19 juin 2013

Jordanie : les réfugiés syriens constamment sur la route à la recherche d'un toit.

Découvrez le témoignage de Mahmoud, 50 ans, réfugié syrien en Jordanie.

La traversée de la frontière en ambulance

La plupart des réfugiés syriens qui fuient leur pays dévasté traversent les frontières en bus, en voiture ou à pied. Mahmoud, pour sa part, l'a fait en ambulance. Nos équipes l'ont rencontré pour la première fois au centre pour les réfugiés géré par CARE à Amman, en Jordanie. A ses gestes posés et son regard tour à tour troublé ou contemplatif, on devine l'attitude de quelqu'un qui a traversé beaucoup d'épreuves.

Fin 2012, une bombe a explosé à proximité de sa maison à Daara (en Syrie, près de la frontière jordanienne). Sa maison a été partiellement détruite. Mahmoud a perdu deux doigts à la main gauche, sa femme a perdu l'usage de son œil droit et son fils aîné âgé d'une trentaine d'années a été blessé à l'épaule droite.

« Mais nous remercions le ciel que nos plus jeunes enfants n'aient pas été blessés » ajoute-t-il.

Trois semaines plus tard, Mahmoud, sa femme, leurs six enfants, sa belle-fille et deux de ses petits-enfants arrivaient au camp de Za'atari, en Jordanie.

Mais Mahmoud, 50 ans, avait le mal du pays et s'inquiétait du sort du reste de sa famille. Aussi dix jours plus tard, il est rentré seul, laissant sa famille à Za'atari.

« J'étais effrayé. Mais j'étais prêt à mourir pour rentrer chez moi, c'est mon destin » affirme-t-il calmement.

« Il était 9h du matin, j'étais attablé avec des proches et des voisins. Nous parlions de ce qui se passait, de ce qui pourrait arriver par la suite » se souvient-il.

Il se rappelle avoir entendu une nouvelle explosion puis de s'être réveillé dans une ambulance, gravement blessé au genou droit. Avec lui dans l'ambulance, 13 autres Syriens également blessés étaient transportés en Jordanie.

Il a retrouvé sa famille à Za'atari, et une fois remis de ses blessures, tous sont partis pour Irbid. Cette ville située dans le nord du pays près de la frontière syrienne accueille un nombre sans cesse croissant de réfugiés. Pourquoi ont-ils quitté Za'atari ?

« Il faisait trop chaud et le camp était trop sale. Ma femme souffre d'asthme et nous vivions dans la périphérie du camp, isolés de tout. Les conditions de vie étaient trop difficiles. »

La recherche d'un toit avec un loyer abordable

2013 / CARE

Leur périple en tant que réfugiés urbains est marqué par la recherche constante d'un endroit abordable où s'installer. Mais la ville d'Irbid ne s'est finalement pas avérée être une solution, ils ne pouvaient simplement pas payer un loyer de 300 $ par mois.

Certains réfugiés leur ont affirmé que les loyers à Amman, ou du moins dans certaines zones de la ville, étaient moins chers. Ils se sont donc retrouvés de nouveau sur la route. Ils ont vécu un mois à Marka Al-Janubyah, un quartier pauvre d'Amman abritant près de 70 000 réfugiés.

Ils ont déniché un appartement de trois chambres. Il ressemble aux autres appartements occupés par des réfugiés syriens en Jordanie et au Liban : il est pratiquement vide, des matelas sont rangés le long des murs, des valises restent ouvertes dans les coins, des couvertures que la famille a reçues à Za'atari sont empilées dans une des chambres.

Deux défis : trouver un emploi et nourrir 11 personnes

Même si le loyer est moins élevé qu'à Irbid, la famille lutte chaque jour pour survivre. Les deux fils passent leurs journées à chercher du travail.

« Nous ne trouvons rien. Un jour, on nous a proposé un emploi, mais c'était bien trop loin et le salaire ne couvrait même pas le transport... Ils nous disent que sans permis de travail, ils ne peuvent pas nous embaucher. Ils ont peur de devoir payer une amende », explique Muhamed, 25 ans, qui possède une licence de littérature.

Il rêvait de poursuivre ses études mais le conflit en Syrie a brisé ses espoirs.

2013 / CARE
Le quartier pauvre où vit Mahmoud accueille 70 000 réfugiés syriens.

Outre son genou et sa main blessée, Mahmoud n'a plus qu'un rein et souffre de diabète chronique, mais il a tout de même cherché du travail. Le propriétaire du commerce dans lequel il s'est rendu a observé attentivement le visage de Mahmoud, marqué par le temps, et lui a répondu doucement : « mon oncle, je ne pourrais pas supporter de te voir travailler, cela me mettrait mal à l'aise ».

Tandis que les hommes cherchent du travail, la femme de Mahmoud, Arabia, et sa belle-fille tentent de nourrir la famille. Elles cuisinent une fois par jour pour leur unique repas, souvent le même pendant des jours en fonction des aliments les moins chers.

« Cela fait des mois que nous n'avons pas mangé de poisson ou de viande. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Même un melon... tout est trop cher », explique Arabia en nous montrant sa cuisine et une casserole, la seule chose qu'elle ait ramené avec elle.

Le souvenir de la Syrie

« Ma maison, ma cuisine et la proximité des gens me manquent » soupire-t-elle. « Ici, je ne connais même pas mes voisins de palier ».

On peut à peine imaginer les bouleversements qu'ils ont endurés et tout ce qu'ils ont perdu.

« Nous possédions une oliveraie et tout ce dont nous avions besoin. Aujourd'hui, le propriétaire frappe à la porte pour me réclamer le loyer en retard... j'ai honte... quand je pense à nos vies en Syrie avant tout cela... ces temps heureux où nous vivions en paix me manquent tellement... », raconte Mahmoud.
Note

Mahmoud est l'un des 110 000 réfugiés syriens qui ont reçu de l'aide grâce au centre géré par CARE à Amman. L'aide financière qu'il a reçu lui a permis de subvenir aux besoins basiques de sa famille. CARE étend ses capacités de réponse en Jordanie, en aménageant quatre autres centres pour les réfugiés. CARE joue également un rôle majeur dans la prochaine ouverture du nouveau camp de réfugiés à Azraq.

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