25 juin 2013

CARE France fête ses 30 ans : témoignage de Philippe Lévêque, directeur de CARE France

Cela fait 30 ans que CARE France lutte contre la pauvreté en défendant le respect des droits élémentaires des populations vulnérables : santé, sécurité alimentaire, éducation, accès à l'eau, développement économique, préparation aux risques de catastrophes naturelles.

Pour vous permettre de découvrir qui se cache derrière CARE France, nous vous proposons de découvrir chaque mois le témoignage d'un des membres de notre équipe.

Quelle a été votre première impression du réseau CARE ?

Je travaille en ONG depuis près de 20 ans. Je connaissais donc CARE qui bénéficie d'une solide réputation dans le milieu humanitaire.

En 1994, je me suis rendu au Rwanda, juste après le début du génocide, où j'ai été impressionné par les capacités logistiques de CARE en cas de crises. Je me souviens notamment d'un camp qui accueillait près de 100 000 personnes et des tentes marquées du logo CARE.
Fondé en 1946, le réseau CARE faisait déjà partie des grands acteurs humanitaires internationaux dont les programmes ont un impact concret et durable sur les populations vulnérables.

En 2000, j'ai rejoint CARE France en tant que directeur général. J'assure la bonne marche de CARE France et garantis la coordination avec les 14 autres associations nationales qui forment le réseau international CARE.

Quelle a été l'évolution de CARE France depuis votre arrivée en 2000 ?

Quand je suis arrivé, CARE France comptait 6 personnes. Nous avons gardé notre taille humaine et l'ambiance conviviale qui va de pair avec une petite équipe de 30 salariés mais notre budget a considérablement augmenté, passant de 2 à 20 millions d'euros par an. Ces chiffres reflètent le renforcement de notre capacité d'action.

Je retiens plusieurs étapes dans cette évolution :

  • La fusion en 2003 avec l'association SERA constitue une étape importante. La découverte du contexte dans lequel SERA menait ses programmes en Roumanie a été un véritable choc. Je ne pouvais pas imaginer l'horreur des conditions dans lesquelles vivaient les enfants abandonnés en Roumanie. La situation a beaucoup évolué depuis. Il reste beaucoup à faire mais le partenariat entre SERA et les autorités roumaines fonctionne bien.
  • Comme l'ensemble des 14 membres du réseau, CARE France apporte compétences techniques, financements et relais en termes de communication aux projets de terrain. Nous avons accru notre implication dans le réseau en assumant la supervision directe et globale des opérations et de la stratégie des bureaux CARE au Maroc, au Cameroun et au Liban.
  • CARE France est désormais responsable de 90 salariés en France et dans le monde. C'est une grande fierté dans le contexte économique actuel de créer des emplois, de nous appuyer sur des équipes locales et de valoriser les compétences des communautés avec lesquelles où nous travaillons.

Y-a-t-il un programme ou un évènement qui vous a particulièrement marqué ?

En 2004, nous avons effectué une mission d'évaluation à l'est du Tchad qui m'a vraiment marqué. C'était le début du conflit au Darfour. Les gens que nous voyions franchir la frontière avaient marché pendant des jours pour fuir les combats et les menaces de viols et de tortures. Je me souviens avoir vu des personnes s'effondrer d'épuisement, le bétail qui avait survécu au voyage se laissait mourir, trop faible après le manque prolongé d'eau et de nourriture. Tous les jours, des carcasses de bétails étaient brulées. C'était apocalyptique. Aujourd'hui encore, nous sommes présents dans cette région où nous avons participé à la mise en place des premiers camps.

Pour évoquer des moments plus positifs, j'éprouve toujours beaucoup de joie lorsque je vais à la rencontre de l'une de nos 130 associations villageoises d'épargne et de crédit (AVEC).

2011 / CARE Melanie Brooks

Ce sont les femmes qui sont les premières bénéficiaires de ces programmes. Celles qui n'avaient pas accès aux services bancaires ont ainsi la possibilité d'épargner et d'emprunter pour consolider leurs activités économiques ou envoyer leurs enfants à l'école. Leurs conditions de vie et celles de leur famille en sont améliorées. CARE contribue ainsi à l'émancipation et l'autonomisation des femmes dans les pays en voie de développement.

Quels sont les atouts de CARE France ?

Avant tout, la confiance accordée par nos donateurs qui assure notre stabilité financière. La stabilité de CARE dépend d'abord de la générosité des particuliers. 80 000 citoyens français s'engagent à nos côtés.

Ce soutien nous offre également la possibilité de soutenir un grand nombre d'actions qui ne sont pas ou peu financées par les pouvoirs publics et d'accroître notre réactivité pour répondre aux urgences.

La fidélité de nos donateurs et partenaires (privés et publics) est la preuve de l'efficacité de nos actions et de notre approche globale. 80% de nos ressources vont sur le terrain.

Quels sont les projets de CARE France dans les années à venir ?

Nous souhaitons mettre l'accent sur des programmes créateurs de sources de revenus.

Notre objectif est de renforcer les compétences économiques et financières des personnes les plus défavorisées afin qu'elles soient en mesure de trouver un emploi ou de créer leur activité et de se réintégrer socialement.

Nous avons vu les impacts directs de nos programmes d'AVEC. Leur multiplication et leur mise en réseau sous forme de coopératives permettent aux populations les plus pauvres d'accéder à des services financiers et de consolider leurs activités.

Le modèle de social business est également intéressant. Pour preuve, le programme initié en 2004 au Bangladesh visant à former des femmes au métier de vendeuse en porte-à-porte qui, l'année dernière, est devenu une entreprise sociale grâce au soutien d'entreprises locales (Grameen Phone, Square, etc.) et multinationales (Bic, Danone, Unilever, etc.). La création de ce réseau de distribution permet aujourd'hui aux populations vulnérables vivant en zones rurales au Bangladesh d'accéder à des produits de grande consommation (chaussures, rasoirs).

2012 / CARE

Nous cherchons également à développer les programmes alliant recherche scientifique et actions de terrains.

Le premier succès de ce modèle est le projet Where the Rain Falls mené en partenariat avec l'Université des Nations Unies et rendu possible grâce au soutien d'AXA. Nous avons identifié des moyens d'adaptation au changement climatique et aidons les communautés vulnérables à les mettre en place.

Enfin, nous voulons évoluer vers la mise en place de programmes avec toujours davantage de valeur-ajoutée.

Nos équipes seront toujours présentes dans les urgences - car il y en aura de plus en plus -mais en ce qui concerne nos missions de développement et leurs aspects les plus basiques tels que la construction de puits ou d'écoles, nous nous appuierons de plus en plus sur nos partenaires locaux. Cela est cohérent avec la philosophie de CARE de soutenir le tissu associatif et entrepreneuriat local.

En parallèle, les équipes de CARE développeront des expertises plus sociales afin de favoriser le respect des droits élémentaires de chacun et l'émancipation des femmes. Cela passera notamment par une implication durable des communautés au processus local de décisions. Au Maroc, par exemple, CARE soutient l'instauration d'un dialogue entre les communautés et les pouvoirs publics et la création de mécanismes de redevabilité sociale. Nous avons la conviction que cette approche participative est tout à fait essentielle pour promouvoir un développement social démocratique et équitable.