14 mai 2013

Jordanie : de nouveaux témoignages des réfugiés syriens

CARE a interrogé 1 900 réfugiés syriens vivant dans les zones urbaines des villes de Mufraq, Irbid, Madaba et Zarqa en Jordanie. Cette enquête a révélé que les réfugiés syriens vivent dans des conditions très précaires.

Face à la flambée du prix des loyers et à l'augmentation des prix du gaz et des biens alimentaires, le taux moyen d'endettement parmi les réfugiés vivant en zone urbaine s'élève à 500 euros, soit près de trois mois de loyer. Les enfants souffrent également de cette situation : 60 % des enfants en âge d'être scolarisés ne reçoivent aucune forme d'éducation.

Découvrez les témoignages recueillis par nos équipes.

« Nous menons deux guerres : une en Syrie et une ici, une guerre pour survivre. »

Sara, 32 ans, enceinte de 6 mois :

« Nous avons de la chance que la Jordanie nous accueille mais la vie est chère ici. J'ai le sentiment qu'il faudrait mieux rentrer en Syrie. Nous menons deux guerres : une en Syrie et une ici, une guerre pour survivre. Mes enfants ne vont pas à l'école car je ne peux pas payer le transport, les livres et les stylos.

Mon bébé doit naître dans 3 mois. Cela m'inquiète car tous mes enfants sont nés par césarienne. J'aurais besoin de soins spécialisés qui sont trop chers ici.

En Syrie, mon mari transportait des blessés à l'hôpital quand il a été attrapé et torturé. Pendant un mois et demi je n'ai eu aucune nouvelle de lui. Aujourd'hui, il ne peut pas travailler. Nos voisins nous ont donné des couvertures et nous recevons un peu de nourriture d'une organisation locale. »

« Les enfants paniquent aujourd'hui dès qu'ils entendent un avion. Cela leur rappelle ce qui s'est passé en Syrie. »

2013 Jenny Matthews / CARE

Malek, 55ans, chef de famille nombreuse. Il vit avec 18 personnes dans une chambre, sans cuisine, sans réfrigérateur, sans gazinière et sans douche - juste des toilettes.

« Nous avons d'abord fui temporairement notre maison en Syrie. Quand nous sommes rentrés, tout avait été volé. La maison avait été détruite. Les enfants paniquent aujourd'hui dès qu'ils entendent un avion. Cela leur rappelle ce qui s'est passé en Syrie. »

Omar (le fils de Malek) : « Avant notre départ, j'ai un ami qui a été blessé et qui a perdu son bras. Il a saigné pendant deux jours avant de mourir car nous ne pouvions pas l'amener à l'hôpital. Je n'arrive pas à chasser cette image de ma tête. Les gens me croient plus âgé en raison de ma barbe grisonnante. J'ai vieilli d'un coup à cause de tout ce que j'ai vu. »

Hassan, 15 ans : « L'école me manque. J'aimais les cours d'arabe et d'éducation physique. Le football est mon sport préféré. Je soutiens le Real Madrid mais mon frère est pour Manchester United. Je me souviens de ma maison mais ce n'est plus qu'un souvenir. La Syrie telle qu'elle était avant la guerre n'est plus qu'un souvenir. »

« Nous n'avons rien à faire et nulle part où aller. »

Alia, 45 ans, et son mari Ali, 50 ans vivent avec leurs deux filles.

Alia : « Nous sommes venus en Jordanie pour faire soigner notre fille. Elle souffre d'un trouble du système nerveux. On ne pouvait pas la soigner en Syrie. Nous avons du attendre 24 heures à la frontière avant de pouvoir entrer dans le pays. Nous n'avons pu ramener que quelques sacs de vêtements. Nous passons nos journées assis là à attendre. Nous n'avons rien à faire et nulle part où aller. »

Ali : « Je n'arrive pas à trouver de travail à cause de mon âge. Nous n'avons aucune source de revenu. Du pain, c'est tout ce que nous mangeons actuellement. Nous dépensons 0,25 JD (soit moins de 30 centimes d'euros) par jour pour le pain. Nous n'avons pas assez pour des légumes ou de la viande. En plus, nous n'avons aucun moyen de cuisiner. Le pain est vraiment notre seule option. Tout nous manque ici. »

« Ma fille de 3 ans joue avec une bouteille en plastique qu'elle habille comme une poupée. »

2013 CARE / Jenny Matthews

Israa, enceinte de 9 mois, vit avec 13 personnes dans deux chambres :

« Je peux accoucher d'un instant à l'autre mais je ne sais pas où aller pour trouver de l'aide le moment venu. J'ai déjà 5 enfants. La plus jeune a 3 ans. Nous n'avons pu emporter aucun de ses jouets. Aujourd'hui, elle s'amuse avec une bouteille en plastique qu'elle habille comme une poupée. »

CARE en Jordanie

A ce jour, CARE a fourni une aide humanitaire d'urgence à 30 000 réfugiés en milieu urbain leur permettant d'acheter de la nourriture ou de payer leur loyer.

L'ouverture d'un centre d'aide à Amman, fin 2012, permet de faciliter la distribution de biens et la dissémination d'informations sur les lieux et les moyens d'obtenir de l'aide notamment médicale.

CARE soutient également les communautés jordaniennes.

Découvrez d'autres témoignages recceuillis lors de cette enquête

CONTACT MEDIAS

Laury-Anne Bellessa
01 53 19 89 92

Pour télécharger le communiqué de presse sur l'enquête menée par CARE 
Pour télécharger la synthèse en anglais de cette enquête