16 juillet 2013

Liban : informer les réfugiés syriens sur leurs droits, un enjeu essentiel

Philippe Lévêque, directeur général de CARE France revient du Liban, premier pays d'accueil pour les Syriens qui fuient les violences. Au cours des évaluations menées par CARE, Philippe Lévêque a rencontré de nombreux réfugiés qui lui ont décrit leurs conditions de vie, leurs difficultés et leurs espoirs.

Le système de santé libanais est trop cher pour les réfugiés syriens

Une très jeune fille est étendue sur un canapé et souffre visiblement. Elle serre les lèvres et des larmes coulent sur ses joues. Elle est diabétique et souffre d'infections urinaires à répétition depuis 4 mois. D'origine palestinienne, elle a fui la Syrie il y a un an. Elle et sa famille sont accueillies depuis un an dans le 2 pièces de leur cousine dans le labyrinthe surpeuplé du camp de Chatila. La cousine nous explique que son mari est boucher. C'est un bon travail qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs cousins syriens, mais pas de payer les soins médicaux nécessaires. Je me demande si j'aurais la générosité d'accueillir chez moi des cousins sans argent pendant un an...

Ils ne savent plus quoi faire pour la jeune fille malade. Ils craignent qu'elle ne meure si elle n'est pas soignée. Pour qu'elle ait accès à des soins, il faudrait rentrer à Damas mais ils ont peur. La jeune fille malade est enregistrée depuis 3 mois par le UNHCR mais son cas n'est pas couvert, leur a-t-on dit. Ils sont allés dans un hôpital et ont dû payer 1,6 millions de livres libanaises (800 euros) pour les consultations, les médicaments et l'hospitalisation. Ils ont dû s'endetter de 700 000 livres sur ce montant. Mais les infections urinaires sont revenues et aujourd'hui ils ne peuvent plus faire face.

Il faut créer des centres d'information pour les réfugiés

En fait, ils auraient pu être pris en charge dans un autre hôpital, contractualisé par le HCR. Ils n'y auraient payé que 25% des coûts réels. Le problème c'est qu'ils n'avaient pas conscience des droits dont bénéficiaient les réfugiés. Une bonne information aurait permis une meilleure prise en charge médicale et éviter ces dépenses et l'endettement.

Dans d'autres crises, les réfugiés sont accueillis dans des camps de tentes organisés par le HCR où tout est fourni sur place. Mais au Liban et dans les autres pays qui accueillent les réfugiés syriens, 70% des réfugiés vivent dans les villes. Ils sont dispersés dans de multiples lieux, sans repères, et craignant les institutions officielles. C'est à nous ONG, d'aller vers eux car ils ne savent pas, ne peuvent pas ou ne veulent pas aller vers nos partenaires du HCR.

Pour répondre à cet enjeu, CARE va mettre en place de centres d'accueil et d'orientation au Liban. De taille humaine et situés près des lieux de regroupement des réfugiés, ces centres se veulent moins intimidants que ceux du HCR. Ils seront tenus par des volontaires syriens rémunérés et formés.

Ces centres distribueront une première aide d'urgence et permettront un premier accueil et une orientation des réfugiés avec identification des personnes les plus vulnérables : personnes âgées, handicapées, femmes seules ou chefs de famille. CARE a déjà testé l'efficacité de ce modèle en Jordanie pour l'accueil des réfugiés irakiens puis des réfugiés syriens.

Mais il y a urgence pour la jeune femme malade : nos collègues de CARE Liban s'occupent du cas de notre jeune diabétique et trouvent rapidement un médecin libanais qui accepte de la recevoir et de fournir les médicaments. Heureusement, la solidarité joue....

contact médias

Laury-Anne Bellessa
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