15 juillet 2013

Réfugiés syriens : la société libanaise doit être soutenue par la communauté internationale

Philippe Lévêque, directeur général de CARE France revient du Liban, premier pays d'accueil pour les Syriens qui fuient les violences. Au cours des évaluations menées par CARE, Philippe Lévêque a rencontré de nombreux réfugiés qui lui ont décrit leurs conditions de vie, leurs difficultés et leurs espoirs.

70 % des réfugiés syriens vivent en ville

Quand on parle de camps de réfugiés, on imagine des villages de tentes, mais Sabra et Chatila, deux camps palestiniens datant de 1948, ressemblent plus à un labyrinthe fait de ruelles étroites. Les eaux usées s'écoulent dans les rues. On voit à peine la lumière du jour tellement les bâtiments sont hauts, montés de manière anarchique, étage de parpaings après étage, et s'écroulant parfois. La densité humaine est gigantesque. Aujourd'hui, ces quartiers sont peuplés de Palestiniens dont une grande partie sont arrivés récemment de Syrie et de Libanais très pauvres.

Avant 1982, il y avait ici un grand hôpital, l'hôpital Gaza. Abandonné après les bombardements qui l'ont endommagé, il est depuis squatté par une population très démunie. Dans l'ancienne buanderie de l'hôpital, des cloisons fines séparent deux pièces où vivent trois familles soit une vingtaine de personnes. Ils sont Palestiniens, refugiés en Syrie en 1948. Ils connaissent leur deuxième exil, cette fois au Liban. Ils ont un peu peur de ces étrangers qui pénètrent dans leur tout petit univers où tout est impeccablement propre. Les enfants se serrent autour de la grand-mère et de la jeune mère, le grand père a l'air épuisé. Il est malade et n'a pas de quoi se payer des soins. Le chef de famille a une trentaine d'années. Il est trop maigre et a la jambe entourée de pansements. Il est le seul à nous parler. La famille est là depuis décembre 2012. Il a tout de suite trouvé un travail de menuisier mais une machine lui a sévèrement ouvert la jambe. Il a pu être soigné grâce à une association palestinienne. Ils doivent payer 400 dollars par mois pour occuper ces deux pièces minuscules. La cuisine et les toilettes sont partagées.

Des pressions économiques, sociales et politiques supplémentaires pour le Liban

La famille reçoit un peu d'argent de l'UNRWA, l'agence des Nations unies qui prend en charge les réfugiés palestiniens. Ils reçoivent également des bons de nourriture de notre partenaire, l'association PARD : 37 dollars par famille par mois. Ces bons peuvent s'échanger dans les supermarchés agrées contre des biens essentiels à un prix négocié à l'avance. C'est un système qui respecte la liberté de choix et donc la dignité des bénéficiaires et soutient le commerce local sans créer d'inflation. Ces approches sont essentielles pour limiter les tensions entre les communautés. Mais bien sûr, il existe un « marché noir » des coupons.

L'arrivée massive de 545 000 réfugiés (on en prévoit un million d'ici la fi n 2013) perturbe lourdement la vie économique, sociale et politique d'un Liban déjà fragile.

Les réfugiés mettent à mal les capacités de production d'électricité ou d'eau potable du pays, les écoles sont surchargées. Des boutiques licencient leurs vendeuses libanaises pour engager des Syriennes payées moins cher. Les Syriens acceptent des salaires de plus en plus bas, les réfugiés étant désespérés pour faire vivre leur famille. Un journalier syrien était payé hier 20 000 livres par jour (10 euros), aujourd'hui les nouveaux venus se contentent de 10 000 livres. Ces salaires leur permettent pourtant à peine de survivre dans les villes où les loyers explosent du fait de la forte augmentation des demandes.

De nombreux Libanais pensent que les Syriens sont des voisins et frères qui ont construit le Liban - les Syriens forment une bonne parti e des ouvriers du bâti ment -, qu'il faut donc les accueillir. D'autres craignent que la situation sociale, économique et politique du Liban ne s'aggrave du fait des répercussions de la crise syrienne et de l'arrivée massive des réfugiés dans leur pays.

L'aide internationale est insuffisante

Il faut saluer le gouvernement libanais pour sa décision de garder les frontières ouvertes et de faciliter le travail des agences onusiennes et des ONG. Et il faut rendre hommage au peuple libanais pour sa générosité. Mais cela ne pourra pas durer. L'aide internationale est bien trop faible par rapport aux besoins. La France en particulier n'a pas dégagé de soutiens financiers supplémentaires à la hauteur de ce qu'ont fait les Britanniques et les Allemands. Il faudrait un accord politique en Syrie le plus rapidement possible mais les dernières discussions internationales ne laissent présager rien de tel. 

Combien de temps accepterions-nous en France 15 millions de réfugiés belges ou espagnols sans explosion sociale ? C'est pour cela que CARE développe des programmes qui visent à aider non seulement les réfugiés syriens, palestiniens ou irakiens, mais aussi les Libanais qui vivaient en Syrie et rentrent au pays dans les mêmes conditions que les réfugiés et les communautés hôtes libanaises, souvent guère plus riches que les réfugiés.

A la mesure de nos moyens, nous voulons prévenir les tensions entre les communautés et préserver la coexistence pacifique entre elles. Nous concentrons notre action dans la région de Beyrouth et du Mont Liban (40 km au nord et au sud de la capitale) et sur la région nord de Tripoli.

Pour l'heure, nous continuons notre chemin dans le labyrinthe de Chatila. On nous avait mis en garde contre l'insécurité dans le camp. Pourtant, nous ne ressentons aucune pression, aucun regard désagréable. Les gens sont souriants, demandent d'où nous venons. Grâce au soutien des donateurs privés français et canadiens, CARE et son partenaire PARD vont réparer des branchements d'eau et des installations électriques. J'espère que ces actions permettront d'attirer le soutien de grands bailleurs institutionnels.

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Laury-Anne Bellessa
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