais plus d'argent, mon fils a alors emprunté de l'argent pour que je puisse tenter une nouvelle fois de partir. Cette fois-ci, j'ai pu franchir la frontière.

Je suis partie car mon frère et deux de mes neveux ont été tués. Je me sentais en danger. Je n'ai pris que quelques vêtements. Que prendre de plus ? Je suis vieille et diabétique. Je souffre d'hypertension. Mon mari est mort il y a 10 ans. J'ai peur de mourir ici avant de pouvoir rentrer chez moi.

Le loyer s'élève à 60 JD (65 €) par mois. Je n'ai pas de quoi le payer et le propriétaire menace de m'expulser à la fin du mois. Je n'ai qu'une chambre et un WC. Je ne peux même pas faire de thé. Je ne vois aucune lueur d'espoir. »

CARE en Jordanie

A ce jour, CARE a fourni une aide humanitaire d'urgence à 30 000 réfugiés en milieu urbain leur permettant d'acheter de la nourriture ou de payer leur loyer.

L'ouverture d'un centre d'aide à Amman, fin 2012, permet de faciliter la distribution de biens et la dissémination d'informations sur les lieux et les moyens d'obtenir de l'aide notamment médicale.

CARE soutient également les communautés jordaniennes.

Découvrez la suite des témoignages receuillis par nos équipes