17 juillet 2013

Liban : une grande partie des réfugiés vivent dans des campements informels

Au cours des évaluations menées par CARE, Philippe Lévêque a rencontré de nombreux réfugiés qui lui ont décrit leurs conditions de vie, leurs difficultés et leurs espoirs.

1 400 campements informels au Liban

Abel et Ahmed sont syriens et vivent à Baabda, au sud-est de Beyrouth. Depuis plusieurs mois, une ravine entre deux collines escarpées est devenue leur village. Depuis la rue, impossible de deviner le camp de réfugiés. Quelques indices classiques de présence humaine pourtant : un camion d'eau, des détritus, une grande citerne que la municipalité de Baabda remplit deux fois par semaine.

2013 / CARE

Des bâches et des tôles ondulées abritent 25 familles. Du linge sèche sur des cordes le long de la sente. De nombreux petits arbres apportent une ombre indispensable. Je suis frappé par la promiscuité mais il est vrai qu'en plein environnement urbain, il n'y a guère de place pour s'installer.

Au Liban, il y a aujourd'hui plus de 1 400 campements informels de ce type, et cela augmente constamment. 6 000 personnes s'inscrivent tous les jours auprès du HCR. Un peu plus loin, un autre campement abriterait 30 autres familles.

Abel, Ahmed et leur ami Haidar gagnent 20 000 livres libanaises par jour, soit 10 euros. Ils sont des ouvriers du bâtiment. Ils travaillent au Liban depuis plusieurs années, avant le début du confit en Syrie -et ont été rejoints petit à petit par leurs familles. Certaines sont là depuis un an, les dernières sont arrivées il y a 6 mois. Ils ont tous des parents restés là bas...

Ils estiment qu'ils sont plutôt bien lotis par rapport à d'autres réfugiés : ils travaillent tous les jours sur des chantiers de construction commandés par la municipalité. 20 ans après la fin de la guerre civile, le Liban est un immense chantier où les multiples blessures de la guerre civile sont très loin d'avoir été toutes effacées. Il faut des bras sur les chantiers et les Syriens ont toujours constitué une bonne partie cette main d'œuvre.

« Nous voulons juste que la guerre se termine pour pouvoir rentrer en Syrie »

Les hommes que nous rencontrons sont méfiants au début, puis se livrent petit à petit. Beaucoup de pudeur cependant, ils ne diront rien de ce qu'eux et leur famille ont vécu ou vu.

Ahmed et sa femme ont cinq enfants. Trois ont été acceptés à l'école publique libanaise. Ahmed est heureux que les Libanais les acceptent alors que les écoles publiques libanaises ont vu leurs effectifs augmenter de 25%. Les classes sont aujourd'hui surpeuplées et n'ont reçu aucun moyen supplémentaire. Parmi les trois amis, seul Ahmed s'est inscrit auprès du HCR. Les autres estiment que cela ne sert à rien. Et de toute façon, ils ne pensent pas que leur situation va durer longtemps.

2013 / CARE

J'ai souvent rencontré ce type de situation : les réfugiés ne peuvent pas se résoudre à imaginer qu'ils risquent de vivre dans des conditions précaires pendant six mois, un an ou beaucoup plus. Je leur conseille de s'enregistrer ainsi que leurs familles : on ne sait jamais, nous espérons tous que la guerre va cesser mais si par malheur ils sont encore sous ces bâches l'hiver prochain, alors il vaut mieux anticiper et s'inscrire dès aujourd'hui pour recevoir demain l'aide du HCR. Les trois hommes font la moue et baissent la tête. Ils ne veulent pas y croire.

Adel a perdu un fils en Syrie. Il est très reconnaissant aux Libanais pour leur accueil. Mais lorsque nous lui demandons ce que CARE peut faire pour lui et les familles du campement, il sourit et répond qu'il veut juste rentrer chez lui. Il ajoute qu'ils n'ont besoin de rien. Il me semble pourtant qu'ils ont besoin de presque tout...

L'accès aux services de santé : « Plutôt mourir en Syrie que dans la rue au Liban »

L'accès aux services de santé coûte cher pour les réfugiés syriens. Lorsqu'une personne est malade, elle doit payer le coût réel des frais de santé. Abel nous explique que les réfugiés s'entraident : ceux qui ont un peu d'argent se cotisent et avancent les fonds pour payer les médicaments et le médecin. Comme ils travaillent tous, le remboursement se fait par la suite. Malgré cette solidarité, ils n'arrivent pas à faire face à des maladies ou accidents sérieux. Ce problème d'accès à la santé nous sera mentionné par tous les réfugiés syriens ou palestiniens de Syrie rencontrés. L'UNHCR nous en a également parlé. Il fait beaucoup mais n'a pas les ressources financières pour faire face aux demandes des 545 000 réfugiés officiellement enregistrés.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Haidar veut repartir en Syrie :

« Je n'en peux plus ici, plutôt mourir en Syrie que dans la rue au Liban ».

Là-bas, il avait une maison. Elle a été abîmée par les combats, les fenêtres sont détruites, mais des voisins arrivés récemment lui ont dit que la maison est toujours habitable. Son épouse est enceinte. Accoucher en Syrie coûte 40 dollars, ici au Liban, cela leur coûtera 40 fois plus, soit 1 600 dollars qu'Haidar n'a pas. Il veut que sa femme accouche dans des conditions correctes, pas sous une tente à même le sol. Son regard est dur. Il est déterminé à partir malgré les risques.

Je leur explique que l'enregistrement auprès du HCR permettrait la prise en charge financière de l'accouchement. Il me parait clair que CARE au Liban a fait une bonne analyse stratégique en proposant de mettre en place des petits centres d'accueil et d'orientation qui iront au devant des refugiés pour les orienter, les conseiller et leur donner une première aide d'urgence : notre organisation sera en première ligne pour éviter les douloureux choix comme celui auquel est confronté Haidar et son épouse.

CARE International au Liban a lancé un projet Eau, Hygiène et Assainissement d'Urgences pour les Syriens et Palestiniens de Syrie ayant fui les conflits et se trouvant dans des regroupements vulnérables à Beyrouth. Ce programme, financé par la Coalition Humanitaire Canadienne et mis en œuvre par notre partenaire local PARD, a débuté en juin 2013 et prendra fin en septembre 2013. Il bénéficiera à 1206 ménages, soit 6910 personnes et permettra une amélioration des conditions sanitaires des réfugiés syriens et des communautés hôtes par des améliorations en Eau, Hygiène et Assainissement.

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